Lupus, choléra eccetera…

Parce que cette BD se faisait si prometteuse.

 

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Lupus est une BD de Frederik Peeters paru aux éditions Atrabile en 4 tomes de de 2003 à 2006. J’avais déjà eu l’occasion de lire Frederik Peeters avec Pilules Bleus. Cette BD autobiographique paru en 2001 (toujours chez Atrabile) m’avait complètement emballé. Drôle et touchante, bref, vous voyez le tableau? Elle retraçait la relation de l’auteur avec sa compagne atteinte du HIV. L’histoire ne portait donc pas tant sur leur relation amoureuse que sur la vie lorsque l’on est atteint de ce virus.

Un petit peu après, j’ai appris que le messieurs s’était également essayé à la science-fiction. Ca tombait bien puisque les éditions Atrabile ont sorti un intégrale. C’est le côté pratique quand vous découvrez les choses 15 ans après tout le monde, vous tombez à pic pour la sortie des intégrales et sans frustration. C’est de la même manière que j’étais tombé sur Pilules bleus.

Bref, Lupus, BD éponymes, nous raconte la course-poursuite lancinante d’un couple qui n’en est pas vraiment un. L’histoire démarre avec Lupus et son pote partis se droguer de planète en planète. Pour agrémenter le voyage, ils pêchent des grosses bestioles. Et puis, le syndrome Yoko frappe. Les détails de l’histoire n’étant pas nombreux je ne vais pas m’attarder dessus.

Lupus et la fille parte en cavale. Cette fuite est l’objet d’une espèce de voyage initiatique dominé par l’angoisse de grandir. Lupus est hanté par des flashback de son enfance. Le procédé n’est ni subtile, ni très révélateur. La BD sombre dans une atmosphère angoissante. Les personnages fuient vers l’avant, en refusant à la fois d’affronter le passé et le présent.

Au milieu de tout cela, l’univers SF est complètement délaissé. Ici ou ailleurs, c’est pareille. Les personnages transportent leurs doutes et leurs malaises. Bien sûr, tout cela n’est pas vain ou inintéressant, mais, à mon sens, très maladroit. L’histoire manque de souffle et deviens assez prévisible ou en tout cas peu surprenante. La narration est complètement dépourvue d’humour, les angoisses des personnages se fait alors étouffantes. Si l’ambiance est parfaitement transmise au lecteur, on ne compatis pas pour autant avec Lupus, dont l’accablement et le désespoir agace.

Frederik Peeters s’est à nouveau lancé dans une histoire sciencefictionnesque avec Aâma, cette fois chez Gallimard.

Lupus, Frederik Peeters, Atrabile, 2014.

Jazzmen et sorcellerie

Parce qu’il ne fallait pas s’arrêter en si bon chemin…

Magie-Noire-a-Soho

Nous avions laissé l’inspecteur Peter Grand dans les ruines de Covent Garden. Nous le retrouvons maintenant remis de ses émotions et tout aussi insouciant.

Le pitch de ce second tome démarre avec l’assassinat de plusieurs Jazzmen. Cette enquête va donc tenir à cœur notre cher inspecteur puisque son père est un musicien raté. Surtout, Magie noire à Soho nous conte une histoire plus condensée et au rythme trépidant. Quelques pages de moins et des péripéties qui n’en finissent pas en font un second tome des plus réussis.

Le ton moqueur du Tome 1 se retrouve avec autant fraicheur. C’était une dimension qui m’avait peu frappé à la lecture du tome 1, mais Peter Grant est métis. Ben Aaronovitch en profite pour railler les pratiques policières racistes, en son temps et toujours un peu aujourd’hui. Les forces de l’ordre londoniennes sont l’objet principal de l’humour grinçant de l’inspecteur. On suit donc les digressions et les commentaires sur l’organisation de la police avec délectation.

Magie noire à Soho est parsemé d’anecdotes : l’histoire et la réputation des différentes brigades policières, l’architecture de Londres, mais aussi, et bien sûr, le jazz. Ces notes sont tout à fait délicieuses et n’étouffent en rien l’histoire.

On peut d’ailleurs dire au sujet de celle-ci qu’elle est beaucoup plus maitrisée que dans le tome 1. La première enquête de Peter était assez conventionnelle, cette deuxième rencontre avec le surnaturel est beaucoup enlevée et comporte des ramifications qui pimentent agréablement la lecture. L’imbrication des différentes enquêtes est rondement menée. Elle incite le lecteur à tourner les pages sans faire de pause.

De plus, et alors que le tome 1 se suffisait à lui-même, le tome 2 pose les bases pour une narration plus longue. Si bien qu’il a fallu que je me retienne des deux mains pour ne pas passer directement au tome suivant.

Bref, je suis tombé complètement sous le charme de ce policier-fantastique. Les genres se mêlent avec délectation. L’équilibre se maintient sans doute grâce à la distance amusée que le narrateur adopte avec son propre récit. Au final, Peter Grant trouve le fonctionnement de la police très drôle tout comme les rituels magiques.

La princesse et le chien

 

Je vous dirais bien que c’est parce que je me suis trompée de salle. À la base, j’allais voir Timbuktu. FAUX. J’ai choisi ce film délibérément parce que je ne recule jamais devant le nul, le raté, le ridicule… 

Jupiter-Ascending

Pour mettre fin au suspense, le dernier Wachowski est raté, mais pas inintéressant. En tout cas, c’est ce que je vais tenter de démontrer.

Les Wachowski connus pour Matrix et Cloud Atlas nous présentent un nouvel univers de science-fiction et un peu de fantasy. Pour tout avouer, il n’y a rien de profondément nouveau dans cet opus. Ce film est un jeu de pistes où il faut s’accrocher à sa culture de geek. Le premier indice est Star Wars. D’un point de vue esthétique, vous croiserez Coruscant, mais également Naboo. Le scénario de la célébrissime saga et de Jupiter se croise également. Stringer Arpini  fait écho à Lando Calrissian… La mise en scène vous fera régulièrement un effet de déjà-vu, et ce pour le plus grand bien. Car si Star Wars a déjà été pastiché en long en large et en travers, la touche Wachowski est des plus plaisante. Sans doute, car ils en gardent le meilleur. L’univers que l’on aperçoit dans Jupiter est palpitant au point que l’on se laisse à y croire sans difficulté.

Le deuxième indice est Brazil et Terry Gilliam. Le clin d’œil est particulièrement appuyé puisque ce dernier est présent dans le film.

On trouve même une sorte de message dans le film, certes simpliste, mais présent. Cette dimension est suffisamment rare pour être signalé et apprécier dans une certaine mesure.

Car comme, je vous le disais, tout ceci est fort intéressant, mais ne possède ni le scénario ni les personnages pour porter un tel projet. Nous plongeons dans un univers très référencé et assumé. Les Wachowki pillent la science-fiction pour en faire un délire explosif et kitsch. Cependant, le charisme de Jupiter, femme de ménage russe émigrée aux États-Unis, est plat. Quand la Princesse Leia faisait preuve de caractère, Jupiter (Milas Kunis) fait office de cruche. Le scénario semble plus ou moins absent. Entre deux scènes de baston, les frères Wachoski pensent à nous tenir au courant de trois éléments du déroulement de l’histoire. Ceux-ci sont soit insuffisants soit incohérents. Et c’est bien dommage.

 

Promenons-nous dans les bois…

Parce qu’il faut bien rire de temps en temps.. 

9782253125402-G

 

Blanche-Neige et les lances-missiles est le premier tome d’une série de quatre dans lequel Catherine Dufour s’évertue à tordre le cou aux contes de fées. Le premier volet reprend la trame classique des contes. Les personnages principaux sont La Belle au bois dormant, Cendrillon et le Chaperon-rouge alias Ta gueule. Les destinés de ces trois héroïnes ont été contrarié par une embrouille chez les Ethérés. Elles sont donc amenés à faire face à différente péripéties, mais  il est possible de toutes les énumérés tellement elles sont nombreuses. Nous ne parlerons ici que des tomes 1 et 2 (L’ivresse des providers). Le deuxième tome nous ramène dans le monde contemporain.

Catherine Dufour nous plonge dans un monde très dense où les péripéties vous sautent dessus à chaque paragraphes. Cette épreuve de force pousse à une lecture frénétique. Le rythme ne se relâche jamais. A ce niveau, l’auteur force le respect car nous faisons face à un récit d’une grande ingéniosité. Chaque rebondissement nous pousse plus loin dans le chaos des Contes et des religions sans se répéter.

L’histoire est portée par une verve des plus impressionnante. L’auteur semble bondir d’idée en idée, toujours plus absurdes et donc toujours plus charmantes.

Les quatre tomes sont lié par une « méta-intrigues », la mis en place de celle-ci prend un certain temps et entraine à l’occasion quelques pertes de rythmes notamment dans la première partie du Tome 2.

Sommes toutes, il y a bien peu de choses à reprocher à ces deux premier tomes. L’humour dont fait preuve Catherine Dufour est des plus réjouissant d’autant plus qu’il n’est ni gratuit, ni nihiliste. En effet, les contes sont moqués pour leur représentation de la femme mais de la vie en générale. Pour autant, Catherine Dufour nous dispense bien de toute morale.

Discussion entre fantômes: 
– Plus jamais froid, tu as dit? ni sommeil, je parie. En ce cas, c’est pas complètement une mauvais chose, la mort?
– C’est moins pire que la vie. Mais c’est plus long et il y a moins d’avenir.(p361)

C’est, sans aucun doute, pour cela que cette première oeuvre de Dufour m’est apparut plus sympathique que celle de Terry Pratchett. Si l’auteur ne se cache s’être inspiré de l’univers du Disque-Monde, sur plusieurs aspects je considère que l’élève à dépasser le maitre. Tout d’abord, car la dite élève a eu la bonne idée de mettre un point finale à son histoire, mais également par son absence de jugement. Il n’y a pas de manichéisme et il n’y a pas de bon sentiment. Catherine Dufour se rit des Contes bleuet et des vies rêvées à la Disney et nous rions avec elle.

Blanche-neige et les lances-missiles (T1&T2), Catherine Dufour, Le Livre de poche, 6.95, p606