Tchernobyl: meilleur post-apo ou je meurs irradiée

Malgré la difficulté que j’ai eue à finir La fin de l’homme rouge, j’ai poursuivi ma découverte des œuvres de Svetlana Alexievitch. La Supplication se penche sur les victimes de Tchernobyl, ou plutôt les proches des victimes.

9782709619141-T

Alexievitch se lance à la recherche de témoignages. Les témoins racontent les premiers moments de l’après-catastrophe. Les récits sont dominés par l’incompréhension et la peur. Nombreux a été à percevoir Tchernobyl comme un état de guerre. Plus nous avons dans le livre, plus les témoignages insistent sur le crime de l’état. En effet, la supplication dévoile le rôle des « liquidateurs ». Des gens, tout le monde, étaient envoyés dans la zone pour nettoyer. Seulement, la plupart partaient nus. Ils n’étaient pourvus d’aucune protection, d’aucun dosimètre. Le travail consistait alors à retourner la terre et chasser les animaux. Un travail vain qui les a tués ou gravement handicapés.

L’auteur nous montre l’ignorance des habitants. La radiation est une chose qu’ils ne se figurent pas. Une onde invisible. Certains refusent de quitter leur maison. Ceux qui le font se retrouvent dans la misère, paria d’une société qu’il terrorise. Car les « Tchernobyliens » sont devenus des marginaux. Des gens derrière lesquels on passe pour tout nettoyer par peur de la contamination. Un endroit que l’on visite, que l’on photographie…

D’une certaine manière, Tchernobyl est comme la guerre. L’incendie a répandu la misère sur la Biélorussie. Les témoins peinent à trouver les mots. L’événement apparaît tellement surréaliste que la parole ne peut le décrire. C’est aussi une douleur. Pour beaucoup, ce fut la marque de l’échec du système communiste. La perte des illusions est grande. Comme à la fin de la Seconde guerre mondiale en France, beaucoup évoquent la perte de confiance dans le progrès et la science.

Voici les réponses à vos questions : pourquoi avons-nous gardé le silence alors que nous savions ? Pourquoi n’avons nous pas crié sur la place publique ? Nous avons fait des rapports, écrit des notes explicatives, mais nous nous sommes tus. Nous avons obéi sans un murmure parce qu’il y avait la discipline du parti, parce que nous étions des communistes. Je ne me souviens pas qu’un seul des employés de l’Institut ait refusé d’aller en mission dans la zone. Pas peur d’être exclu du Parti. Parce qu’ils croyaient. C’était la foi de vivre dans une société belle et juste. La foi que l’homme, chez nous, était la valeur suprême.

J’ai trouvé également ce qui m’avait déplu dans la Fin de l’homme, c’est-à-dire des récits remplis de pathos. Les lamentations, justifiées, des témoins ne rendent pas la lecture aisée. D’un point de vue littéraire, ils alourdissent le propos. Les informations sur la catastrophe se noient dans les tragédies personnelles. Car La supplication tient également le rôle d’exutoire : dire ce qui n’a pas encore été dit, écouter ceux que l’on a réduits au silence.

J’ai peur de le reconnaître, mais nous aimons Tchernobyl. Cela a redonné un sens à notre vie… Le sens de la souffrance. Comme la guerre. Le monde n’a appris l’existence des Biélorusses qu’à la suite de Tchernobyl. Cela a constitué notre fenêtre sur l’Europe. Nous sommes en même ses victimes et ses prêtres.

 

La Supplication – Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse, Svetlana Alexievitch, JC Lattès, 1998, 267p.

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