L’assassinat d’Hicabi Bey

L’assassinat d’Hicabi Bey est un chouette roman d’Alper Canigüz publié aux éditions Mirobole. Les éditions Mirobole publie de chouette roman avec des couvertures super stylisé qui vous donne envie de les posséder. Elles rencontrent même un certain succès. Pourtant, je ne suis tombé que sur des romans moyen. Ma première expérience m’avait plongé dans leur collection « horizons pourpre » avec Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l’amour de S.G. Brown. Il s’agissait d’un roman de zombie comique. L’auteur avait trouvé très originale de faire passer les zombies pour espèce discriminée. C’était en effet à ce point subtile. 

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L’assassinat d’Hicabi Bey nous emmène bien ailleurs. Situé dans le domaine du polar nous suivons un enfant de 5 ans mener l’enquête sur la mort d’un de ses voisins. Le roman repose entière sur le narrateur de 5 ans. Heureusement ou malheureusement, cet enfant n’a rien d’un enfant. Il parle et agit comme une adulte, un adulte très en forme physiquement. Le décalage comique ne s’installe. J’ajouterais même qu’il faut un effort de la part du lecteur pour ne pas oublier qu’il s’agit d’un enfant de 5 ans qui nous parle.

L’intrigue, quant à elle, met quelques temps à démarrer. Elle n’a rien d’extraordinaire et se déroule comme un roman d’Agatha Christie. Sans doute, l’auteur ne voulait-il pas trop dépaysé son lecteur. Rassurons-le, tous va bien. Tout est merveilleusement logique. Seul un chapitre dénote, sans parvenir à sauver le rythme ou le ton du roman.

Toutefois, le roman se lit bien. Aller Kamu, l’enfant de 5 ans qui se confond avec une personne mature, n’est pas le plus bête des narrateurs. Par conséquent, il n’est pas désagréable de suivre le fil de ses pensées. Seulement, toute l’originalité du roman s’épuise au bout de quelques pages pour se transformer en polar classique.

Site de l’éditeur
L’assassinat d’Hicabi Bey, Alper Canigüz, Mirobole, 2014, traduit par Célin Vuraler.

Between: La fin de l’enfance.

 

N’ayant peur de rien. Je me suis lancée dans cette courte série (6 x40 min) adolescente. Même si, je n’ai pas été surprise par ce teenage drama, il y quelques éléments qui valent le détour. 

Between

Comme on peut le constater sur l’affiche (au-dessus), il s’agit d’une série Netflix, qui ne se lasse pas de faire l’évènement. Between nous propose une série sur le mode One Tree Hill (Les frères Scott en bon François) et la fin du monde. Pour être juste, ce n’est pas la fin du monde mais de la petite ville de Pretty Lake. Une épidémie décime la ville de tous ces habitants de plus de 21 ans (révolu). Le postulat de départ est tout à fait intéressante. Ce virus se répand avec fascination. Les parents et autres adultes tombent un par un sans savoir qui saura le suivant. En quelques jours, la ville est placé en quarantaine et il ne reste plus d’adultes.

On se retrouve alors avec une brochette de personnages: un noir fermier, une fille enceinte et deux familles (il ne reste plus que les enfants) qui ne peuvent pas s’encadrer. Ces jeunes adultes vont prendre en main la gestion de la crise. Il y a beaucoup à faire comme bruler les morts. Il faudrait aussi se poser des questions de rationnement, mais en fait cela sera seulement quand ils ont le temps. Car malgré l’ambiance fin du monde, tout à chacun poursuit sa vie. Les querelles amoureuses, les rivalités entre les deux familles… Ces non-évènements viennent bien sur plomber le rythme.

Les différentes vies de chacun vient nous démontrer que les adultes sont en fait dispensable. Chacun prend sa part de responsabilité et affronte dignement les épreuves. Between se change en ôde à l’adolescence. Chacun se place dans un entre deux. Pretty Lake se transforme en ville de l’éternelle adolescence: sans parents et sans enfants. Cette transformation est achevé dans le dernier épisode où le gouvernement vient « nettoyer » la ville et où tout les enfants y passent. Au passage, les personnages « moraux » meurent également, sans doute faisaient-ils preuve de trop de raison pour rester dans un monde où le pichet de bière est à 50 dollars alors qu’il n’y a plus de banques. Between offre une vision intriguante et terrifiante. N’étant plus pris en charge par leur parents et n’ayant personne à prendre en charge – puisque plus d’enfants –  que va-t-il advenir de ces éternelles ados? Réponse en 2016 car Netflix a renouvelé cette série pour le meilleur mais plus certainement pour le pire.

Panthères noirs & lutte des noirs aux états-unis.

Me promenant dans les allées du Village du livre de la Fête de l’humanité, je découvris les éditions Le temps des cerises. Au milieu de leur beau catalogue se trouvait cet essai de Mumia Abu Jamal. Il est possible que vous ayez entendu parler de cette personne de temps en temps dans l’actualité, car Mumia Abu Jamal est devenue une figure de la lutte contre la peine de mort. Il est possible qu’au fil de ces nombreuses énumérations les causes de la condamnation du monsieur se soient perdues dans l’Histoire. Mumia Abu Jamal était un combattant des droits pour les noirs aux États-Unis. Plus précisément, Mumia Abu Jamal était un membre des Black Panthers. We want freedom revient sur ce qu’était le BPP (Black panthers party).

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We want freedom revisite la lutte pour les noirs et surtout les luttes radicales. Cela débute par un exposé contextuel des revendications des noirs. Depuis la mis en place du commerce triangulaire, il y a toujours eu des tentatives d’émancipation. Certains esclaves sont même parvenus à se libérer, bien que traqués pour être « rendu à leurs maitres ». Ce retour sur l’esclavage est éclairant dans la mesure où il apporte des informations pas toujours mises en avant. Elle rappelle les rapports extrêmement violents entre blancs et noirs et le inscrit dans un héritage.

Progressivement, nous remontons le temps pour arriver aux années 60 et le combat pour les Civils Rights. La lutte non violente prônée par Martin Luther King semble consensuelle et frustrante pour les noirs qui sont encore victimes de violente discrimination. Une grande partie de l’essai de Mumia Abu Jamal consiste à démontrer que Martin Luther King, aujourd’hui héros de la défense des noirs, était la partie « molle » de cette lutte. Il existait aussi des organisations radicales qui ont tout autant œuvré à la défense des noirs.

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Bobby Seal et Huey P. Newton fondent le Balck Panthers Party en 1966. Mumia Abu Jamal nous les décrit en quelques traits. Passé la présentation du contexte qui a vu naitre le BPP, nous passons au quotidien des Panthers. Une partie tout à fait intéressante dans laquelle sont présentées à la fois les actions menées par les Panthers, mais aussi l’ambiance au sein des cellules du Parti. Pour ce qui est des actions, deux restent principalement en mémoire celles des patrouilles des Panthers. Ils collaient la police au train, ce qui avait pour effet de renverser le rapport de force. Les policiers ne contrôlaient plus un noir pris au hasard. Ils contrôlaient un noir sous la surveillance d’un groupe armé. Une action plus pacifique et très mise en avant dans le livre est celle des petits déjeuners gratuits distribué aux enfants.

Pour ce qui est de l’ambiance interne, on retrouve une hiérarchie rigide. Les fondateurs du BPP étaient apparemment très inspirés par Mao. Plusieurs Panthers avec donc lu le Petit livre rouge. C’est un des écueils de cet essai. Mumia Abu Jamal fait l’impasse de toute analyse critique de la structure de l’organisation. Il faut dire que les membres du BPP sont souvent décrits comme le lupen-prolétariat et donc assez peu enclins aux analyses intellectuelles de leur propre action. Le BPP semble être parvenu à avoir créé une communauté très solidaire tout au moins pour la base de ses militants.

L’élite du Parti apparait fractionnée par la rivalité. La dernière partie de l’œuvre est consacrée à la dissolution du Parti. Celle-ci est analysée comme résultant du travail du FBI à travers le programme COINTELPRO. L’agence gouvernementale semble s’être appliquée à créer (ou à exploiter) les dissensions entre les leaders, mais aussi à infiltrer le BPP. Cette partie est tout à fait éclairante sur les moyens entrepris par un état pour anéantir ses opposants. Elle reste cependant frustrante, car on ne saisit pas très bien les différents idéologiques. Par exemple, on n’apprendra ce que sont vraiment les Panthers 21 (Groupe de 21 membres du BPP de New York accusé de terrorisme, toutes les charges durent abandonner à l’issue du procès.). La rivalité entre le New York et Los Angeles ne sont pas explicités.

Mumia Abu Jamal se concentre à décrire le Black Panthers Party, à rappeler l’unité qu’il a pu créer au sein des noirs à un moment donné. We want freedom se situe entre l’hommage et la réhabilitation. Si certains aspects peuvent sembler insuffisamment explorés, on trouve une présentation complète et courageuse du BPP. Par exemple, Mumia Abu Jamal a le mérite de se confronter honnêtement à la question de la place des femmes au sein du Party. Une analyse critique que tous n’osent pas.

We want freedom, une vie dans le parti des Black Panthers. Mumia Abu Jamal. Le temps des cerises. 262 pages. Traducteur : Claude Audmal.
15€

Mr. Robot : Le Fight club des geeks.

Mr Robot a été la série évènement de l’été. Il faut toujours se méfier de ce qui fait évènement.

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Mr Robot ne parle pas de robots, mais de réseaux, plus précisément de hackers. Eliot Alderson est un hacker. Il travaille d’ailleurs dans une entreprise chargée de sécuriser les données informatiques d’autres entreprises nommées Allsafe. L’un de leurs clients n’est autre que la corporation « Evil Corp ». On sent que les créateurs se sont creusés la cervelle pour nous dégotter des noms d’une subtilité unique.

Eliot Alderson, comme tous geeks qui se respecte, a un problème avec l’altérité. De plus, il ne peut s’empêcher d’hacker son entourage : sa meilleure et seule amie, son dealer, sa psy, le propriétaire de son coffee shop. Le premier épisode démarre bien. On ressent un certain plaisir à pénétrer dans la vie de tous ces personnages. D’un point de vue extérieur, le quotidien rébarbatif d’Eliot est tout à fait distrayant.

Cependant, à fin de rythmer l’intrigue, un complot vient s’ajouter au scénario. On plonge progressivement dans l’incompréhensible. D’abord, Allsafe subit une attaque de pirates. Celle-ci est menée par des gens que connait Eliot mais dont le degré d’intimité reste inconnu un long moment. Ensuite, l’enquête sur la mort des parents d’Eliot et sa meilleure amie est rouverte sans l’être. Du coup, la meilleure amie vient taper du pied dans la fourmilière. Bien sûr, tout cela est interconnecté.

Le groupe de pirates veut changer le monde en effaçant les dettes de tout à chacun. Le cheminement scénaristique qui nous amène à cette « révolution » m’a apparu incohérent, parsemé des problèmes d’addiction et existentiels du brave Eliot.

Tout ceci est très long et lourd. Cela se termine comme Fight Club sauf que ce n’est jamais, à aucun moment, drôle. L’analyse de la société est juste inexistante. Ces pirates veulent changer de société, on ne sait pas pourquoi. Parce qu’ils s’ennuient ? Parce qu’ils croient pouvoir le faire ? Parce que c’est de bon ton de faire des séries en mode Occupied Wall Street ? Parce que les Anonymous sont devenus à ce point populaires ? On ne sait pas. On ne saura jamais. D’ailleurs, on s’en moque, car tous les personnages ont le charisme d’une huitre.

Passons courageusement notre chemin. Je soulignerais au passage qu’une autre série évènement a été une déception : la saison 2 de True Détective. La première saison était déjà pénible, là, on ne sait plus quoi en penser. Je vais méditer plus longuement le choix des séries.

Mr. Robot, Sam Esmail, 2015. 10 épisodes.