Le monde qui ne s’arrête jamais

Parce que je me suis fait avoir par la 4ème de couverture, comme une débutante. 

 

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Le monde de la fin est le dernier né de la collection Exofiction, collection de SF d’Acte Sud. Sept livres au compteur et la « nouvelle » collection se cherchent encore. Pour le moment, elle alterne entre blockbusters littéraires (la trilogie Silo et le livre écrit par le pote de G.R.R. Martin). Dans tout cela, seule l’Autobiographie d’une machine ktistèque m’avait interpellé. Toutefois, le délire pseudo-métaphysique sur le sens de la vie et de l’amour m’avait lassé au deux tiers. Les réflexions pseudo-quelque chose sur le sens de la vie sont peut-être un thème de préoccupation pour Manuel Tricotaux, directeur de collection, car on se retrouve à nouveau face à un drame métaphysique.

En effet, Ben a perdu sa compagne. En tant qu’épiloguiste, il est bien décidé à réécrire cette fin inconcevable. L’intrigue se met très vite en place. L’auteur ordonne ses pions. Et  dès le premier chapitre, Marianne est morte et Ben ne tarde pas à la rejoindre dans l’Autre Monde. Le deuxième chapitre nous présente succinctement les règles de l’au-delà. En fin, au chapitre trois l’histoire démarre.

Attardons-nous un instant sur les règles de fonctionnement de cet autre monde. À leurs lectures, j’ai tout de suite tiqué. Les règles ne sont pas très réjouissantes. L’après-vie s’apparente à un monde terne, ordonné et où les gens travaillent par « amour ».  Épuré de toutes ces anfractuosités, il n’y a pas de communauté, il n’y a pas de religion, il n’y a pas de langues… Grâce à une technologie de l’au-delà, tout le monde est capable de se comprendre. De plus, tout à chacun se promène nu dans ce monde, car tout à chacun s’accepte tel qu’il est. L’utopie rêvée, ou presque.

On apprend malgré tout, au fil des pérégrinations de Ben, qu’il existe des gens mal intentionnés dans ce monde et même des gens qui tombent malades. Nous apprenons également que le traitement des prisonniers est plutôt intéressant : ceux-ci sont envoyés aux travaux forcés dans le futur. Bien sûr, Ofir Touché Gafla, Israélien de son état, ne manque pas d’imaginer Adolf en train de charrier les gravats, tout en glissant une blague, ô combien hilarante, sur les négationnistes. Toutefois, je n’ai pu m’empêcher de me demander qui étaient les autres prisonniers? Toutes personnes ayant commis un crime dans la vie ? Ou dans la mort ? Reconnu par la justice ou pas ? L’autre-Monde a-t-il un système pénal qui lui est propre ? Si tel est le cas, il y a au moins un délinquant sexuel qui lui a échappé…

J’aimerais vous dire que  tout cela sent mauvais, mais en faite cela sent surtout le bâclage. En effet, l’Autre-monde est une boite vide. Les règles de ce monde s’adaptent à l’histoire de Ben. Le monde se module en fonction de lui. Car Ofir Touché Gafla n’a pas l’ambition d’un roman de SF, mais plutôt d’un conte fantastique. Ce qui lui tient à cœur: c’est de nous parler de ces personnages, exposer leurs réflexions sur le sens de l’amour, de la vie et bien sûr de la mort.

Pour cela, nous avons une galerie de seconds rôles qui s’offre nous. L’auteur tisse un long fil qui rassemble les destinées de tous ces personnages. Cependant, l’installation de chacun prend du temps. Pendant ce temps-là, la quête de Ben patine et la lecture aussi. La galerie des personnages secondaires est faite de bons et de moins bons. Ofir Touché Gafla appuie très fort sur la corde de la dramatisation, ainsi les réactions de ces personnages passent souvent pour grotesque pour ne pas dire incompréhensible. Bien sur, on trouve quelque réussite malgré tout, notamment le détective engagé par Ben pour retrouver sa femme : Mad hop. Ces portraits manquent souvent de nuances et de subtilités. Il nous accompagne bon gré mal gré sur les traces de Marianne.

Qu’en est-il de la fin du monde de la fin ? Car s’il y a bien une quête dans ce livre, ce n’est peut-être pas tant celle de la femme de sa vie, que celle d’un « happy ending ». Ben erre benoitement, maladroitement dans l’Autre monde. Cette traversée peut s’avérer distrayante, mais plus souvent ennuyeuse. Comme Ben, on en vient à souhaiter la fin, quelle qu’elle soit. Après 350 pages de recherches et aucun signe de Marianne, force est d’admettre que Ben n’aura peut-être pas la fin qu’il souhaite. Toutes les possibilités sont envisagées avec plus ou moins d’à propos. On peut, là aussi, regretter le manque d’originalité de l’auteur, qui fait que souvent le lecteur peut devancer son personnage principal et donc l’intrigue du roman.

Enfin, nous obtenons un long monologue — récurrent dans le livre, les personnages aiment parler en monologue — sur le sens de la vie. Le discours pseudo-philosophique d’Ofir Touché Gafla nous explique donc qu’il n’y a pas de fin en soi. La vie est une quête permanente. Une réalité difficile à accepter pour notre épiloguiste  et pour le reste des personnages, qui se sont pour une bonne partie suicidés.

Vous comprenez donc que ce livre ne m’a pas emballé. Pourtant, j’ai longtemps hésité à le définir entre « le bon livre avec des défauts » ou « le mauvais livre avec des qualités ». La première partie du livre est lente sans pour autant rendre la lecture complètement rébarbative. On peut, évidemment, redire sur la traduction : israélien puis anglais, puis français. Apparemment, il n’existe pas de traducteur israélien français. Dans la deuxième partie, l’intrigue adopte un rythme tout à fait satisfaisant et même parfois s’emballe. Tous les éléments se multiplient et ne coïncident pas toujours. Ces éléments concernent le plus souvent la construction de l’Autre-monde, qui disons-le, ne tient pas debout. Ces incohérences se retrouvent, dans une certaine mesure, dans l’histoire. Bref, il y avait un bon pitch et de bonnes idées, mais cela ne suffit.

Le monde de la fin, Ofir Touché Gafla, Acte Sud — Exofiction, 2014, 480 p

 

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