Chroniques d’un hall d’immeuble

Pour changer du genre, je me suis attelé à la découverte de ce court roman signé Mathieu Lindon, cousin de Vincent.

 

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Les hommes tremblent nous chronique le quotidien d’un hall d’immeuble où s’est récemment installé Martin, un sans-domicile-fixe.

Ce court roman au court chapitre nous présente quelques résidents tour à tour mécontent et compatissant. L’auteur ne nous épargne les opinions de personne, pas même celle de Martin. L’emménagement de Martin dans le hall est un bouleversement dans la routine de chacun tout en demeurant quelque chose de très commun.

Lindon s’attache à nous dépeindre la banalité de la vie des résidants. Leurs opinions banales, clichées et incorrectes. De fait, les chroniques sont souvent drôles. Dans cette histoire débarrassée de tout manichéisme, nous comprenons les résidents, nous les plaignons et nous les méprisons aussi.

Finalement, chacun s’accommode de la présence de Martin, tout en souhaitant qu’il soit ailleurs et tout en compatissant à son sort. L’un des merveilleux ressorts de l’indifférence selon l’auteur. C’est une fresque intéressante, on peut regretter toutefois les erreurs de syntaxes qui alourdissent cette histoire.

« Les hommes tremblent » n’a d’autre ambition que de saisir ce moment où Martin fait irruption dans le quotidien des habitants du 11, et pas du 11 bis, ni du 9. Si l’on est parisien ou adepte des transports en commun, on ne peut que s’y retrouver.

Pour les curieux, Mathieu Lindon n’en est pas à son premier livre. En effet, en 2011, il a reçu le Prix Medicis pour Ce qu’aimer veut dire. En l’occurence, je suis beaucoup plus intéressé par Le procès de Jean-Marie Lepen, publié en 1998.

L’avis des autres compte :
La dispute.

Les hommes tremblent, Mathieu Lindon, P.O.L., 2014, p168.

 

Abandon : Bye bye Jaël de Kherdan

Parce que j’avais lu les premières aventures de Jaël de Kherdan. Parce qu’un livre de Laurent Kloetzer me paraissait une garantie… Parce qu’il arrive à tous le monde se tromper.

 

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Petite mort poursuit les aventures de Jaël de Kherdan. Cette suite prend la forme de quatre nouvelles. Pour être honnête, je n’ai pas dépassé la deuxième.

Les premières aventures de Jaël de Kherdan, raconté dans Mémoire vagabon, m’avaient plutôt conquise. Le récit sans être parfait était des plus intéressant. L. Kloetzer nous proposait un personnage à l’identité trouble. Le récit s’accompagnait d’une partie romance, qui m’avait moins enthousiasmé. Manque de chance, c’est cette partie que l’auteur explore plus profondément dans Petite mort.

Nous ne savons pas si ces nouvelles se situent avant ou après Mémoire vagabonde. Cela n’a que peu d’importance. Nous sommes dans une sorte de no man’s land, sans passé et sans futur. Les problèmes d’identité de Jaël sont donc balayé. On peut même dire qu’il a perdu tout identité, comme tous les autres personnages. Chacun défile comme des corps vident, au destin plutôt intéressant.

Au fil des pages, on comprend que Klotzer tente de dépeindre un univers sadien. Jaël vogue de femme en femme. Certaines l’attirent autant qu’elles peuvent, d’autres le subissent. Il ne s’agit pas tant de décrire des rapports sexuels que la mis en scène de leurs corps. Tous les personnages sont beaux, fort ou faible, mais toujours désirable.

Les rencontres entre Jaël et ses femmes viennent frôler les frontières de la bienséance. Ainsi la première nouvelle met en scène l’amour d’une enfant de 12 ans pour lui. Dans la seconde nouvelle Jaël erre dans le domaine d’une noble où tout est permis sauf de partir (Il y a deux autres règles que j’ai oubliées). Les invités se livre à tout un tas d’expériences. Seulement, les excès décris ne sont guère impressionnant. Enfin, on a l’impression d’assister à une version autorisée au moins de 18 ans de Sade. Quelque chose donc de plutôt rater. De plus, Jaël est traversé par un sentiment coupable qui le pousse à fuir ou se cantonner à quelques baisers volés.

Le texte en devient agaçant. Ni gentilhomme, ni libertin, Jaël est surtout ennuyeux. Le récit devient également embarrassant. Nous nous retrouvons face à des scènes d’intimité sans en explorer la gêne profonde. Car les expériences menés à défaut d’être scandaleuses sont surtout ridicules.

L’avis des autres compte :
Bifrost (La seconde partie serait apparemment plus intéressante…)

Petites morts, Laurent kloetzer, Mémos, 2012. p288

Le journal de…

Parce que la nostalgie de ma jeunesse pas encore passée me titillait… Et parce qu’il me narguait, gratuitement, à la bibliothèque…

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Morwenna est une histoire simple, celle de la vie d’une jeune fille envoyée au pensionnat d’A. Son récit se partage entre le quotidien éprouvant à l’école, les relations compliquées avec sa famille et son imagination toujours très développée pour une adolescente de 15 à 16 ans.

L’histoire de Morwenna se révèle progressivement, à mesure qu’elle se sent la force de l’écrire. Il s’agit de la trame du livre : comment Morwenna se retrouve dans son pensionnat ? Comment a-t-elle perdu sa sœur ? Pourquoi craint-elle sa mère ?

L’intérêt ne réside donc pas dans son histoire, mais dans sa forme et donc repose sur le personnage de Morwenna. Le témoignage de la jeune fille est délicat à traiter, car il est d’inspiration d’autobiographique. Ainsi, nous ne plongeons pas uniquement dans les méandres d’une imagination, plutôt immature, mais aussi dans les années 70 et dans une histoire familiale particulière. De jour en jour, nous découvrons Morwenna au fil de ses lectures et de ses analyses. Ce sont les moments les plus intéressants, car nous voyons comment elle se construit grâce à ses livres.

Toutefois, certains de ces pages apparaissent comme anachroniques. En effet, ils semblent correspondants plus à une relecture adulte de la jeunesse de l’auteur qu’aux pensées d’une adolescente. De plus, la forme du récit en journal est usurpée et s’apparente plutôt à un carnet de notes. Il faut dire que la vie de Morwenna est très vide, il s’est passé peu de choses et un récit journalier aurait été particulièrement ennuyeux.

Le roman se révèle donc plutôt frustrant. Il manque une intrigue forte à l’histoire. Morwenna est une jeune fille intéressante cependant elle ne fait preuve que de peu curiosité en dehors de ses livres, ainsi on ne plonge pas dans la vie des adolescents des années 70. La plupart des personnages restent superficiels puisque Morwenna ne s’y intéresse pas. Le récit reste agréable, car il est porté par les remarques et l’humour de Morwenna, si seulement, elle avait exploré un peu plus son univers nous aurions pu avoir un roman un peu plus ambitieux.

Morwenna, Jo Walton, Lune D’encre Denoël, 2014, 352p

 

De la médiocrité humaine

Parce que depuis le temps que je passe devant à la bibliothèque, il fallait bien que je le lise. Parce que tout le monde, l’ayant lu, a été bluffé, c’était mon tour. 

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Titus d’Enfer débute par la naissance de l’héritier de Gormenghast. Il sera le personnage central de ce premier tome. Pourtant, Titus ne parle pas et marche à peine. C’est un enfant.

Les premières cent pages sont consacrées à la présentation des personnages. Chacun apprend la nouvelle de la naissance de Titus. Nous rencontrons les figures les plus nobles de Gormenghast, le compte, son père, mais aussi les individus apparemment les plus insignifiants, comme ce commis de cuisine, Finelame.

Au château de Gormenghast, les nobles et les serviteurs se mêlent sans distinction, car ils sont tous les pantins du protocole. Enfermé dans la même forteresse, le monde extérieur leur inspire au mieux de l’indifférence au pire de la peur. Nous les suivons dans leur rituel, du déjeuner au diner. Si chaque geste paraît insignifiant, nous comprenons qu’ils sont le ciment de Gormenghast.

Évidemment, ces vies millimétrées ont rendu les personnages quelque peu fous. Ainsi dans cette histoire qui avance avec précaution, allant de détail en détail, nous nous accrochons à ces personnes. Si la plupart nous échappent, certains peuvent nous parler. Sans doute, le plus normal d’entre eux est Finelame. Nous le rencontrons pour la première fois dans les cuisines du château, cependant, sa débrouillardise lui ouvre une destinée plus noble. L’avancement social de ce simple commis n’est que l’un des nombreux signes des changements à venir.

Ce premier tome de la trilogie apparaît comme une introduction aux bouleversements qui nous attendent dans la suite.

Il ne faut pas se fier aux comparaisons qui ont pu être faites entre les œuvres de Mervyn Peake et d’un certain J.R.R. Tolkien. L’univers de Gormenghast n’a pas de prétention d’être exhaustif. Nous voyons rarement au-delà des remparts du château, bien que ceci soit abondamment décrit. Les paysages peints par Peake n’ont pas pour but de nous faire découvrir un monde, ils sont le reflet de l’histoire. Les espaces décrits ne sont pas beaux, mais inquiétants, troublants et parfois drôles. Gormenghast prend la forme que les personnages lui donnent. Les couloirs sont des labyrinthes pour Finelame, tandis que Craclose, premier valet du Roi, les traverse comme une ligne droite. Les aventures de la famille d’Enfer et de leur entourage ne sont pas épiques, elles sont banales. Ils affrontent la mort, la maladie, l’arrogance, la frustration et l’ambition.

Peake s’attache plus à nous décrire les maux des humains vivant dans notre société que la découverte d’un nouveau monde. Donc ce n’est pas Le seigneur des anneaux, mais c’est quand même un chef d’œuvre.

Le livre est épuisé dans les éditions Phébus, ce qui est bien dommage car elle était très belle (illustré par l’auteur). Il reste en poche dans la collection Point.