On achève bien les hommes.

Il a quelques semaines, mois, année –  non, pas année — j’entendais parler de Monsieur Kurt Vonnegut.  Les éditions Gallmeister remettaient l’auteur à l’honneur avec les rééditions de Dieu vous bénisse, Monsieur Rosewater et  le petit déjeuner des champions. Je m’essayais à la lecture de ce dernier et j’abandonnais bien vite, me disant que ce n’était sans doute pas parla qu’il fallait commencer. Abattoir 5, publié pour la première fois en France en 1972 par j’ai lu (Publication originale en 1968), est considéré comme le chef d’œuvre de l’auteur. 

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Abattoir 5, réputé roman de science-fiction, n’a en fait que très peu avoir avec le genre. Abattoir 5 est un roman de guerre. Nous suivons Billy Pèlerin, troufion, au travers de ces pérégrinations mentales. Car Billy n’est pas toujours dans le présent et il n’est pas toujours sur Terre. Parfois, il remonte le temps, parfois il le descend à toute vitesse. Régulièrement, il se rend sur la planète Trafalmadore. Ainsi Abattoir 5 n’a pas de début ni de fin, le récit à des moments.

Le premier moment, par ça centralisé dans le récit, est certainement celui de la guerre. Billy Pèlerin est assistant d’aumônier, méprisé par tous et peut-être par lui-même, il est fait prisonnier par les Allemands à Dresde. Kurt Vonnegut ne nous épargnerait des conditions d’enfermement. Billy Pèlerin est la risée des Allemands. La solidarité entre soldats est également balayée. Chaque personnage passe tout à tour pour un fou. Un seul personnage sort du lot, il s’agit du professeur Edgar Derby, plus âgé que ses comparses il semble être le seul conscient des évènements. Tandis que tous subissent les épreuves, Edgar Derby a ne pas se laisser ébranler. La présence d’un personnage plus mature souligne la jeunesse des soldats engagés dans la guerre. Le sous-titre d’Abattoir 5 est la croisade des enfants. Kurt Vonnegut met un point d’honneur dans l’introduction à ne pas faire un récit glorifiant la guerre ou le statut de soldats. La description de chaque soldat les dépeints jeune et impulsifs souvent inconscients de ce qu’ils sont en train de vivre et de risquer.

Un deuxième moment de la vie de Billy Pèlerin domine le récit celui de son mariage. Quelques années après la guerre, Billy Pèlerin a réalisé le rêve américain. Il est à la tête d’une entreprise, est marié et a d’enfants. Cette période ne s’annonce pourtant pas joyeuse et il s’en échappe dès que possible. La vie de famille décrite par Vonnegut est dominée par un impératif fonctionnaliste. On se marie, car il le faut, on fait des enfants, car il le faut. Chaque chose est alors à sa place. Cependant, les voyages dans le temps et l’espace de Billy Pèlerin perturbent ce rangement au grand dam de sa fille. Cette dernière impose à son père la dictature de la politiquement correcte. Tout ceci touche assez peu notre personnage principal, distant de tout, car sa vraie vie est sur Trafamaldore.

Sur la planète extraterrestre, la mort n’existe pas, car chacun existe dans un espace donné. Il n’y a pas de guerre. Billy Pèlerin est amène d’exister et de se réaliser.

En tant que lecteur, on met quelques pages à prendre le rythme des bonds dans le temps de B. Pèlerin. Et puis, on s’installe. On s’habitue à être coupé. Kurt Vonnegut sait où il va. Il n’y a pas de concession ni pour la guerre ni pour le retour au pays. Le ton désabusé de l’auteur tient le récit. C’est sans doute ce qui manque au film de Gregory Roy Hill (adapté en 1972).

Abattoir 5, le film adapte avec rigueur le roman de K. Vonnegut. Seulement, l’humour de l’auteur passe à la trappe. Le film se transforme alors en un récit lourd et pesant sur les drames de la guerre.  Bref, préféré le livre au film.

 

Abattoir 5, Kurt Vonnegut, Seuil : Pont Roman, Trad: Lucienne Lotringer, 1992, p192

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