Bifrost n°76 – J.R.R. Tolkien, voyage en Terre du milieu

Comment présenter Bifrost, la revue des mondes de l’imaginaires? D’autant plus que celle-ci a décidé de s’attaquer à Tolkien. Et la seule chose qui me vient à l’esprit  : pourquoi ? Pourquoi? 

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Tolkien est devenue, depuis plusieurs années, un sujet mâcher et remâcher par tous les médias. Si nous ne doutons pas qu’il suscite l’intérêt, nous pouvons nous demander ce qu’il reste à en dire. Les premières lignes du rédacteur en chef ne sont pas là pour nous rassurer sur l’originalité de l’approche proposer :

« Il n’y a pas si longtemps, illustrer Tolkien relevait de l’exercice d’introspection, c’est désormais un phénomène planétaire. Hier, évoquer le “Seigneur des anneaux” suscitait davantage l’étonnement que d’intérêt. Aujourd’hui, il est difficile d’échapper au battage publicitaire. »

En lisant ces lignes, je me suis demandé de quelle époque on nous parlait. La trilogie de Tolkien a connu dès les premières années le succès. Passons. Il y a eu effectivement une rupture avec l’adaptation cinématographique de Peter Jackson. Cependant, ce n’était pas « hier », mais il y a dix ans… Passons encore, Bifrost ne s’est pas vu vieillir. Comment lui en vouloir ?

Ce numéro poursuit un travail déjà entamé : revisiter les classiques. Elle l’avait très bien fait avec Asimov et de manière moins convaincante avec Lovecraft.

 

Les nouvelles:

Le récit du Changelin, Michael Swanwick

La nouvelle de Swanwick est la moins mauvaise du lot. Son histoire, révélée par le chapeau introductif, tient sur un demi-timbre poste. Ce n’est de toute façon pas son intérêt. La force de ce texte réside dans la description d’une ambiance Tolkiennienne. Il s’agit donc d’une rencontre avec des elfes, d’un départ et d’un retour. Les elfes y sont tous comme dans le Seigneur des anneaux. Les images de la saga devraient vous apparaître naturellement. Malgré cela, l’auteur ne nous présente rien d’autre qu’un jolie et gentil hommage, ainsi ce récit est vite oublié.

 

Freud, auteur de Tolkien, Xavier Mauméjean

Cette deuxième nouvelle commence mal avec son introduction que l’on pourrait croire rédiger par l’auteur lui-même ou sa mère. On y souligne les multiples œuvres publiés et à venir. Il n’y a pas de mauvaise publicité. On y souligne son talent et sa singularité d’auteur. Seulement, le texte qui suit n’en fait pas la démonstration. En quelques pages, Mauméjean tente de nous faire croire à un lien entre les œuvres de Freud et celle de Tolkien. Le parallèle entre les deux hommes ne tient pas debout. Mauméjean propose une comparaison entre la relation de Frodon à l’anneau et l’addiction de Freud à la cocaïne. Avec une telle idée, on se demande si l’auteur va découvrir l’eau tiède dans les prochains jours. Je rajouterai quand six pages, Mauméjean trouve le moyen de se répéter. Bref, une souffrance.

 

Noc-Kerrigan, Thomas Day

Thomas Day propose un texte léger, plus proche du pastiche que de l’hommage. Nous suivons le passage de l’enfance à l’âge adulte d’Haïnee, grâce à sa rencontre avec Hrolf à la bite de la taille d’un tronc d’arbre. Cela tombe bien, car le peuple d’Haïnee voue un culte aux arbres. Je ne déflorerais pas l’histoire. Comme l’introduction le souligne, il y a un dragon quelque part. Le texte peut être drôle si l’on sait lire le 1,5 degré. Je suis passé à côté, trop de subtilité dans ce récit pour moi.

Les hommages sont prolifiques, qu’ils se prennent sérieux ou le tourne en dérision.

 

Le cahier critique

Le cahier critique a bien peu de choses à proposer en cette rentrée. Autant le dire dés le départ, deux auteurs ont retenu mon attention : Le petit déjeuner des champions de Kurt Vonnegut et Screen de Barry N. Malzerb. Deux vieux de la vielle.

Pour le reste certains romans ont pu apparaître sympathiques, mais n’ont pas réveillé la curiosité. Surtout, ce cahier critique se distingue par un manque de relecture. La première chronique concerne Foyer Sainte-Lucie pour jeunes filles élevées par les loups de Karen Russell dont Jean-Pierre Lion déclare « K.R. sait comme lui (Serge Brussolo), créer des endroits fantastiques sans recourir au fantastique ou au surnaturel ». Bref, elle est fortiche Karen. Plus loin, le chroniqueur poursuit en nous disant : « La plupart de ces textes on (t) pour cadre l’île – peut-être sur la côte des États-Unis – qui finit par apparaître comme un de ces endroits surgis tout droit dans le monde de l’imagination de l’auteur. » J’en suis resté coi.

On trouve également un éloge de Drift de Thierry Di Rollo. Je ne comprends pas qu’une telle chose, soit possible.

Manesh de Stefan Plateau est un livre qui m’avait intrigué, la chronique de Manuel Beer m’a détourné complètement de cette œuvre entre autres grâce au résumé suivant : « C’est aussi le récit d’une vie, celle de Manesh, le Bâtard de Marmach, repêché à moitié mort (donc à moitié vivant, non ?) dans le Framar par les hommes de Rana. »

Deux romans de la nouvelle collection de Sonatine sont chroniqués : L’obsession de James Renner et The Rook de Daniel O’Malley. Xavier Mauméjean et Grégory Drake nous donnent un avis mi-figue mi-raisin. G. Drake allant jusqu’à déclarer : « The Rook reste bien évidemment un livre jetable après emploi, mais possède le grand mérite de faire passer de très bons moments à son lecteur. »

 

Le coin des revues

Le coin des revues est des plus surprenant. Enfin pas tant que ça, Galaxie en prend plein la tronche, comme d’habitude. Un jour, je la lirais pour voir si c’est justifié. La surprise se trouve du côté de fiction n° 19, après de bons débuts, le niveau est déjà en berne. De plus, on apprenait quelques jours auparavant que ladite revue a perdu le soutien du CNRL. Bref, l’avenir est des plus incertain. Du coup, Fiction « la revue qui défie la gravité » a surtout l’air de toucher le fond.

La rentrée n’est guère enthousiaste. Thomas Day ira jusqu’à lancer une copiante auprès des auteurs et des éditeurs de nouvelles : il n’y a rien « d’ambitieux » à se mettre sous la dent. Là dessus, je sui sien d’accord.

 

À la chandelle de Maitre Doc’Stolze : du livre, de l’animé et du mixte

Habituellement, le brave Maitre Doc’Stolze aborde des sujets qui me sont plutôt étrangers, pour une fois ce n’est pas le cas. Nous abordons quatre œuvres : Real humans, Black Mirrors, Lettre à Momo et Le Congrès. Dans ces deux séries et deux films, on y aborde l’effet du progrès technique sur l’homme. Black Mirrors relève à peine de la SF dans la mesure où plusieurs de ces épisodes ne présentent pas de nouvelles technologies, mais la dérive radicale des réseaux sociaux ou encore de la télé-réalité.

Black Mirrors s’avère sans doute la plus réussie de ces œuvres, à mon gout, bien que tous les épisodes ne se valent pas.

Real Humans est également très intéressante en ce qu’elle pose la question de la définition de l’homme : où commence le Robot et où s’arrête l’humain. On y retrouve un peu les thématiques des « Robots » d’Asimov. Cependant, et Maitre Doc’Stolze ne manque pas de le souligner, cette série est ratée. Il vaut mieux se contenter de la saison 1.

Je ne dirais rien de « Lettre à Momo » que je n’ai pas vu.

Enfin arrive le Congrès. Là, je diverge avec le Maitre. À mon sens, ce film est également raté. Ari Foldman s’empêtre dans son sujet et la chute laisse un gout amer de déjà vu et mieux vu.

 

« Parole de libraires » est une rubrique intéressante qui nous permet de faire le tour de France de la SF et de la Fantasy. C’est autour de Trollune à Lyon. Librairie dans lequel je m’abstiendrais sans doute de m’aventurer dans la mesure où celle-ci est clairement tournée vers les Jeux de rôle et la fantasy. Point de littérature ici. Et cela ne semble pas l’ambition des Trolls.

 

La grande boucle : la Volte fête ses dix ans

La Volte a dix ans, ceux qui n’ont pas compris sont priés de sortir de leurs cavernes. L’interview de Mathias Echenay est sympathique, bien qu’elle ne nous apprenne rien que l’on ne sache déjà.

 

Le Dossier

Le dossier débute par une biographique de J.R.R. Tolkien par Isabelle Pantin. De cette biographique, on peut ne retenir que la seconde partie qui lie la vie et l’œuvre de Tolkien. La première partie se résumant à une énumération factuelle, et sans analyse, de l’auteur du Seigneur des anneaux. Cette énumération pousse le vice jusqu’à nous détailler le travail et les responsabilités d’universitaire de Tolkien. Celles-ci n’ont rien d’original et sont le lot de tout universitaire.

Par la suite, Jean-Philippe Jaworski entreprend de nous expliquer le succès de cette œuvre « mythopoétique ». Je ne suis pas sûre que l’analyse de l’auteur explique le succès du Seigneur des anneaux. Cependant, le propos nous démontre la richesse de l’œuvre et sa malléabilité par le lecteur.

On enchaine sur la première réception de l’œuvre en France. Celle-ci implique le rôle du Réalisme fantastique mené par Pauwels.

Ensuite vient l’article le plus pointu présenté par Bifrost où Damien Badoor se penche sur la philologie de Tolkien. Les premières lignes de l’article sont assez rébarbatives et annoncent un propos plutôt hermétique aux non-connaisseurs. Toutefois, très vite, les liens entre l’élaboration des langues et la création de l’Histoire de la Terre du milieu apparaissent, ce qui devrait motiver tout lecteur de Tolkien à aller jusqu’au bout.

Bertrand Bonnet se lance dans l’Histoire de la Terre du milieu. J’avoue avoir triché puisque Mr Bonnet/Nébal avait donné un aperçu de son compte-rendu de lecture à la salle 101. Du coup, je retiens surtout que cette lecture a été « pénible ». Peut-être qu’il n’est pas nécessaire de connaître tous les secrets de fabrication de la terre du milieu. En tout les cas, ce parcours est tortueux.

Suite à cela, nous avons droit à un guide de lecture de l’univers de Tolkien. Celui-ci contient quelques répétitions après l’analyse de la Terre du Milieu. On est un peu déçue par le résumé des œuvres données par les chroniqueurs qui ne laisse pas de place une analyse de la pertinence du récit dans l’œuvre de Tolkien.

Bifrost rempli sa feuille de route. Le dossier est complet. Les articles se montrent suffisamment accessible pour le lecteur lambda sans rogner sur la rigueur. Cependant, il ne faut pas s’attendre à des infos exclusives. Le point de vue originale, sans être renversant, est l’analyse proposée par Jaworski. Donc, oui, il faut le dire s’en sort dignement, ce qui n’était pas gagné. On parle quand même de Tolkien.

 

Scienti-fiction : je parle donc je suis

Quelle est la place du langage ans la SF ? Cette question s’inspire principalement du film « Her » (pas si bon que l’on veut bien le dire). Les auteurs constatent que le langage est la dimension pauvre de la SF. La parole est mise de côté au profit de la description de l’intelligence artificielle. Les auteurs ne manquent pas de souligner que c’est bien un paradoxe : comment être intelligent si l’on n’a pas de langage pour l’exprimer ?

Les références sont nombreuses. Et l’appel du pied aux auteurs de SF est passé.

Nous nous acheminons, lentement, mais surement vers la fin de ce numéro. Il ne nous reste plus qu’à souligner les quelques nouvelles du milieu marqué par l’approche imminente des Utopiales et l’annonce du second prix des lecteurs de Bifrost.

Dans les sorties poche on peut souligner celle de « Comment J’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouver l’amour » par S.G. Browne. Livre avalé cet été dont j’aurais aimé entendre un plus parlé. Sinon, Mauméjean bénéficie, lui aussi, d’une sortie poche. Cet homme est partout, c’est incroyable, presque magique.

 

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