I had a dream…

Parce que cela avait l’air trop cool.

CV-Hinrichs

À la rentrée 2014, il n’y a presque pas si longtemps, les éditions Attila ont remis sur le devant de la scène une obscure nouvelle Autrichienne de 1926 écrits par Arthur Schnitlzer. Pour attirer un peu le chaland, les éditions Attila n’oublient pas de préciser en quatrième de couverture qu’il s’agit là du texte qui a inspiré le dernier film de Kubrick : Eyes wide shut.

Il ne s’agit pas seulement de remettre au gout du jour la nouvelle de Schnitlzer, mais également d’en proposer une adaptation BDesque par Jacob Hinrichs, un illustrateur allemand. Ne m’en demander pas plus, je ne sais rien.

Pour juger un peu de ces adaptations, je propose d’en revenir à l’histoire originale. Celle-ci nous raconte la vie couple plan-plan de Fridolin médecin à Vienne et de sa femme Albertine. Ils ont une enfant, une vie rangée et confortable, mais depuis leurs vacances au Danemark, le couple s’interroge sur leurs désirs.

L’interrogation sur la sexualité vue par Kubrick retravaillé et censuré donne un film très moyen. Les acteurs sont mauvais. Le désir et le sexe sont relégués au 47e plan. Les interrogations du couple sont cantonnées à la première partie du film, celle où j’étais encore éveillée, lors d’une conversation entre un nain et Miss Botox. Pas Sarko et Carla, mais Tom Cruise et Nicole Kidman. On peut préciser que le film s’ouvre sur les fesses fermes et rebondies de Kidman, ce qui constitue un indice sur la médiocrité du film. Au bout du troisième plan fixe sur les fesses de Kidman, on comprend qu’il n’y aura rien à sauver et c’est à ce moment que j’ai dû m’endormir. Je ne me souviens plus très bien.

Revenons-en au dialogue entre Kidman et Cruise, celui-ci est un copier-coller de la conversation entre Fridolin et Albertine. Exception faite que Kidman est risible et Cruise, un benêt. Ainsi à la question : « Pourquoi m’étais-tu fidèle ? » Il répond : « Parce que nous sommes mariés » et là Kidman se roule par terre à moitié à poil, en ricanant. Avant cela, Cruise explique que si lorsqu’il voit une femme, il a envie de la baiser c’est parce qu’il est un homme. Alors qu’il est en tout à fait autrement pour une femme voyant un homme. Sans doute se dit-elle : tiens, il faut que je refasse ma plomberie. Mais n’est-ce pas la même chose ?

Bref, Kidman, dans un élan spirituel, analyse cela pour le spectateur comme le résultat de la domination masculine… Merci, Nicole, pour les sous-titres.

Car l’égalité des sexes n’est pas vraiment le sujet de la nouvelle. Les rapports asimétriques entre Fridolin et Albertine sont évidents. Cependant, le nœud de l’histoire se trouve entre la réalité de leurs expériences sexuelles et leurs fantasmes.

D’où la place prépondérante des rêves. On ne lira pas Nouvelle de rêve sans penser à Freud, bien que cette référence ne soit pas étouffante. Car on ne trouvera pas non plus Œdipe dans ces pages. Schnitzler se contente d’explorer les désirs refoulés de ces personnages.

À ce jeu-là, Albertine s’en sort beaucoup mieux que son époux. En effet, chère et tendre Albertine raconte sans complexe ses fantasmes les plus triviaux et cruels à son mari. Elle paraît toute à fait consciente de ses désirs et l’impossibilité qu’ils se réalisent. C’est sans doute triste pour elle, mais c’est son choix. De l’autre côté, Fridolin est beaucoup plus torturé. Car ses fantasmes pourraient se réaliser. L’histoire de la nouvelle est bien celle des rencontres de Fridolin et du dilemme de ce dernier à profiter, ou non, de ces occasions.

Au final que peut proposer la BD ? Celle-ci adopte le parti d’une lecture au premier degré. Ainsi toutes les images sont mises en scène. L’histoire ressemble à une farce. Le ton décalé s’éloigne des descriptions millimétrées de Schnitzler. Toutefois, en exposant crument les errements de Fridolin et Albertine, la BD perd beaucoup de son intérêt. On reste su sa fin. À quoi est-ce que cela conduit les personnages ? Apparemment, rien.

Bref, ne regardez pas le film sauf en cas d’insomnie, ne lisez pas la BD, lisez la nouvelle rêvée d’Arthur Schnitlzer parue également au Livre de poche pour 5 euros et des brouettes.

Chez Attila (belle couverture et belles images)
Chez le Livre de poche. (moche, moche, moche)

 

Vive le camembert!

Parce que la Fille qui n’aime rien mange. Parce qu’elle a une mémoire de poisson rouge…

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J’ai déjà commencé une trentaine de carnets dans ma courte vie, je n’en ai finis aucun. Ils se sont tous perdus, voir décomposé. Du coup, je les note ici. Les recettes présentés n’ont aucune ambition autre que celle de me nourrir au quotidien. Maintenant, je n’ai plus qu’à ne pas oublier que je les poste ici!

Cette recette a l’élaboration plus que simpliste est ma dernière grande découverte. J’en tire une certaine fierté car elle rassemble les restes de mon frigo: Brocolis et camembert.

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Pour 3/4 personnes:

1/2 Camembert
1 Brocolis
4 tranches de jambon
3/4 patates

J’ai d’abord fait cuire les patates à la vapeur et le brocolis dans l’eau salé(10 min). Comme je fais cuire mes patates à la vapeur et au micro-onde, je les avais éplucher et couper en rondelle au préalable. L’idée étant de faire quelque chose qui avait un « peu de gueule » pour un plat à base de reste.

Lorsque le brocolis et les patates sont prêtes les disposer dans un plat à tarte. D’abord, les patates en rondelles, elles serviront de font de tarte, puis les tranches de jambon, le brocolis et en fin le camembert en quartier.

Enfournez à 200° pendant 20 minutes. Le fromage fond et enrobe les patates. Vous obtiendrez une sorte de quiche sans pâtes.

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Va, je ne te hais point.

Parce qu’on a tous besoin d’un peu de fantaisie.

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Zuleika Dobson paraît au début du 20ème siècle. Écrit par Max Beerbohm, un essayiste adepte de la caricature et de la satire. Deux éléments que nous retrouvons dans son premier et dernier roman.

Celui-ci nous dépeint la vie des étudiants d’Oxford dont le quotidien est bouleversé par l’apparition de Mlle Dobson.

Zuleika a une réputation internationale en tant que prestidigitatrice mais aussi pour son charme irrésistible. Son arrivé bouleverse chacun des étudiants présents. Toutefois, le charme est à sens unique. Le cœur de Zuleika est impassible sauf à celui du Duc de Dorset qui ne l’aime pas. Et puis, les rôles s’échangent avant de se rendre.

Nous suivons les pérégrinations amoureuses de la petite communauté étudiante d’Oxford pétri de conventions sociales.

On y trouve un gout d’Alfred de Musset avec On ne badine pas avec l’amour, la morale en moins. Surtout, Max Beerbohm nous offre un récit anti-romantique. L’amour est risible et porté par la vanité de ces jeunes gens.

Alors que cela ne pourrait être qu’une simple farce, l’auteur augmente le niveau en jouant avec le lecteur. La narration navigue entre les personnages de Zuleika et du Duc puis d’un serviteur de la déesse Clio, muse de l’histoire. Car Max Beerbohm invoque les Dieux et quelques fantômes.

La vie estudiantine Oxfordienne devient trépidante et truculente pour le lecteur. Car hommes et femme flirtent avec le ridicule. Bien sur le monde décrit par Max Beerbohm est un tantinet désuet. L’aventure reste délicieuse et des plus recommandable. De plus, elle s’accompagne des illustrations de George Him.

Zuleika Dobson, Max Beerbohm, Philippe Neel (à la traduction) Monsieur toussaint à l’ouverture, 2010, 352 pages

 

Nous sommes si peu de choses

Parce qu’il est apparus dans mon sac. Parce qu’une lecture ne se refuse pas (enfin presque). 

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Attraper au vol lors d’une salle 101, Everything we miss nous fait suivre la rupture d’un couple et le monde qui continue de tourner au tour.

Cette petite BD est très poétique et elliptique. Nous croisons les personnages par phases. Des opportunités qu’ils leur passent devant.

Plus que d’une rupture, Everythng we miss nous parle de la tristesse en général, voir de la dépression. Comment on peut s’y accrocher dans un élan nostalgique. Cette étreinte nous aveugle à toute autre possibilité.

Les drames des uns sont les détails des autres. Cette rupture, horrible pour les deux concernés, ne représente rien comparé à l’ordre cosmique. Surtout, si celui-ci est perturbé par les caprices de deux singes flottants dans l’espace.

Luke Pearson ne se contente pas d’une ode dépressive à l’amour. C’est aussi une histoire absurde, un rappel sur la petitesse humain ?

Luke Pearson est un habitué des éditions Nobrow Press, où il publie également une série Hildafolk.

Nobrow Press
Luke Pearson
Luke Pearson Tumblr (Je suis trop hype)

Eymerich, l’inquisiteur qui fait plouf.

Parce qu’il était court, malgré que cela m’ait semblé long. 

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Nicolas Eymerich, inquisiteur est le premier tome d’une série de roman écrit par Valério Evangelisti. L’auteur italien propose de revisiter l’inquisition au travers du personnage réel d’Eymerich. Toutefois, il ne se contente pas de revoir l’histoire. Evangelisti ajoute une dimension scienfictionnesque. Les romans se déroulent dans trois dimensions temporelles. L’époque de l’inquisition, comme vous vous en seriez douté, le présent et un futur très lointain.

Le projet est ambition, ce qui pourrait, même, justifier l’étalement du cycle. Je me suis donc lancé dans la lecture du premier tome. L’ambition s’est effondrée page après page. Nous suivons Eymerich, les deux autres trames sont absolument mineures.

Au cœur du Royaume d’Aragon se monte un complot contre la chrétienté. Le petit Nicolas nouvellement nommé inquisiteur de la région. L’enquête est prenante, si bien qu’on la quitte à regret. D’autant plus qu’il ne se passe pas grand-chose ailleurs. Du présent, Evangelisti nous donne des extraits d’un manuel scientifique. Ces passages viennent justifier le voyage dans le temps, ce qui nous conduit à l’histoire qui se déroule dans le futur.

Mis bout à bout, les morceaux s’assemblent avec évidence. On attend le twist, le moment où l’auteur va nous surprendre. Or ce moment ne vient pas. Evangelisti pose les bases et puis le roman s’arrête là.

Bien sûr, on ne passe pas un mauvais moment. La lecture est fluide ce dû à une écriture soignée, mais pas lourde. L’enquête menait par Eymerich éveille la curiosité. Cependant, je reste frustrée : la sensation qu’il ne s’est rien passé dans ce livre.

Ce premier tome pose des bases. La question est de savoir si ces bases nous conduisent à quelque chose. Est-ce que l’histoire décolle un jour ?

Peut-être, un jour, je m’aventurais vers le tome 2. Rien n’est moins sûr. Et vous, avez-vous lu la suite ?

Nicolas Eymerich, inquisiteur, Valerio Evangelisti, La Volte, 2011, p208.

Le Seigneur des anneaux, première partie.

Parce que le Seigneur des anneaux est devenu mon film de Noël. Parce que la version ultra longue de P. Jackson m’ennuie de plus en plus. Parce qu’un Monsieur a dit regarde!

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Le Seigneur des anneaux a connu de nombreuses adaptations. Toutes n’ont pas rencontré le succès. Oui, cela peut surprendre, aujourd’hui. Brillante époque où Tolkien se vend sous toutes les formes, même les plus nauséabondes.

L’adaptation de Ralph Bakshi fut un échec. Du coup, cette adaptation est incomplète. Le récit s’arrête à la victoire du Gouffre de Helms. Ce n’est pas grave. L’intérêt de cette adaptation repose sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un film mais d’un dessin animé.

Le dessin a mal vieilli. Cela gêne beaucoup la visualisation de l’oeuvre. De plus, les représentation d’époques sont perturbante pour quelqu’un qui a d’abord connu la vision de Peter Jackson. Aragorn s’apparente plutôt à Conan le Barbare. Les Hobbits sont plus âgés. Pour ces derniers, ce choix n’est pas forcément contestable. Toutefois, il est assez difficile de distinguer la laideur et les choix du réalisateur. Les personnages sont principalement moches.

On salut tout de même l’introduction en ombre chinoise tout à fait intriguant. La représentation des Nazgûls est plutôt réussis. Elles donnent réellement l’impression de sombrer dans les nimbes.

L’intrigue se développe sans surprise. Nous suivons le récit du Seigneur des anneaux tel que Tolkien l’a écrit et étrangement, tel que Jackson la perçue. En fait, lorsque l’on connait déjà l’histoire du Seigneur de anneaux, le visionnage peut sembler redondant. Du coup, on peut jouer au jeu des similitudes. Et elles sont nombreuses. Plusieurs dialogues, coupe, scène se font écho du dessin animé aux films. L’adaptation de Peter Jackson apparait encore moins originale.

En conclusion, je réserverais cette version à toute personne curieuse du travail d’adaptation de ce monument de la littérature.

Le Seigneur des anneaux, Ralph Bakshi, 1978.

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Un vigile à Sephora

Parce que j’en avais lointainement entendu parler dans un magazine quelconque. Parce que maintenant, tout le monde en parle et mon gène de mouton s’est éveillé. Parce que « Le nouvel Attila »… Parce que c’est les fêtes, même si je ne vois pas en quoi c’est une raison. Peu importe.

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Debout-payé nous raconte la vie d’un vigile. Ce métier aux abords austères se révèle plutôt cocasse. Les anecdotes sur les clientes constituent, à la fois, l’attrait du roman et aussi la facilité de sa lecture. Nous entrons dans le monde de la consommation par la petite porte. À travers les yeux du vigile, nous pouvons épier ses clientes, souvent ridicules et parfois touchantes. En même temps, vous n’êtes pas à l’abri de vous reconnaître dans quelques-unes.

Pause à Vincennes. Le magasin est quasiment au pied du château de Vincennes. A l’époque où il était habité par des Louis à numéro, les toilettes corporelles et les bains étaient rares. Ils auraient apprécié la présence d’un Sephora. p114

 

Culture et surgelés. Sur les champs-Elysées, le Virgin Megastore se trouve au-dessus du Monoprix. Le plafond des surgelés est le plancher du rayon livre. Le filet de cabillaud d’Alaska prédécoupé Queens Ocean, juste en dessous d’un Anna Gavala :  rencontre des fadeurs. p115

Heureusement, le récit à un eut plus d’ambition. Ainsi des morceaux de la biographie de l’auteur s’intercalent entre les anecdotes. Car il y a bien des personnages, principalement deux : Ossirine et Kassoum. Deux Ivoiriens, loger à la Maison des étudiants de la Côté d’Ivoire (MECI) où ils se rencontrent. Les récits se croisent, le présent avec les anecdotes rigolotes et puis le passé. Le passé est moins drôle donc, puisque Kassoum et Ossirine sont des émigrés « sans-papier », ils sont issus d’une ancienne colonie française dont la rupture n’a pas fini d’être consommée.

À partir de là, on tombe dans le domaine du politique. Des questions et de quelques réponses. Les analyses de l’auteur sont intéressantes. Elles présentent tout l’intérêt de passer de l’autre côté, celui qui n’est pas blanc. Celui qu’on entend moins. Les retranscriptions des paroles de la mère d’Ossirine me laissent à penser que cette femme est/était formidable. Elle soulève bien sûr le rapport de domination exercé par la métropole, mais aussi ce qu’implique la lutte pour le maintien de sa culture.

Comprenez bien les enfants, on ne peut pas être indépendants quand même ce qu’on mange vient de ceux qui nous aliènent. (…) Comprenez bien les enfants, le pain est un caprice alimentaire, un complexe alimentaire, une aliénation alimentaire, un suicide alimentaire. p97

Une lecture salutaire bien que l’on imagine bien que le récit de ces deux hommes n’est que le sommet de l’iceberg.

Astuce pratique : Nous rajouterons que le Nouvel Attila a bien fait son travail. Ce petit livre d’à peine de 200 pages est extrêmement bien présenté. Le bandeau rouge n’est pas une décoration, il fait partie intégrante du livre. Pour les lecteur itinérants, j recommande de le laisser car il s’abîmera vite.

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Debout-payé, Gauz, Le Nouvel Attila, 2014, p172