Pour en finir avec Jean-Philippe Jaworski : les aventures d’un mysogine

J’ai été victime de la propagande.

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Né en 1969, devenu professeur de Lettres à Nancy (aka prof de français), Jaworski bénéficie d’une actualité trépidante. Son éditeur regorge de réédition plus collector les unes que les autres. Petite aperçue du parcours éditorial de son premier recueil de nouvelles, Janua Vera :

  • 2007 : 1re parution au Mouton électrique
  • 2009 : Première sortie poche chez Folio SF
  • 2010 : Retirage en version augmentée
  • 2010 : Tirage spécial à 70 exemplaires
  • 2014 : Tirage spécial
  • 2015 : En poche chez Folio SF

Huit nouvelles sont présentes dans notre version dans lequel Jaworski amorce les présentations avec le « Vieux royaume ». Le vieux royaume est un univers classique de Fantasy. Les clichés sont nombreux. On peut penser que l’auteur en joue ou qu’il s’amuse à les regarder encore et encore.

Nous débutons donc dans un monde à la splendeur déclinante. Cette déperdition est présentée dans la première nouvelle Janua Vera à travers les angoisses nocturnes du Roi. Ayons une pensée compatissante pour les classes dirigeantes qui ne trouvent pas le sommeil la nuit venue. Pauvres d’eux.

 Avec Mauvaise donne, Jaworski nous propose un teaser de son roman à venir Gagner la guerre. Un gros pavé à la gloire de Benvenuto. Cet extrait ne ment pas sur l’œuvre. Seulement, l’aventure du spadassin n’est déjà pas palpitante sur 50p alors sur près de 1000. Je ne sais comment vous dire.

Continuant, son exploration des clichés de la Fantasy, Jaworski nous emmène dans un paysage de forêt. Amis des arbres, vous serez servis. Quoique, peut-être déçue de découvrir que les arbres de Jaworski ne sont que des troncs avec des feuilles. Et qu’il n’y a pas grandes choses à en dire. Si ce n’est qu’ils sont très nombreux et que les personnages aiment si perdent. On trouve ce décor si typique dans les nouvelles : une offrande bien précieuse, mais aussi un amour dévorant. La forêt est bien sûr le lieu qui renferme les peurs et les angoisses, mais dont l’homme pourra sortir triomphant. On est beaucoup plus proche de la forêt d’Iscambe (Christian Charrière) que de Max Ernst. Jaworski opte pour la forêt dont la ligne d’horizon adopte les courbes des femmes… On ne se demande pas ce que Rorschach en aurait pensé.

Bref, justement, venons au meilleur des clichés de la SF : la place des femmes.

Les premières femmes à apparaitre dans le recueil sont les putes du Roi qui angoissent. Les femmes prennent la parole dans la 3e nouvelle : le service des dames. Jaworski se moque du roman courtois en démontrant que les femmes sont loin d’être pures et désintéressées. Un brave chevalier demande l’hospitalité à une veuve, celle-ci tente de l’utiliser pour régler quelques différends avec les seigneurs voisins. Et puis… Retournement de situation et la belle se fait avoir. Ce qui pourrait être drôle, ce qui pourrait être un pied de nez au roman courtois. Si ce n’est qu’au regard des textes qui suivent (tous y compris les romans), les femmes sous la plume de Jaworski se retrouvent toujours à être le dindon de la farce.

Jusqu’à présent, Jaworski nous a présenté des putes et des salopes. C’est maintenant le tour de la femme violé. D’ailleurs, je ne me souviens plus exactement si cette brave jeune fille est simple harcelé ou si elle est violée. En tout cas, elle se suicide et ainsi trouve la paix. Le tout se nomme un amour dévorant et est introduit par une petite citation de Jung, Carl, le psychanalyste.

À fin d’appuyer son propos Jaworski orne ses personnages d’accessoires subtils tels que le Scramasaxe. Dans une Offrande bien précieuse, le personnage principal est un soldat qui fait un usage intensif de son arme. Pour tout vous dire, le terme Scramasaxe sera répété 12 fois sur quarante pages, parfois plusieurs fois par pages. C’est vrai que c’est un mot difficile à prononcer et à écrire. D’ailleurs, le dictionnaire me fait dire qu’il s’écrit avec un « e », mais cela doit être une erreur. Il faut dire que le scramasaxe est un poignard utilisé par les francs. C’était il y a si longtemps, qui se souvient encore de l’orthographe ?

Petits florilèges :
« Il dégaina son scramasaxe… » p238
« Un coup puissant de scramasaxe… » p241
« Son scramasaxe se prêtait davantage à une attaque par surprise. » p263
« Il descendit la main vers la poignée de son scramasaxe. » p264
« Cecht dégaina son scramasaxe. » p282
« Il posait la main sur la poignée de son scramasaxe » p285
« Son poing sur la poignée du scramasaxe… » p286
« Le scramasaxe se plaça en position d’attaque de façon presque autonome » p286

Alors que tout semblait perdu, une lumière a surgi dans le néant. Cette lumière s’intitule le Comte de Suzelle où une femme est le personnage principal. Où Jaworski décide de nous raconter une histoire. Celle-ci se révèle touchante et belle. Sans être ni progressiste ni originale, le Comte de Suzelle nous berce tristement et efficacement.

On peut supposer que cette réussite n’est pas seulement due à un personnage principal féminin (agissant et pensant), mais aussi au style de l’auteur. Pour une fois, Jaworski n’est pas à côté de la plaque. Pour une fois, ses longues phrases précieuses prennent sens. Elles accompagnent le lecteur, collent à la narration.

L’une des qualités reconnues de cette auteure est son style. Or M. Jaworsky écrit comme un prof qui a trop relu sa copie. Les phrases n’en finissent pas. Le vocabulaire est précieux. Le phrasé ne s’adapte pas aux situations décrites. Qu’ils s’agissent de description, de dialoguent ou d’action, le style ne bouge pas d’un iota. Et on s’ennuie très vite. De plus Jaworski se veut didactique. Ainsi les évènements les plus simples s’embourbent dans des explications à n’en plus finir.

En conclusion, loin de venir réveiller la fantasy française, Jaworski se contente de venir brasser ses clichés. On peut s’y tromper en y voyant un peu de fraicheur, mais il faut vraiment ne pas être trop regardant.

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