Du sex et des criminels

Il y a un an, le tome 1 de Sex Criminals sortait outre-Atlantique. La version française de ce premier volet a enfin été traduite et s’étale dans les rayonnages depuis quelques mois. Nous avions quitté Suzie & Jon dans une situation délicate. 

sexcriminals_tp_02

Le tome 2 s’inaugure par une remise à zéro des évènements. Tout de suite, on est assez déçue par le déroulement de l’intrigue : très lente. Les problèmes de couple des personnages reviennent sur le devant de la scène. Les débuts de Suzie et Jon laissent place à l’installation dans une forme de routine…

Les évènements qui nous intéressent à savoir la police du sexe sont donc mis de côté pour mieux nous laisser en plein suspens à la dernière page. En effet, après maints détours, le couple décide de se prendre en main. Ils partent à la recherche des gens comme eux. Pour ceux qui ont loupé le tome 1 : des personnes qui arrêtent le temps lorsqu’ils jouissent.

Malgré ce bémol, la BD garde son ton. Le sexe continue d’être abordé sans complexe, bien au contraire tout en demeurant un aspect primordial de l’épanouissement des personnages. Le point de vue masculin prend le pas sur celui du Suzie, ce qui rééquilibre la balance par rapport au tome 1. On découvre également de nouveaux personnages, plutôt intéressants et sexuellement imaginatifs.

Je persiste et je signe avec ce tome, bien que je me réserve un accueil dubitatif pour le tome 3.

Site

 

Du végétarisme et des documentaires

 Je vous épargnerais, ainsi qu’a moi-même, le cheminement de mes pensées. Le fait est qu’en début de mois, le « déclic » est apparu, je suis devenue végétarienne. Depuis, je me suis penché sur la question de la place des animaux d’élevages et domestiques dans nos belles sociétés occidentales. 

EarthlingsPlain.Wiki

 

Je me suis donc fadé quelques documentaires. En bon mouton, j’ai commencé par le plus « réputé » d’entre eux : Earthlings. Réalisé par Shaun Monson en 2005, Earthlings a fait date et remporté quelques prix. Son auteur est un Américain de race californienne. Bien sûr, Vegan. Earthlings fait partie d’une trilogie dont le deuxième épisode doit paraitre cette année. Il se nomme Unity et porte sur « the unifying force of consciousness found in humans, animals and nature. » Je n’en suis malheureusement pas là de ma communion avec la nature.

Earthlings se concentre sur la maltraitance des animaux et se découpe en cinq chapitres : animaux domestiques, nourritures, habillement, divertissement et science. Dans chacun de ces domaines, Monson montre la violence infligée aux bêtes et l’inutilité de cette violence. Le réalisateur ne lésine pas sur les images-chocs. Vous verrez des bêtes battues, découpées, égorgées encore et encore. Tout ceci correspond à la réalité.

Toutefois, Earthlings n’est pas exempt de défauts. Le documentaire aborde un nombre varié de domaines où l’animal est exploité et survol donc la plupart des situations. Shaun Monson ne se pose pas en pédagogue. Son objectif est d’éveiller les consciences, révolter les consommateurs fainéants. Ainsi, les images montrées n’ont pas de sources. D’où viennent-elles ? De quand datent-elles ? Moisson établit le lien entre l’individu et l’animal, mais laisse de côté l’industrie. Cela ne l’empêche pas d’établir une subtile comparaison entre les camps de concentration et l’élevage du bétail. Choquer, ne rien expliquer.

Quelles sont les alternatives proposées par Monson, à part aimer les animaux et les arbres et la terre… ? Arrêter de consommer sous n’importe quelle forme les animaux. Merci. Question suivante ? Le film s’arrête. Les animaux souffrent. Il est possible que de grands naïfs se soient imaginé le contraire, les autres n’auront rien appris.

Site

 

10467013_258073411050855_1500877602997067974_o

Ne désespérant de rien. Je poursuivais mon investigation avec un documentaire plus récent : Cowspiracy de Kip Andersen and Keegan Kuhn. Il a lui-même eu l’opportunité de se voir attribuer quelques prix, listés sur son site. Comme son nom l’indique, Cowspiracy se concentre sur la nourriture et l’industrie agroalimentaire. Les violences infligées aux animaux sont moins présentes à l’écran pour se concentrer sur les données factuelles.

Kip Andersen, narrateur du film, adopte le point de vue de l’environnement. Le « bien-être animal » est presque secondaire. L’industrie agroalimentaire prend plus de place. On peut alors juger de l’ampleur de la situation. Littéralement, la souffrance animale est le haut de l’iceberg. L’élevage de l’animal a des conséquences sur les animaux, sur les ressources en eaux, sur l’environnement au sens strict (des territoires sont redessinés afin de convenir aux mieux au bétail ou aux cultures de la nourriture pour le bétail).

Bien sûr, Cowspiracy n’est pas parfait non plus. Kip Andersen nous prend par la main pour nous emmener où il veut. Pourquoi pas ? Toutefois, là où les explications manquaient chez Monson, ici, elles s’éternisent et se répètent.  Après Earthlings, c’est un bien faible reproche.

Site

 

images-materiales-Cartel-BLACKFISH-14MB

Poursuivant, sagement, mon bonhomme de chemin, je me suis intéressée à Blackfish (Gabriela Cowperthwaite, 2013). Il traite des Orques mises en spectacle dans les parcs aquatiques. Nous sommes dans la partie quatre de Earthlings. Monson n’avait pas évoqué le cas des parcs aquatique pour se concentrer sur la Tauromachie. J’avais abandonné une pensée à Manuel Valls, défenseur de cette pratique culturelle. Dans ma jeunesse, j’avais adoré Sauvez Willy, savamment interprété par Keiko décédé précocement à l’âge de 27 ans. Bref, Blackfish s’intéresse à une autre orque Tilikum. Ce dernier est apparemment le criminel le mieux protégé. Nous suivons son parcours depuis sa capture aux nombreux accidents avec ses « entraineurs ». Nous pouvons signaler, déjà, que ces « entraineurs » en savent autant que moi sur ces animaux. Gabriela Cowperthwaite dévoile les dessous d’un piètre spectacle. Les prestations et les semences de Tilikum engendrent de telles rentrées d’argent que Seaworld vient défendre leur bébé. Celui-ci semble tout de même responsable de  quelques meurtres.

L’exposé est précis et instructif. Blackfish ne porte pas de message explicite, répété à chaque image. Pourtant, Gabriela Cowperthwaite n’est pas dénué de revendications : la fermeture des parcs aquatique. Blackfish cerne son sujet et remonte le chemin jusqu’aux « origines ». D’une question simple : les causes de la mort d’une entraineuse de Seaworld. Nous parvenons à nous interroger sur l’utilisation des animaux à des fins commerciales et divertissantes.

Site

 

L’Arabe de Riad Sattouf

Il y a un an, l’Arabe du futur était publié aux éditions Allary. Un an, c’est le temps qu’il a fallu à cette BD pour atterrir entre mes mains accompagnées des bonnes recommandations de la Louve noire.

7772214609_la-couverture-de-l-arabe-du-futur-de-riad-sattouf

Infortunément, l’arabe du futur partait avec un handicap : l’acclamation de la presse et une récompense à Angoulême.

De plus, son auteur, Riad Sattouf, ne fait pas partie des personnes dont le travail m’interpelle particulièrement. Jugé plutôt, l’homme a réalisé les Beaux gosses, mais aussi Jacky au royaume des filles. J’ai un vague souvenir du premier, qui m’a fait comprendre que les films adolescents à la Titeuf ne me concernaient pas. Ni aujourd’hui ni aux mauvais temps de mon adolescence. Je me suis épargné le visionnage du second dont tout me faisait envisager le pire.

N’écoutant que mon courage, bravant les recommandations de Télérama, je me lançais dans la lecture de l’Arabe du futur (1978-1984). Durant 160 pages, Sattouf nous raconte sa petite enfance : la rencontre de ses parents, sa vie en Libye puis en Syrie.

Nous suivons les voyages de cet enfant accompagné du point de vue de l’auteur. Cette approche soulève déjà deux problèmes. Tout d’abord, Sattouf tente de raconter son histoire au travers des yeux « naïfs » de l’enfance. Le procédé rend la lecture laborieuse : 160 pages d’une histoire racontée par un enfant. La naïveté frôle parfois la niaiserie. Dans l’espoir de relever le niveau, Sattouf adopte, l’air de rien, un point de vue d’adultes. En fait, il ne nous raconte pas son enfance, mais ce dont il s’en souvient. Une partie du récit apparaît forcé, le plus souvent lorsque le père est en jeu.

Enfin, tout récit autobiographique mis en BD souffre de la comparaison avec Persépolis. Ce dernier se montrait drôle et intense, là où Sattouf délaye et larmoie.

Je crois aussi que les « avantages » du récit autobiographiques s’effritent à chaque publication. Passer du particulier au général, pourquoi pas ? Encore faut-il que l’histoire particulière s’y prête. Or l’histoire de Sattouf est très particulière, encore qu’elle croise la grande histoire à de nombreuses reprises. À mon sens, l’accumulation de détail du récit empêche toute généralisation.

L’Arabe du futur (78-84) se concentre sur la figure du père, celle-ci fait peine à voir. Après une thèse d’histoire soutenue en France, Sattouf sénior devient professeur. Il a une « vision » du monde arabe, quelque chose comme une dictature éclairée. Bref, le père est un héros aux yeux de son fils. On salue l’imagination très fertile de Sattouf junior. Bien sûr, les enfants voient les choses différemment. Figurez-vous que cette vision enfantine est profondément lassante au fil de ces 160 pages.

Il faut glisser un petit mot sur la mère de Riad. Celle-ci est un fantôme, placé en arrière fond, elle suit son mari, pour ne pas dire subi. Nous le voyons, mais Riad ne dit rien. Cela a dû échapper à son regard d’enfant. L’auteur garde sous le coude les péripéties et l’on imagine, souhaite, un prochain divorce. Si la mise en scène d’une femme soumise ne peut être reprochée à Sattouf l’auteur, on peut regretter qu’il n’en fasse rien. C’est le cas de beaucoup d’éléments effleurés au cours de l’histoire. Vu tout l’ennui que j’ai éprouvé à la lecture de ce premier volet, je me demande bien pourquoi avoir découpé cette histoire en trois volumes.

Quant à l’Arabe du futur, je ne l’ai pas aperçue. Sans doute, fera-t-il son apparition au tome 3 ? Personnellement, je ferais l’impasse. L’Arabe du futur vu par Riad Sattouf ne m’intéresse pas.

Éditeur.