La Belle et la Bête : Œdipe in Stockholm

h-HO00001074La Belle et la Bête est un dessin animé de Disney sorti en 1991. À cette époque, le personnage féminin principal passait  pour une aberration selon les critères de Disney. Belle était certes jolie, mais ce qui la distinguait était son gout pour la lecture et son intelligence. On assistait à un renversement des rôles puisque c’était elle qui sauvait son prince. C’était un bel effort qui pouvait nous faire mettre de côté les aspects dérangeant du comte, c’est-à-dire que la jeune fille tombe amoureuse de son geôlier.
Cependant, Disney a entamé  la réadaptation de ces classiques en prises « réelles » d’abord avec Maléfique (2014, Robert Stromberg), qui s’offrait un scénario inédit. La créativité semblent coutent plus cher que les effets spéciaux chez Disney. Cendrillon (2015, Kenneth Branagh) et Le Livre de la jungle (2016, Jon Favreau) ont donc été des reconstitutions plan par plan. La Belle et la Bête n’y a pas échappé. On pourrait penser que cela limite les risques et bien non, surtout quand on a choisi le réalisateur des deux derniers volets de Twilight Bill Condon. 

Cette version de La Belle et la Bête décide d’aller plus loin et d’explorer les abysses de son histoire. Belle n’est plus une jeune fille intelligente aimant la lecture, elle enseigne la lecture et invente la machine à laver à ses heures perdues, objet de libération de la femme par excellence. On creuse dans son passé en lui inventant une mère lépreuse et une vie parisienne. Les deux protagonistes vont donc se téléporter à Paris. La Bête en profite pour proposer une visite des Champs-Élysées, mais se ravise les jugeant « trop touristiques » et brisant ainsi le quatrième mur pour une blague. Les moment d’humour ne sont pas les seuls à être embarrassants, les images de synthèses aussi. La Bête est affublé d’une masque sur lequel aucune émotion ne transparait. Emma Watson est en permanence face à du vide et ça se voit, notamment dans la scène du dîner.

Pour coller au plus près du réel, le réalisateur nous situe dans un lieu et une époque, la France au 18e siècle, tout en embauchant une myriade d’acteurs noirs. Il faut m’expliquer comment la France participe au commerce triangulaire tout en intégrant des noirs à sa société. On peut d’ailleurs souligner que leur présence est purement esthétique. La scène d’ouverture montre des courtisanes dansées, chaque couple se forme d’une noire et d’une blanche. C’est très beau, mais vain. Ces personnages noirs seront très vite transformés en objets et ne réapparaitront qu’à la toute fin. Le révisionnisme se porte bien chez Disney.

Enfin, la scène finale est un copier-coller version fleuri de la scène d’ouverture nous confirmant qu’aucun progrès ou apprentissage n’a été opéré de la part des personnages. Par contre, il est possible qu’un abêtissement ait été entamé de la part du spectateur.

Le sorcier de Terremer

coverCette année sera l’année d’Ursula Le Guin ou pas. J’ai enfin découvert cette autrice en début d’année avec le merveilleux La main gauche de la nuit, j’ai poursuivi avec un recueil d’articles et discours anecdotique et enfin, je me suis décidé à entamer son cycle de Terremer. Le sorcier de Terremer est le premier tome d’un cycle, qui comprend des romans et des nouvelles dédiés à la jeunesse. Il s’agit également d’un travail de commande. 

Nous suivons dans ce premier tome Ged, jeune adolescent, et sorcier en devenir. Les aventures rencontrées par notre héros vont lui permettre de découvrir le monde et surtout lui-même. Le récit est convenu. Chaque aventure correspond à un apprentissage le menant à la leçon ultime. Cette dernière leçon partage la subtilité d’un troupeau d’éléphants, grosso modo, le bien et le mal sont les deux facettes d’une même pièce. Cette morale est tout d’abord prévisible et inoffensive.

Le plus pénible reste le style de l’écriture comme si l’auteur s’évertuait à choisir la structure de phrase la moins commode à lire. Ce n’est pas beau et ça cache mal la simplicité du propos. Ce court roman d’aventures se transforme en galère sans fin. Au bout d’une centaine de pages, je suis passé de la version française à l’originale et j’y ai retrouvé le même problème donc je ne pourrais pas blâmer le traducteur.

Ursula Le Guin signe enfin de l’ouvrage une postface, au style tout à fait intelligible, dans lequel elle reconnait la dimension « convenue » de son récit, malgré quelques éléments plus originaux peu mis en avant, son héros principal est de couleur.

Il est donc fort probable que je reviens aux romans adultes comme Le nom du monde est foret sans passer par la suite du cycle.

Le Sorcier de Terremer, Ursula Le Guin, 1977(VO)
Traduit par Philipe R. Hurr

Ghost in the film

L’animé Ghost in the shell (1995 – Mamoru Oshii) m’avait laissé peu de souvenirs, d’abord celui de l’avoir vu, ensuite ne pas y avoir saisi le discours profondément révolutionnaire sur le transhumanisme. Je ne pouvais pas être déçue par cette adaptation en prises « réelles ». Cependant, j’aurai dû me renseigner un petit peu et me rendre compte que le réalisateur choisi n’était autre que celui ayant commis Blanche-Neige et le chasseur (2012). 

Ghost in the shell est donc l’histoire du Major Cynthia, celle-ci est une androïde possédé par un esprit humain, nous dit-on de but en blanc dès le début du film. On nous annonce également, comme à Cynthia, qu’elle a été sauvée de la mort. Par ces deux informations, le film évacue donc tout questionnement existentiel et résout son intrigue, la nature du major nous est donné et enfin Il est évident que l’entreprise de sécurité ou le gouvernement ne sont pas des gens soucieux du libre arbitre.

Passons à la seule chose qu’il reste à ce film, la mis en scène avec acteurs et décors « réels ». Les premiers sont très bons. Je dirais même que Scarlett Johansson se dépasse. Son corps se meut comme celui d’un personnage de vidéo. Ses mouvements glissent. On peut reprocher la pseudo sexualisation de l’actrice, on voit de la peau, mais aucun téton ne dépasse. On laisse deviner sa nudité sans jamais la révéler, faisant se confondre sa combinaison avec une peau humaine. Le reprocher à ce film en particulier serait relativement injustice, puisque cette vision de la femme s’apparente à celle des comics que le réalisateur est censé imiter. De plus, on peut déjà se satisfaire de voir un corps, vraisemblablement, nourri régulièrement.

Le choix des autres acteurs, malgré leurs interprétations correctes, pose problème. Non seulement Scarlett Johansson n’est pas asiatique, mais la plupart des rôles principaux ont été distribués à des « Caucasiens » (Juliette Binoche, Pilou Asbæk). Je ne savais pas que la politique migratoire du Japon était si ouverte.

Les décors sont peu aboutis. Le monde futuriste dans lequel évolue le Major se distingue par deux éléments : les pubs holographiques et le transhumanisme. Les premières sont floues et les seconds sont accessoires. Tous les décors en plan rapproché auraient pu être tournés dans n’importe quelle ruelle de Tokyo.

Quant au scénario, celui-ci met une heure a s’activé et est saboté à quelques minutes de la fin. Il nous est expliqué que le Major Cynthia a été enlevé par le gouvernement or sa vengeance se porte sur un type, dont on ne sait pas quel est le rôle dans l’entité qui l’embauche. La vengeance du Major s’exécutera avec l’aide du gouvernement pour qui elle continuera de travailler. Il n’y a pas d’explication à cette incohérence si ce n’est la volonté de désamorcer tout aspect subversif au film comme au personnage.

Ghost in the shell, Rupert Sanders, 2017

Votez Cthulhu : pourquoi voter pour le moins méchant?

81cDhiCSPdLNous sommes à 33 jours du premier tour des élections présidentielles. Le livre politique est à la mode en cette période électorale. La concurrence est rude, mais nous avons trouvé le plus honnête d’entre eux : Votez Cthulhu de Guillaume Balsamo et Marthe Picard.
Votez Cthulhu n’a ni prétention, ni ambition, il vous demandera tout de même une souscription de 15 euros.

Cthulhu est le candidat du Parti des Super Vilains pour la France. Il a sans doute été choisi au cours d’une primaire sanglante et beaucoup plus divertissante que celles qui se sont déroulées sous nos yeux.
Dans ce livre, le candidat des Super Vilains pour la France expose son programme au travers de 42 propositions, car vous n’êtes pas sans l’ignorer, mais 42 est la réponse.

Cthulhu le candidat le plus transparent qui se soit présenté à nous, révèle son gouvernement :
–Fu Manchu : Secrétaire d’État au péril jaune.
–Ramsay Bolton : (GOT) Secrétaire d’État aux prisons et au bien-être des détenus. Ca tombe bien le directeur de l’administration pénitentiaire vient de démissionner.
–Godzilla : Secrétaire d’État à l’énergie atomique.
–James Moriarty : ministre de l’Éducation.
–Magnéto : ministre de la rechercher. Il n’est pas stipulé s’il serait incarné par Michael Fassbender, ce qui pourrait, à mon sens, faire flancher une partie de l’électorat.
–Poison Ivy : ministre de l’Agriculture avec pour slogan : « il nous fait des pin-up, pas du round-up ». Et d’autres…

Les propositions sont radicales pour la jeunesse, le candidat Cthulhu propose un service militaire de 18 ans : « une engeance qui s’ennuie, c’est une engeance non productive, qui remplit inutilement les universités, poudrières où les jeunes fomentent de stériles révolutions en clamant qu’un autre monde est possible — démontrant par là même une appréhension partielle et malhabile du concept de multivers. »

Vote-for-change-500x659Pourtant, le candidat Cthulhu doit bien se rendre compte qu’une partie de son programme lui a été pompé par le Parti socialiste ou les super Pathétiques pour la France : « Chaque année, des milliers d’hectares de forêt sont rasés pour permettre d’imprimer le code du travail français, qui fait plus de 3 400 pages. Même le Nécronomicon de l’Arabe dément Abdul al-Hazred est légèrement moins épais, mais il n’en existe pas tant d’exemplaires. Cet écocide doit prendre fin.
La candidate Cthulhu a l’intention d’œuvrer pendant son quinquennat pour que le Code du travail s’approche d’un scénario hollywoodien, à savoir qu’il ne tient plus que sur un ticket de métro composté.
allongé la durée de cotisation retr… ah non déjà fait ;
Mettre fin aux 35 heu… oh, attendez, ça aussi ;
Supprimer la médecine du trav… bon, c’est déjà en cours ;
Faciliter les licenciements… non, d’accord on va trouver : permettre les licenciements par sms avec préavis de 10 minutes. »

Tout ceci est drôle, mais pas complètement gratuit. Les auteurs sillonnent les références pop, mais aussi politiques ainsi vous ne couperez pas les sujets sur les intermittents du spectacle ou encore l’outre mer. Tout ceci me donnerait presque envie de voter.

Votez Cthulhu, Guillaume Balsamo et Marthe Picard, Edition Marabout, 2017
15€

Bilan Mars 2017

Pendant le mois de mars, j’ai été mono maniaque donc j’ai lu et j’ai lu et après tout ça j’ai lu. 

coverLe mois démarrait très bien. L’Histoire du rap en France se révélait être un très bon essai et bien écrit. Je poursuivais dans la catégorie « essai » avec Le langage de la nuit d’Ursula Le Guin et j’entamais une lente chute. Afin de déjouer le sort je me lançais dans une autre direction avec deux romans de Rainbow Rowell : Fangirl et Carry on. Je pense que je garderai quelques bons souvenirs du premier. Les deux Dyschroniques étaient des ratages.

L’Alchimie de la pierre d’Ekaterina Sedia se révélait aussi ratée, mais pour des raisons radicalement différentes qui lui ont permis de me rester en tête. Je ne vais pas revenir sur Mes vrais enfants de Jo Walton, j’en ai déjà fait des caisses. Toutefois, j’ai appris que l’éditeur s’entêtait et allait nous présenter à l’automne Les griffes et Les crocs, roman couronné du World Fantasy Award en 2004.
Le sommeil des géants a été un moment de paix dans un monde où les auteurs ont des discours réactionnaires et des ambitions qu’ils ne tiennent pas.
J’ai retrouvé la qualité littéraire en lisant L’autobiographie d’une jeunesse, d’une dissidence sexuel au socialisme de Daniel Guérin. L’auteur recompose sa vie jusqu’à l’âge adulte, grâce à ses carnets, mais aussi la correspondance de ses parents. Guérin traite ses souvenirs avec délicatesse et humour, ne s’interdisant pas quelques réflection de salon psychanalytique. Né d’une famille bourgeoise en 1904, Daniel Guérin est un témoin historique, on croise donc des futurs présidents, mais aussi François Mauriac avec qui il entretient une correspondance. On assiste à la construction d’une personne, mais aussi d’un militant.
Dans le mois à venir et afin de me rattacher à la glorieuse actualité, j’ai entrepris la lecture de Votez Cthulhu de Guillaume Balsamo et Marthe Picard chez Marabout. Je vais également entamer le Cycle de Terremer et un Lunes d’Encre, un que je pourrais aimer par exemple.

Livres :
Une histoire du rap en France, Karim Hammou, La découverte, 2014
Le langage de la nuit, Ursula Le Guin, Aux Forges de Vulcain, 2016.
Fangirl, Rainbow Rowell, St Marin Press, 2013
Carry On, Rainbow Rowell, PKJ, 2016
Où cours-tu mon adversaire? Ben Bova, Dyschroniques/Passagers clandestin, 2013
Le Royaume de Dieu, Damon Knight,  Dyschroniques/Passagers clandestin, 2014
L’alchimie de la pierre, Ekaterina Sedia, Le Bélial’, 2016
Mes vrais enfants, Jo Walton, Denoël/Lunes d’Encre, 2017
Le Sommeil des géants —Les dossiers Thémis T1, Sylvain Neuvel, Livre de Poche, 2017
– L’autobiographie d’une jeunesse, d’une dissidence sexuel au socialisme, Daniel Guérin, La Fabrique, 2016

 

Ava DuVernay : De l’éducation populiste

Ava DuVernay est une réalisatrice et productrice africaine américaine. Elle est pour le moins engagée dans la défense des Africains américains et son travail en est imprégné. Elle devient connue comme réalisatrice grâce à son troisième film Selma (2014), retraçant la marche vers le Capitole de Montgomery. Dernièrement, elle a réalisé, écrit et co-produit avec Oprah Winfrey une série télévisée intitulée Queen Sugar (2016, Oprah Winfrey Network), l’histoire d’une fratrie devant reprendre l’exploitation de canne à sucre de leur père récemment décédé. Vous n’avez pas à en savoir plus pour voir tous les signaux s’allumer dans votre tête. C’est le but de la réalisatrice vous faire rentrer dans le crâne à coup de marteau piqueur les mille et une facettes du racisme aux États-Unis. Il faut signaler que la plupart de ses réalisations s’adressent implicitement aux Africains-Américains dans un but éducatif. Ava DuVernay veut éveiller les consciences des masses.

Commençons par Selma, le film retrace l’organisation de la marche de Selma à Montgomery. Cette marche va polariser la lutte des noirs pour le respect de leurs droits civiques. Le film est tourné du point de vue de la communauté africaine américaine. On n’hésite donc pas à mentionner le nom des différentes associations présentes (Southern Christian Leadership Conférence et le Student Nonviolent Coordinating Committee) et leurs désaccords. La figure de Martin Luther King (David Oyelowo) plane au-dessus de tous. On voit un homme en prise avec son statut de leader et de simple mortel. Tout ceci contribue à le placer au-dessus de la mêlée. Il apparait souvent seul à l’écran, méditant sur le sens de la vie ou pour conclure les débats, car il est le décideur. Pour le mettre en avant, Ava DuVernay le montre peu, suscitant l’attente et le préservant également des débats houleux sur la stratégie à adopter. Enfin, la réalisatrice met en scène plusieurs conversations entre Martin Luther King et Lyndon B. Johnson (Tom Wilkinson), président des États-Unis. Ces scènes nous montrent habilement deux hommes discutant face à face, comme s’ils étaient à égalité. Martin Luther King pourrait être donc une sorte de Présidents, au moins des Africains-Américains, ainsi malgré les désaccords il les représente tous.

On peut apprécier la maitrise d’Ava DuVernay a se servir habillement de la mis en scène pour démontrer son propos : nous sommes multiples, mais à la fin il ne peut en rester qu’un. J’aurais préféré une prise de position un peu plus subversive, d’abord parce que les héros comme les martyrs sont dispensables, enfin car cela nous dispense de tout bilan critique sur la lutte pour les droits civiques. Or la suite de l’Histoire tend à démontrer que la stratégie de King et des pasteurs a atteint ses limites. L’idée de se servir d’un cas d’injustice exemplaire et de la brancarder dans les médias pour attirer la sympathie du public et peser sur le pouvoir ne fonctionne plus. Les images d’Africains-Américains abattu par la police s’accumulent et la lutte stagne du point de vue politique. Au-delà de cet aspect, on peut également s’interroger sur les cas écartés par le SCLC, car les victimes africaines américaines ne sont pas suffisamment « innocentes ».
Enfin, on notera la délicate position des femmes dans Selma. Ces dernières se sont vu progressivement exclure de la lutte, notamment par les associations des Pasteurs (SCLC), dont King faisait partie. Ava DuVernay en glisse quelques-unes au premier plan, mais ne parvient pas à leur donner un autre rôle que celui de potiche.
L’esthétique du film est très semblable à celle de We want sex equality (Nigel Cole, 2011), cadre droit, image lisse. Les personnages sont affublés de vêtements repassés et colorés. Quand on milite, on est beau, on prend le temps faire son brushing et on se salit avec grâce. Cela est voulu. L’image doit être propre, car elle ne doit pas rebuter le public, mais le faire adhérer. Le même procédé, qui n’est pas d’une originalité transcendante, sera repris dans 13 th.

13 th doit sont nom au treizième amendent de la constitution américaine qui mis fin à l’esclavage en 1865. Ava DuVernay reprend l’hypothèse selon laquelle le gouvernement et les entreprises des États-Unis ont remplacé l’esclavage par l’emprisonnement massif de jeunes Africains-Américains. L’économie américaine reposait sur l’esclavage quand celui-ci a été aboli, il a fallu compenser. Les prisons sont, en partie, des entreprises privées aux États-Unis, une industrie florissante qui s’est développée autant du côté de la production de produits nécessaire à l’équipement d’une prison (repas, uniformes, etc.) que du travail effectué par bonté de cœur des prisonniers. Ce documentaire va rencontrer plusieurs problèmes. D’abord, son hypothèse réclame un historique du développement du système carcéral entre la fin de l’esclavage et aujourd’hui. Ce pourrait être un sujet en soi, mais Ava DuVernay ne veut pas faire un cours d’histoire ennuyeux. On passe donc rapidement à l’industrie carcérale, puis au lobbying d’ALEC (un consortium d’entreprises qui murmure à l’oreille des députés, sénateurs et présidents) et enfin, on termine avec les violences policières contemporaines.
Ce survol du sujet est entrecoupé de morceaux de rap, dont les paroles s’inscrivent à l’écran en majuscule, l’intervention d’universitaires et de membres d’associations. Les universitaires sont placés dans un décor urbain et on peut se demander ce qu’ils font là. Ils sont là pour donner envie, car les bureaux remplis de bouquins, auquel une partie de la population américaine n’a pas accès est moins vendeur. L’universitaire est hype. La prononciation du mot « criminel » entraine une coupure d’écran et le retour des lettres en majuscules pour que vous compreniez que l’on n’a pas perdu le fil du sujet.
Le documentaire a été accusé de soutenir la candidature d’Hilary Clinton, en effet, on note un sursaut de compromission en conclusion. Après nous avoir démontré la collaboration des Clinton a l’expansion de l’industrie carcérale, on nous présente une Hilary, contrite, offrir son soutien au mouvement « Black Live Matter ». Car le but d’Ava DuVernay n’est pas seulement d’éveiller les consciences noires apathiques, mais aussi de les envoyer voter.
Queen Sugar est un soap dans lequel nous suivons les drames familiaux des trois enfants Bordelon. La fille aînée, Nova Bordelon (Rutnia Wesley) est une journaliste cultivant de la beuh, la seconde, Charley Bordelon (Dawn-Lyen Gardner) est l’épouse et le manager d’un célèbre joueur de basket et enfin le vilain petit canard, repris de justice, Ralph Angel Bordelon (Kofi Siriboe). Chacun représente une des facettes de la communauté africaine américaine : la bourgeoise, la militante et le looser. La dilution et le survol des sujets dans 13 th se résous à travers la fiction. Les parcours des personnages jouent le rôle de connecteurs. La journaliste enquête donc sur le système carcéral, la bourgeoise tente de reprendre la production de canne à sucre dont on découvrira que le terrain appartenait aux anciens maitres des Bordelon avant l’abolition de l’esclavage. Le loser ne sert à rien à part démontrer que lorsqu’on l’est un prolo et qu’on ne fait aucun effort pour s’en sortir et bien on ne s’en sort pas. Une petite lutte des classes est mise en scène au sein de la fratrie et je vous laisse deviner qui l’emporte. Les sœurs aînées ne sont pas pour autant présentées comme des héros. Elles sont toutes les deux antipathiques et prêtent à se compromettre pour obtenir ce qu’elles veulent.
Comme toujours avec Ava DuVernay, Queen Sugar adopte le point de vue de la communauté africaine américaine et laisse donc place à sa diversité d’opinion et de classe. Elle décide également de la représenté au côté d’une autre communauté celle des Mexicains. Elle démontre l’embourgeoisement et la reproduction de la domination entreprise par une élite africaine américaine.
Nous avons également droit à un croisement entre l’affaire O.J. Simpson et The Good Wife (Robert King et Michelle King, 2009-2016). L’époux, joueur de basket célèbre, de Charley est accusé avec son équipe d’avoir collectivement violé une prostituée.
Il y a donc une richesse dans ce soap, cependant cela ne prétend pas non plus être une œuvre de qualité. Les drames familiaux, les romances et la musique rendent le spectacle médiocre. Là encore, il me semble qu’il s’agit d’un choix de production. L’idée est de faire passer un message par tous les moyens. Queen sugar est le travestissement de 13 th en série. Bien sûr, cela en dit long sur l’estime d’Ava DuVernay pour son spectateur. Dans Queen Sugar, elle décide d’aller chercher les Africains-Américains là où ils sont c’est-à-dire devant leurs télés. A priori, on peut ne pas trop s’avancer en disant qu’en l’occurrence elle s’adresse à la ménagère, tout comme 13 th s’adressait sans doute à un public plus jeune, réputé pour son taux d’abstention. Le volontarisme de la réalisatrice est louable en dépit du fait de la confusion entre culture et intelligence. Ava DuVernay veut vous éduquer que vous le vouliez ou non et vous accompagnez aux urnes. Elle ne désire pas vous apprendre quelque chose et développer une thèse, elle souhaite vous faire rentrer des informations dans le crâne. Pour le coup, si je n’adhère pas entièrement à ses réalisations, ce n’est pas tant pour leurs sujets que pour leurs présentations débilitantes.

Le prochain film annoncé de la réalisatrice s’intitule A Wrinkle in time, une production Disney avec pour scénariste Jennifer Lee à qui nous devons La Reine des neiges.

Selma, Ava DuVernay, 2016
13th, Ava Duvernay, 2016
Queen Sugar, Ava Duvernay, 2016

Depuismoncanap #5

Ces dernières semaines, j’ai essayé de nouvelles choses, je suis revenue à des classiques, j’ai cru au delà du raisonnable…

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The OA, Brit Marling et Zat Batmanglij, Netflix, 2016

Un premier épisode improbable et incompréhensible s’engageant vers la piste mystique, j’ai quitté le navire.

3 %, Pedro Aguilera, Netflix, 2016
3 % est certes une production Netflix, mais elle est aussi une production brésilienne. Elle est également un dystopie dépeignant une société dans laquelle seuls 3 % de la population aura accès à la Haute Mer, que l’on imagine être un lieu idyllique. La série suit la sélection des 3 % au cours d’une série d’épreuves. Je pensais que cela ressemblerait à Trepalium, mais non. 3 % prennent la voix d’Hunger Games. Je me suis arrêté à l’épisode 1 pour m’éviter ça.

The Wire, David Simon, HBO, 2002–2008.
Encore meilleur que dans mon souvenir, je ne peux m’empêcher de regretter quelques problèmes de rythme.

The Vikings, Michael Hirst, History, 2013-
j’ai enfin pris connaissance de la seconde partie de la saison 4 de Vikings, une série pour lequel j’ai toujours un petit faible. Elle a pourtant toujours été bancale et ne commence à briller qu’à partir de la saison 3 où elle semblait trouver son rythme. La première partie de la quatrième saison s’engageait sur une pente glissante. La deuxième partie l’a fait sombrer, sabordant chacune de ses intrigues et venant alléger un casting en surpopulation depuis l’arrivée des fils de Ragnar à l’âge adulte.

The Good fight, Robert King, Michelle King, Phil Alden Robinson, CBS, 2017
Spin-off de The Good wife, on peut y voir un The good wife sans The good wife. Ce serait une perspective plutôt plaisante au vu des dérives du personnage d’Alicia Floricks dans les dernières saisons, cependant The Good fight peine à se détacher de son modèle, transformant ses personnages en écho. Les cas juridiques présentés perdent en intensité et en crédibilité. Cette première saison ne s’étalant que sur 6 épisodes, elle reste appréciable, l’occasion de revoir les personnages secondaires qui ont fait le succès de son ainée.

Fatima, Philippe Faucon, 2015.
César du meilleur film 2015, Fatima retrace la vie d’une mère célibataire de deux filles. L’ainée a 18 ans et s’engage dans de longues et couteuses études de médecine, la cadette traverse une crise d’adolescence. Fatima ne parle pas français, bien qu’elle le comprenne. Elle soutient ses filles de toutes ses forces, mais celle-ci l’abandonne.
Je ne peux m’empêcher d’y voir un énième film sur ces « Français non de souches » à destination des « Français de souches ». Il montre une classe émigrée qui trime dur pour s’intégrer, grâce leurs soit rendu. Le film lance une intrigue qu’il ne résout pas puisqu’il s’arrête à la fin de la première année d’étude de l’ainée, nous donnant la sensation d’une fin heureuse, mais nous laissant sur une inconnue quant au futur de cette famille.