Romance & Fantastique

Parce que dans les séries je commence à tourner en rond. Parce que la romance n’a jamais tué personne, je crois…

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Estampillé « Fantastique, Historique, Science-fiction, Romance » par les soins d’un site célèbre de référencement des sorties cinéma et de bande-annonce, Outlander a tout de suite attire mon attention. Le risque de nanar était grand, mais je sais vivre dangereusement. Il faut ajouter que les bonnes séries télévisées commencent à se raréfier

Cette série est le fruit d’une collaboration britannico-américiane. Surtout, elle est produite par Ronald D. Moore, à qui l’on doit Star Trek et Battlestar Galactica. La patte de Moor est à peu près invisible dont je crois que l’on peu dire qu’il ne s’est toujours pas remis de la fin de Battlestar Galactica.

Avec un enthousiasme relatif, je m’installais confortablement devant Outlander. La série débute assez vite en vous présentant le personnage principal : Claire Beau-champs Randall. Nous sommes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Claire, fervente patriote, a décidé de se joindre à l’effort de guerre en devant infirmière. Son mari, Frank Randall, est lui au front.

On nous raconte le retour de la guerre et les retrouvailles joyeuses du couple. Lorsque je dis « raconter », le terme est tout à fait exact. Car Outlander ne se contente pas de ses images, la série s’est sentie obligée de rajouter la voix off de Claire en commentaire. Cette voix est insupportable et parfaitement inutile.

Il faut attendre la moitié de l’épisode pour que le « pitch » se mette véritablement en place, c’est-à-dire que Claire change d’époque. Voilà pour la partie fantastique. Claire et son mari sont en Écosse, pour leur seconde lune de miel et aussi pour combler le hobby de Frank fasciné par l’un de ses ancêtres.

Le couple part en visite de pierres plantées dans le sol, comme il est très à la mode dans ses contrées. Les rochers sont bien sûr magiques et là Claire apparaît au milieu du 18e siècle.

Les voyages dans le temps sont des expériences fantastiques dans lesquelles merveilleux et ridicules se mêlent parfaitement. La partie ridicule est donc incarnée par la voix off de Claire, qui devient moins présente au fil des épisodes.

Bien sûr, au 18e siècle, Claire rencontre Jamie MacTavish, il est beau, grand et doit accumuler la centaine de tractations journalière. Voilà, pour la partie romance. Si cette histoire d’amour entre les personnages est très bien introduite, elle prend une place de plus en plus prégnante au point d’occuper tout l’épisode 7. Une dimension de la série qui n’est pas exempte de son lot de scène pour le moins embarrassante.

Véritablement, Outlander est une série de divertissement, dont les accointances, avec e genre de la romance ternissent la crédibilité. Seulement, il reste la dimension historique. Celle-ci est la plus réussie. La rencontre d’une femme des années 40 avec le 18e siècle est tout à fait passionnante. D’autant plus qu’Outlander se déroule en Écosse et se donne pour mission de dépeindre les relations houleuses entre écossais et anglais. Une partie de l’Histoire dont je suis peu familière, avoir vu Braveheart ne compte pas.

Pour conclure, Outlander possède certains charmes, notamment, celui de nous faire visiter une époque et les Highlands avec une certaine finesse. Si l’on n’est pas rebuté par les histoires d’amour à l’eau de rose, on prend le risque de passer un bon moment. La série a été renouvelée pour une seconde saison.

Il faut signaler que cette série télévisée est l’adaptation d’une autre série, celle-ci littéraire, écrite par Diana Gabaldon sous le titre Le chardon et le Tartan. La série est bien entamé le 8e tome été publié en 2014 dans les pays anglophone. J’espère pouvoir en parler bientôt, soit juste avant la saint glin-glin.

Je vous présente l’édition la moins moche :
Le Chardon et le tartan, Diana Gabaldon, Presses de la cité, 2003, 648p, 20,80€

Outlander: wiki, imbd
L’avis de quelques gens autorisé : Télérama, Le monde des séries

Bienvenus dans la cage aux lapins

Parce que la collection « dyschroniques » me fait de l’œil depuis longtemps. Parce que victime d’une fièvre acheteuse subite, je succombai. Parce que la science-fiction-politique est un peu la meilleure.

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Le texte qui nous intéresse est celui de La tour des damnés par Brian Aldiss, auteur prolifique et multi primé dont je n’avais rigoureusement jamais entendu parlé. Brian Aldiss est surtout un auteur britannique contemporain de Mickael Moorcock. Il publiera quelques textes dans la revue de ce dernier : New Worlds.
Sa nouvelle Les Supertoys durent tout l’été a servie de base pour le film A.I. Intelligence artificielle.

 

« -Quel extraordinaire monument dédié aux souffrances humaines cela ferait ! On devrait laisser cet endroit tel qu’il est pour l’édification des générations futures.
-Le gouvernement de Delhi se refuse à une solution de ce genre. Je comprends son point de vue, et pourtant il serait le premier à bénéficier de l’afflux de touristes que cela entrainerait.
-Les touristes ! Et c’est tout ce à quoi vous pensez ? »
Crawley se mit à rire : « Encore une fois, mon cher, vous êtes trop sensible. Ne croyez pas que je ne prenne pas toutes ces choses à cœur. Il se trouve seulement que le tourisme m’attire d’avantage que la souffrance humaine. »

 

La Tour des damnés paraît pour la première fois en 1968. Le récit d’une centaine de pages met en scène une expérimentation démographique. En Inde, 1 500 couples ont été rassemblés dans une tour. Grâce à un système de surveillance, des scientifiques suivent le développement de cette petite communauté. Le contexte de mis en place de cette expérience reste obscur. L’histoire démarre vingt-cinq ans plus tard alors que l’expérience semble tourner au vinaigre.

Je n’en dirais pas plus pour ne pas gâcher le texte. Cependant, si l’on ne se perd pas dans le décorum science-fictionnesque, on se rend compte qu’Aldiss travaille la question de la liberté. Finalement, les personnes enfermées dans cette Tour sont-elles vraiment prisonnières ? De plus, l’auteur met en scène le rapport de force entre Orient et Occident. Les couples, volontaires, enfermés dans la Tour créent un monde à l’intérieur. Cependant, les maitres de l’expérience n’en ont que faire. Les Indiens placés à l’intérieur ne sont que des jouets entre les mains des scientifiques, notamment des sociologues.

 

Tout ce qu’il connaissait, lui, de l’extérieur, c’était par ouï-dire. Ou par des écrans. Mais à tout prendre, il n’y avait plus tellement de gens qui s’intéressaient aux écrans. Pas même lui.

 

Cette longue nouvelle a donc été un petit bonheur. Tout en simplicité, Aldiss pose quelques questions cruciales. Il a bien sur une dimension incomplète à son propos. Il ne s’agit pas d’un portrait détaillé de la société mais plutôt d’un zoom sur un point précis. La Tour des damnés est donc une excellente découverte, servis dans un très bel écrin. Le récit est accompagné d’une note biographique et bibliographique de l’auteur, mais aussi d’une description bref du contexte lors de la première publication. Car, la collection dyschronique appartient d’une certaine manière au domaine du luxe. En effet, le prix des nouvelles publiés oscille entre 4 et 8 euros. C’est-à-dire le prix d’un poche pour un texte de 100 pages, dont la traduction n’a pas été revue. Cependant, je ne cacherais pas que j’ai hâte de faire l’acquisition des suivants. Dans la mesure où cette collection s’est donnée pour noble mission de remettre en lumière des textes d’excellentes qualités en y accordant le plus grand soin.

 

L’avis des autres compte:
Nébal/Gérard Abdaloff

La tour des damnés, Brian Aldiss, Le Passager clandestin/dyschroniques, 2013, 112p.
De plus, le Passager clandestin propose toutes les nouvelles parus dans la collection dyschroniques en intégrale pour la modique somme de 94e. Pour ceux qui aime les parpaings.

Tchernobyl: meilleur post-apo ou je meurs irradiée

Malgré la difficulté que j’ai eue à finir La fin de l’homme rouge, j’ai poursuivi ma découverte des œuvres de Svetlana Alexievitch. La Supplication se penche sur les victimes de Tchernobyl, ou plutôt les proches des victimes.

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Alexievitch se lance à la recherche de témoignages. Les témoins racontent les premiers moments de l’après-catastrophe. Les récits sont dominés par l’incompréhension et la peur. Nombreux a été à percevoir Tchernobyl comme un état de guerre. Plus nous avons dans le livre, plus les témoignages insistent sur le crime de l’état. En effet, la supplication dévoile le rôle des « liquidateurs ». Des gens, tout le monde, étaient envoyés dans la zone pour nettoyer. Seulement, la plupart partaient nus. Ils n’étaient pourvus d’aucune protection, d’aucun dosimètre. Le travail consistait alors à retourner la terre et chasser les animaux. Un travail vain qui les a tués ou gravement handicapés.

L’auteur nous montre l’ignorance des habitants. La radiation est une chose qu’ils ne se figurent pas. Une onde invisible. Certains refusent de quitter leur maison. Ceux qui le font se retrouvent dans la misère, paria d’une société qu’il terrorise. Car les « Tchernobyliens » sont devenus des marginaux. Des gens derrière lesquels on passe pour tout nettoyer par peur de la contamination. Un endroit que l’on visite, que l’on photographie…

D’une certaine manière, Tchernobyl est comme la guerre. L’incendie a répandu la misère sur la Biélorussie. Les témoins peinent à trouver les mots. L’événement apparaît tellement surréaliste que la parole ne peut le décrire. C’est aussi une douleur. Pour beaucoup, ce fut la marque de l’échec du système communiste. La perte des illusions est grande. Comme à la fin de la Seconde guerre mondiale en France, beaucoup évoquent la perte de confiance dans le progrès et la science.

Voici les réponses à vos questions : pourquoi avons-nous gardé le silence alors que nous savions ? Pourquoi n’avons nous pas crié sur la place publique ? Nous avons fait des rapports, écrit des notes explicatives, mais nous nous sommes tus. Nous avons obéi sans un murmure parce qu’il y avait la discipline du parti, parce que nous étions des communistes. Je ne me souviens pas qu’un seul des employés de l’Institut ait refusé d’aller en mission dans la zone. Pas peur d’être exclu du Parti. Parce qu’ils croyaient. C’était la foi de vivre dans une société belle et juste. La foi que l’homme, chez nous, était la valeur suprême.

J’ai trouvé également ce qui m’avait déplu dans la Fin de l’homme, c’est-à-dire des récits remplis de pathos. Les lamentations, justifiées, des témoins ne rendent pas la lecture aisée. D’un point de vue littéraire, ils alourdissent le propos. Les informations sur la catastrophe se noient dans les tragédies personnelles. Car La supplication tient également le rôle d’exutoire : dire ce qui n’a pas encore été dit, écouter ceux que l’on a réduits au silence.

J’ai peur de le reconnaître, mais nous aimons Tchernobyl. Cela a redonné un sens à notre vie… Le sens de la souffrance. Comme la guerre. Le monde n’a appris l’existence des Biélorusses qu’à la suite de Tchernobyl. Cela a constitué notre fenêtre sur l’Europe. Nous sommes en même ses victimes et ses prêtres.

 

La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, Svetlana Alexievitch, JC Lattès, 1998, 267p.

Si la mémoire est vagabonde, il faut bien la rattraper…

Parce que Laurent Kloetzer… Parce que la fantasy qui déboite est si rare…

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« Mémoire vagabonde » est le premier roman de Laurent Kloetzer paru en 1997 chez Mnémos. Cependant, ce n’est pas mon premier Kloetzer, que j’ai découvert avec Le Royaume blessé (2006, Lunes d’encre). Cette lecture m’avait laissé un souvenir très vivide. J’avais poursuivi ma découverte de l’auteur (accompagné de son épouse Laure pour celui-ci) en me lançant dans l’Anamnèse de Ladystar (2013, Lunes d’encre). Ce dernier m’était apparu flou comme un récit dont toutes les pièces de l’histoire ne m’étaient pas données.

Je décidai donc de revenir au début de l’auteur à la recherche de ce qui m’avait tant plu dans le Royaume blessé. Je ne fus pas déçu.

« Mémoire vagabonde » suit les mésaventures de Jaël de Kherdan, a priori un romancier à succès. Jaël nous est présenté comme une sorte de Don Juan. Il sévit à Koronia. Le roman s’ouvre sur un duel opposant notre protagoniste à Nathan de Fersen. Le sujet de la brouille n’est autre que l’honneur de la sœur de ce dernier. Cette dispute avec une famille noble encourage Jaël à quitter les rives de Koronia pour la ville de Dvern.

Il se saisit brusquement des dernières pages qu’il avait écrites et les relut, surtout le passage au sujet des duels et de Sara Fersen. Reposant les papiers, il essaya de se souvenir de la petite Sara.

Le récit de Kloetzer se partage entre la romance et l’exploration d’un personnage ambigüe : Jaël de Kherdan. En effet, le personnage principal souffre d’un léger trouble de la personnalité. Jaël ne parvient plus à faire la part entre ses romans et la réalité. Sa mémoire devient confuse. Et, nous, lecteurs, suivons Jaël dans les méandres de ses souvenirs.

Ce n’est pas possible, tout ceci n’est qu’une invention! Jaël reposa les feuillets et se prit la tête entre les mains. 
– Comment ai-je pu ne pas me souvenir? Comment ai-je pu écrire ceci?
La jeune femme aux longs cheveux roux le considéra avec douceur:
– Parce que ce n’est pas vous qui avait vécu cela… Il ne s’agit pas ici de vos souvenirs, mais de ceux de Jaël de Kherdan. »

Avec un échelonnement parfait, Laurent Kloetzer fait croitre le doute sur la réalité du personnage. Cette confusion devient contagieuse et englobe de plus en plus de protagonistes. Il semblerait que l’auteur possède une passion pour le doute. En particulier, lorsque ce doute n’étreint pas seulement ses personnages, mais aussi ses lecteurs. Ce processus se retrouve dans tous ses romans. Anamnèse de Ladystar est sans doute celui qui pousse le plus loin le procédé. Un long et merveilleux passage du Royaume Blessé use du même procédé. Les échos entre les ces deux œuvres sont nombreux : L’épée misère, Noir Désir…

Dans « Mémoire vagabonde », les expérimentations de l’auteur sont compensées par une ligne narrative classique. Ainsi le lecteur n’est pas déboussolé. Nous sommes à peu près sûrs de retomber sur nos pieds, ce qui constitue à la fois une qualité et un défaut. Car il est très agréable de se perdre dans la mémoire de ce Jaël. Les romans suivants explorent avec de moins en moins de complexes les différentes facettes de la réalité.

Je vous raconterais cela dans la suite des aventures de Jaël de Kherdan regroupé dans un recueil de nouvelles intitulé Petite mort (2012, Mnémos).

 

Mémoire vagabonde, Laurent Kloetzer, Mnémos, 2014, 320p, 20€. Première parution en 1997 et récompensé par le Prix Julia Verlanger en 1998. 
Disponible en numérique pour la modique somme de 4,99€: ici

L’avis des autres comptent :
Noosfere
Bifrost (Où l’on peut voir la couverture de la première édition qui est juste Hahahahahaaaaaaaa)
Les lectures de Cachou

J’allais oublier le site de l’auteur.

Haut les mains, peau de lapin, la maitresse en maillot de bain.

Parce que c’était les vacances. Parce que la littérature est aussi faite pour rire. Parce que Londres, les sorciers et un terrible crime…

 

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Les rivières de Londres mélangent les genres : fantastique et polar, principalement. Il est difficile de ne pas penser au Neverwhere de Neil Gaiman. Je ne suis pas particulièrement adepte de Gaiman dont les personnages me semblent bien fades. À ce titre, les personnages de Ben Aaronovitch ont en plus sous le capot. En l’occurrence, nous suivons les débuts dans la sorcellerie de l’inspecteur Peter Grant. Il n’est pas interdit de penser également à Harry Potter.

Une fois lancée, une enquête criminelle est à peu près aussi passionnante qu’une rediffusion de Big Bother, bien que probablement moins riche en sexe et en violence. On n’attrape pas les meurtriers grâce à de brillants raisonnements, mais parce qu’un pauvre plouc a passé une semaine entière à faire la tournée de toutes les boutiques de Hackney qui vendent une marque précise de baskets et à visionner les images de la caméra de surveillance de chacune d’entre elles. (p71)

Cette aventure est très référencée, partie prise totalement assumée par l’auteur. La quatrième de couverture mentionne les séries X-Files et Docteur Who. Il est assez agaçant de voir que l’éditeur place à un même niveau un livre et une série. Pour X-Files, je n’ai pas vu de lien. Les tons des deux œuvres sont radicalement opposés. Quant à Docteur Who, il est explicitement cité par Aaronovitch. On peut donc conclure que la personne chargée de la rédaction de la quatrième de couverture a au moins lu les cent premières pages du roman. Passons. Car s’il est intéressant de situer une œuvre, il est aussi intéressant de voir comment celle-ci se distingue.

Les rivières de Londres peuvent passer pour une énième série de roman entre aventure et fantastique, le tout inscrit dans des tranchées déjà bien labourées. Pourtant, il y a quelque chose de très séduisant dans cette histoire. Peter Grant est un personnage rationnel, mais fantaisiste, ce qui en fait à la fois un excellent héros et en même temps un piètre policier. La plupart des personnages de Aaronovitch sont toujours à un pas du cliché sans jamais l’atteindre. Ils sont faillibles. Cela autorise des retournements de situations imprévues.

Dans son rapport TW-3 affirma avoir vu un groupe d’ICT1 de sexe masculin, vêtus de jeans et de grosses vestes, se battre avec un nombre indéterminé d’IC3 de sexe féminin sur Riverside Road. IC1 est le code d’identification pour les individus de race blanche; IC3, c’st pour les Noirs et, au cas où vous vous poseriez la question, je me situe quelques part entre IC3 et IC6 – Arabe ou Nord-Africains. Ça dépend s j’ai récemment pris le soleil ou pas.(p102)

La plus grande réussite du roman est sans doute le parfait équilibre entre l’intrigue et les digressions drolatiques du narrateur (Peter Grant) : toujours présentes, mais jamais pesantes. Aaronovitch dégage très vite son propre tempo : plus marqué que celui de Gaiman, plus adulte que celui de Rowling.

Bref, voilà, un roman divertissant qui ne vous ramollira pas le cerveau.

 

 

Les rivières de Londres, le dernier apprenti sorcier Tome 1, Ben Aaronovitch, Nouveau millénaire (j’ai lu), 2012, p379.
La suite est déjà paru (GF et poche): Magie noire à Soho T2 et Murmures souterrains T3

En savoir plus sur l’auteur : Ben Aaronovitch. (VO)

L’étoile noir de John Carpenters

Dark Star est le premier film de John Carpenter, réalisé à la fin de ses études. Sorti en salle 1974, il reçut les prix Hugo et Nebula en 1976. Que reste-t-il de ce succès des années 70 aujourd’hui ?

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Je n’aurais sans doute jamais posé les yeux sur Dark Star si les Utopiales ne l’avaient pas programmé. Pourtant, il s’agit là d’une pépite. Le film suit quatre hommes en mission dans l’espace. Leur but est de détruire toutes planètes instables. Le terme d’instabilité est pris au sens très large autrement dit, une planète susceptible de dévier de son orbite dans « douze mille révolutions » est candidate à l’extermination.

La mission est en cours depuis plusieurs années. Les protagonistes dérivent dans l’espace, déconnecté de tout. Les messages vers la terre mettent dix ans à leur parvenir. Dans ces conditions, nos personnages ont quelque peu perdu l’esprit. L’amoralité de leurs actes les effleure à peine.

John Carpenter semble vouloir tourner en dérision tout ce qui a fait et fera le succès des space operas : la conquête de l’espace, la suprématie de l’homme…

Dark Star pourrait être une parodie de Star Wars, s’il n’était pas sorti trois ans avant la célèbre trilogie de Georges Lucas. Bien sûr, les effets spéciaux vous piqueront les yeux. Je pense que c’était déjà le cas lors de sa sortie. Cependant, le film se démarque par un humour grinçant, presque britannique, pour un rendu tout à fait plaisant.

Bifrost n°76 – J.R.R. Tolkien, voyage en Terre du milieu

Comment présenter Bifrost, la revue des mondes de l’imaginaires? D’autant plus que celle-ci a décidé de s’attaquer à Tolkien. Et la seule chose qui me vient à l’esprit  : pourquoi ? Pourquoi? 

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Tolkien est devenue, depuis plusieurs années, un sujet mâcher et remâcher par tous les médias. Si nous ne doutons pas qu’il suscite l’intérêt, nous pouvons nous demander ce qu’il reste à en dire. Les premières lignes du rédacteur en chef ne sont pas là pour nous rassurer sur l’originalité de l’approche proposer :

« Il n’y a pas si longtemps, illustrer Tolkien relevait de l’exercice d’introspection, c’est désormais un phénomène planétaire. Hier, évoquer le “Seigneur des anneaux” suscitait davantage l’étonnement que d’intérêt. Aujourd’hui, il est difficile d’échapper au battage publicitaire. »

En lisant ces lignes, je me suis demandé de quelle époque on nous parlait. La trilogie de Tolkien a connu dès les premières années le succès. Passons. Il y a eu effectivement une rupture avec l’adaptation cinématographique de Peter Jackson. Cependant, ce n’était pas « hier », mais il y a dix ans… Passons encore, Bifrost ne s’est pas vu vieillir. Comment lui en vouloir ?

Ce numéro poursuit un travail déjà entamé : revisiter les classiques. Elle l’avait très bien fait avec Asimov et de manière moins convaincante avec Lovecraft.

 

Les nouvelles:

Le récit du Changelin, Michael Swanwick

La nouvelle de Swanwick est la moins mauvaise du lot. Son histoire, révélée par le chapeau introductif, tient sur un demi-timbre poste. Ce n’est de toute façon pas son intérêt. La force de ce texte réside dans la description d’une ambiance Tolkiennienne. Il s’agit donc d’une rencontre avec des elfes, d’un départ et d’un retour. Les elfes y sont tous comme dans le Seigneur des anneaux. Les images de la saga devraient vous apparaître naturellement. Malgré cela, l’auteur ne nous présente rien d’autre qu’un jolie et gentil hommage, ainsi ce récit est vite oublié.

 

Freud, auteur de Tolkien, Xavier Mauméjean

Cette deuxième nouvelle commence mal avec son introduction que l’on pourrait croire rédiger par l’auteur lui-même ou sa mère. On y souligne les multiples œuvres publiés et à venir. Il n’y a pas de mauvaise publicité. On y souligne son talent et sa singularité d’auteur. Seulement, le texte qui suit n’en fait pas la démonstration. En quelques pages, Mauméjean tente de nous faire croire à un lien entre les œuvres de Freud et celle de Tolkien. Le parallèle entre les deux hommes ne tient pas debout. Mauméjean propose une comparaison entre la relation de Frodon à l’anneau et l’addiction de Freud à la cocaïne. Avec une telle idée, on se demande si l’auteur va découvrir l’eau tiède dans les prochains jours. Je rajouterai quand six pages, Mauméjean trouve le moyen de se répéter. Bref, une souffrance.

 

Noc-Kerrigan, Thomas Day

Thomas Day propose un texte léger, plus proche du pastiche que de l’hommage. Nous suivons le passage de l’enfance à l’âge adulte d’Haïnee, grâce à sa rencontre avec Hrolf à la bite de la taille d’un tronc d’arbre. Cela tombe bien, car le peuple d’Haïnee voue un culte aux arbres. Je ne déflorerais pas l’histoire. Comme l’introduction le souligne, il y a un dragon quelque part. Le texte peut être drôle si l’on sait lire le 1,5 degré. Je suis passé à côté, trop de subtilité dans ce récit pour moi.

Les hommages sont prolifiques, qu’ils se prennent sérieux ou le tourne en dérision.

 

Le cahier critique

Le cahier critique a bien peu de choses à proposer en cette rentrée. Autant le dire dés le départ, deux auteurs ont retenu mon attention : Le petit déjeuner des champions de Kurt Vonnegut et Screen de Barry N. Malzerb. Deux vieux de la vielle.

Pour le reste certains romans ont pu apparaître sympathiques, mais n’ont pas réveillé la curiosité. Surtout, ce cahier critique se distingue par un manque de relecture. La première chronique concerne Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups de Karen Russell dont Jean-Pierre Lion déclare « K.R. sait comme lui (Serge Brussolo), créer des endroits fantastiques sans recourir au fantastique ou au surnaturel ». Bref, elle est fortiche Karen. Plus loin, le chroniqueur poursuit en nous disant : « La plupart de ces textes on (t) pour cadre l’île – peut-être sur la côte des États-Unis – qui finit par apparaître comme un de ces endroits surgis tout droit dans le monde de l’imagination de l’auteur. » J’en suis resté coi.

On trouve également un éloge de Drift de Thierry Di Rollo. Je ne comprends pas qu’une telle chose, soit possible.

Manesh de Stefan Plateau est un livre qui m’avait intrigué, la chronique de Manuel Beer m’a détourné complètement de cette œuvre entre autres grâce au résumé suivant : « C’est aussi le récit d’une vie, celle de Manesh, le Bâtard de Marmach, repêché à moitié mort (donc à moitié vivant, non ?) dans le Framar par les hommes de Rana. »

Deux romans de la nouvelle collection de Sonatine sont chroniqués : L’obsession de James Renner et The Rook de Daniel O’Malley. Xavier Mauméjean et Grégory Drake nous donnent un avis mi-figue mi-raisin. G. Drake allant jusqu’à déclarer : « The Rook reste bien évidemment un livre jetable après emploi, mais possède le grand mérite de faire passer de très bons moments à son lecteur. »

 

Le coin des revues

Le coin des revues est des plus surprenant. Enfin pas tant que ça, Galaxie en prend plein la tronche, comme d’habitude. Un jour, je la lirais pour voir si c’est justifié. La surprise se trouve du côté de fiction n° 19, après de bons débuts, le niveau est déjà en berne. De plus, on apprenait quelques jours auparavant que ladite revue a perdu le soutien du CNRL. Bref, l’avenir est des plus incertain. Du coup, Fiction « la revue qui défie la gravité » a surtout l’air de toucher le fond.

La rentrée n’est guère enthousiaste. Thomas Day ira jusqu’à lancer une copiante auprès des auteurs et des éditeurs de nouvelles : il n’y a rien « d’ambitieux » à se mettre sous la dent. Là dessus, je sui sien d’accord.

 

À la chandelle de Maitre Doc’Stolze : du livre, de l’animé et du mixte

Habituellement, le brave Maitre Doc’Stolze aborde des sujets qui me sont plutôt étrangers, pour une fois ce n’est pas le cas. Nous abordons quatre œuvres : Real humans, Black Mirrors, Lettre à Momo et Le Congrès. Dans ces deux séries et deux films, on y aborde l’effet du progrès technique sur l’homme. Black Mirrors relève à peine de la SF dans la mesure où plusieurs de ces épisodes ne présentent pas de nouvelles technologies, mais la dérive radicale des réseaux sociaux ou encore de la télé-réalité.

Black Mirrors s’avère sans doute la plus réussie de ces œuvres, à mon gout, bien que tous les épisodes ne se valent pas.

Real Humans est également très intéressante en ce qu’elle pose la question de la définition de l’homme : où commence le Robot et où s’arrête l’humain. On y retrouve un peu les thématiques des « Robots » d’Asimov. Cependant, et Maitre Doc’Stolze ne manque pas de le souligner, cette série est ratée. Il vaut mieux se contenter de la saison 1.

Je ne dirais rien de « Lettre à Momo » que je n’ai pas vu.

Enfin arrive le Congrès. Là, je diverge avec le Maitre. À mon sens, ce film est également raté. Ari Foldman s’empêtre dans son sujet et la chute laisse un gout amer de déjà vu et mieux vu.

 

« Parole de libraires » est une rubrique intéressante qui nous permet de faire le tour de France de la SF et de la Fantasy. C’est autour de Trollune à Lyon. Librairie dans lequel je m’abstiendrais sans doute de m’aventurer dans la mesure où celle-ci est clairement tournée vers les Jeux de rôle et la fantasy. Point de littérature ici. Et cela ne semble pas l’ambition des Trolls.

 

La grande boucle : la Volte fête ses dix ans

La Volte a dix ans, ceux qui n’ont pas compris sont priés de sortir de leurs cavernes. L’interview de Mathias Echenay est sympathique, bien qu’elle ne nous apprenne rien que l’on ne sache déjà.

 

Le Dossier

Le dossier débute par une biographique de J.R.R. Tolkien par Isabelle Pantin. De cette biographique, on peut ne retenir que la seconde partie qui lie la vie et l’œuvre de Tolkien. La première partie se résumant à une énumération factuelle, et sans analyse, de l’auteur du Seigneur des anneaux. Cette énumération pousse le vice jusqu’à nous détailler le travail et les responsabilités d’universitaire de Tolkien. Celles-ci n’ont rien d’original et sont le lot de tout universitaire.

Par la suite, Jean-Philippe Jaworski entreprend de nous expliquer le succès de cette œuvre « mythopoétique ». Je ne suis pas sûre que l’analyse de l’auteur explique le succès du Seigneur des anneaux. Cependant, le propos nous démontre la richesse de l’œuvre et sa malléabilité par le lecteur.

On enchaine sur la première réception de l’œuvre en France. Celle-ci implique le rôle du Réalisme fantastique mené par Pauwels.

Ensuite vient l’article le plus pointu présenté par Bifrost où Damien Badoor se penche sur la philologie de Tolkien. Les premières lignes de l’article sont assez rébarbatives et annoncent un propos plutôt hermétique aux non-connaisseurs. Toutefois, très vite, les liens entre l’élaboration des langues et la création de l’Histoire de la Terre du milieu apparaissent, ce qui devrait motiver tout lecteur de Tolkien à aller jusqu’au bout.

Bertrand Bonnet se lance dans l’Histoire de la Terre du milieu. J’avoue avoir triché puisque Mr Bonnet/Nébal avait donné un aperçu de son compte-rendu de lecture à la salle 101. Du coup, je retiens surtout que cette lecture a été « pénible ». Peut-être qu’il n’est pas nécessaire de connaître tous les secrets de fabrication de la terre du milieu. En tout les cas, ce parcours est tortueux.

Suite à cela, nous avons droit à un guide de lecture de l’univers de Tolkien. Celui-ci contient quelques répétitions après l’analyse de la Terre du Milieu. On est un peu déçue par le résumé des œuvres données par les chroniqueurs qui ne laisse pas de place une analyse de la pertinence du récit dans l’œuvre de Tolkien.

Bifrost rempli sa feuille de route. Le dossier est complet. Les articles se montrent suffisamment accessible pour le lecteur lambda sans rogner sur la rigueur. Cependant, il ne faut pas s’attendre à des infos exclusives. Le point de vue originale, sans être renversant, est l’analyse proposée par Jaworski. Donc, oui, il faut le dire s’en sort dignement, ce qui n’était pas gagné. On parle quand même de Tolkien.

 

Scienti-fiction : je parle donc je suis

Quelle est la place du langage ans la SF ? Cette question s’inspire principalement du film « Her » (pas si bon que l’on veut bien le dire). Les auteurs constatent que le langage est la dimension pauvre de la SF. La parole est mise de côté au profit de la description de l’intelligence artificielle. Les auteurs ne manquent pas de souligner que c’est bien un paradoxe : comment être intelligent si l’on n’a pas de langage pour l’exprimer ?

Les références sont nombreuses. Et l’appel du pied aux auteurs de SF est passé.

Nous nous acheminons, lentement, mais surement vers la fin de ce numéro. Il ne nous reste plus qu’à souligner les quelques nouvelles du milieu marqué par l’approche imminente des Utopiales et l’annonce du second prix des lecteurs de Bifrost.

Dans les sorties poche on peut souligner celle de « Comment J’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouver l’amour » par S.G. Browne. Livre avalé cet été dont j’aurais aimé entendre un plus parlé. Sinon, Mauméjean bénéficie, lui aussi, d’une sortie poche. Cet homme est partout, c’est incroyable, presque magique.

 

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