Un vigile à Sephora

Parce que j’en avais lointainement entendu parler dans un magazine quelconque. Parce que maintenant, tout le monde en parle et mon gène de mouton s’est éveillé. Parce que « Le nouvel Attila »… Parce que c’est les fêtes, même si je ne vois pas en quoi c’est une raison. Peu importe.

CV-Gauz-Cheeri

 

 

Debout-payé nous raconte la vie d’un vigile. Ce métier aux abords austères se révèle plutôt cocasse. Les anecdotes sur les clientes constituent, à la fois, l’attrait du roman et aussi la facilité de sa lecture. Nous entrons dans le monde de la consommation par la petite porte. À travers les yeux du vigile, nous pouvons épier ses clientes, souvent ridicules et parfois touchantes. En même temps, vous n’êtes pas à l’abri de vous reconnaître dans quelques-unes.

Pause à Vincennes. Le magasin est quasiment au pied du château de Vincennes. A l’époque où il était habité par des Louis à numéro, les toilettes corporelles et les bains étaient rares. Ils auraient apprécié la présence d’un Sephora. p114

 

Culture et surgelés. Sur les champs-Elysées, le Virgin Megastore se trouve au-dessus du Monoprix. Le plafond des surgelés est le plancher du rayon livre. Le filet de cabillaud d’Alaska prédécoupé Queens Ocean, juste en dessous d’un Anna Gavala :  rencontre des fadeurs. p115

Heureusement, le récit à un eut plus d’ambition. Ainsi des morceaux de la biographie de l’auteur s’intercalent entre les anecdotes. Car il y a bien des personnages, principalement deux : Ossirine et Kassoum. Deux Ivoiriens, loger à la Maison des étudiants de la Côté d’Ivoire (MECI) où ils se rencontrent. Les récits se croisent, le présent avec les anecdotes rigolotes et puis le passé. Le passé est moins drôle donc, puisque Kassoum et Ossirine sont des émigrés « sans-papier », ils sont issus d’une ancienne colonie française dont la rupture n’a pas fini d’être consommée.

À partir de là, on tombe dans le domaine du politique. Des questions et de quelques réponses. Les analyses de l’auteur sont intéressantes. Elles présentent tout l’intérêt de passer de l’autre côté, celui qui n’est pas blanc. Celui qu’on entend moins. Les retranscriptions des paroles de la mère d’Ossirine me laissent à penser que cette femme est/était formidable. Elle soulève bien sûr le rapport de domination exercé par la métropole, mais aussi ce qu’implique la lutte pour le maintien de sa culture.

Comprenez bien les enfants, on ne peut pas être indépendants quand même ce qu’on mange vient de ceux qui nous aliènent. (…) Comprenez bien les enfants, le pain est un caprice alimentaire, un complexe alimentaire, une aliénation alimentaire, un suicide alimentaire. p97

Une lecture salutaire bien que l’on imagine bien que le récit de ces deux hommes n’est que le sommet de l’iceberg.

Astuce pratique : Nous rajouterons que le Nouvel Attila a bien fait son travail. Ce petit livre d’à peine de 200 pages est extrêmement bien présenté. Le bandeau rouge n’est pas une décoration, il fait partie intégrante du livre. Pour les lecteur itinérants, j recommande de le laisser car il s’abîmera vite.

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Debout-payé, Gauz, Le Nouvel Attila, 2014, p172

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