De la médiocrité humaine

Parce que depuis le temps que je passe devant à la bibliothèque, il fallait bien que je le lise. Parce que tout le monde, l’ayant lu, a été bluffé, c’était mon tour. 

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Titus d’Enfer débute par la naissance de l’héritier de Gormenghast. Il sera le personnage central de ce premier tome. Pourtant, Titus ne parle pas et marche à peine. C’est un enfant.

Les premières cent pages sont consacrées à la présentation des personnages. Chacun apprend la nouvelle de la naissance de Titus. Nous rencontrons les figures les plus nobles de Gormenghast, le compte, son père, mais aussi les individus apparemment les plus insignifiants, comme ce commis de cuisine, Finelame.

Au château de Gormenghast, les nobles et les serviteurs se mêlent sans distinction, car ils sont tous les pantins du protocole. Enfermé dans la même forteresse, le monde extérieur leur inspire au mieux de l’indifférence au pire de la peur. Nous les suivons dans leur rituel, du déjeuner au diner. Si chaque geste paraît insignifiant, nous comprenons qu’ils sont le ciment de Gormenghast.

Évidemment, ces vies millimétrées ont rendu les personnages quelque peu fous. Ainsi dans cette histoire qui avance avec précaution, allant de détail en détail, nous nous accrochons à ces personnes. Si la plupart nous échappent, certains peuvent nous parler. Sans doute, le plus normal d’entre eux est Finelame. Nous le rencontrons pour la première fois dans les cuisines du château, cependant, sa débrouillardise lui ouvre une destinée plus noble. L’avancement social de ce simple commis n’est que l’un des nombreux signes des changements à venir.

Ce premier tome de la trilogie apparaît comme une introduction aux bouleversements qui nous attendent dans la suite.

Il ne faut pas se fier aux comparaisons qui ont pu être faites entre les œuvres de Mervyn Peake et d’un certain J.R.R. Tolkien. L’univers de Gormenghast n’a pas de prétention d’être exhaustif. Nous voyons rarement au-delà des remparts du château, bien que ceci soit abondamment décrit. Les paysages peints par Peake n’ont pas pour but de nous faire découvrir un monde, ils sont le reflet de l’histoire. Les espaces décrits ne sont pas beaux, mais inquiétants, troublants et parfois drôles. Gormenghast prend la forme que les personnages lui donnent. Les couloirs sont des labyrinthes pour Finelame, tandis que Craclose, premier valet du Roi, les traverse comme une ligne droite. Les aventures de la famille d’Enfer et de leur entourage ne sont pas épiques, elles sont banales. Ils affrontent la mort, la maladie, l’arrogance, la frustration et l’ambition.

Peake s’attache plus à nous décrire les maux des humains vivant dans notre société que la découverte d’un nouveau monde. Donc ce n’est pas Le seigneur des anneaux, mais c’est quand même un chef d’œuvre.

Le livre est épuisé dans les éditions Phébus, ce qui est bien dommage car elle était très belle (illustré par l’auteur). Il reste en poche dans la collection Point.

 

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