Panthères noirs & lutte des noirs aux états-unis.

Me promenant dans les allées du Village du livre de la Fête de l’humanité, je découvris les éditions Le temps des cerises. Au milieu de leur beau catalogue se trouvait cet essai de Mumia Abu Jamal. Il est possible que vous ayez entendu parler de cette personne de temps en temps dans l’actualité, car Mumia Abu Jamal est devenue une figure de la lutte contre la peine de mort. Il est possible qu’au fil de ces nombreuses énumérations les causes de la condamnation du monsieur se soient perdues dans l’Histoire. Mumia Abu Jamal était un combattant des droits pour les noirs aux États-Unis. Plus précisément, Mumia Abu Jamal était un membre des Black Panthers. We want freedom revient sur ce qu’était le BPP (Black panthers party).

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We want freedom revisite la lutte pour les noirs et surtout les luttes radicales. Cela débute par un exposé contextuel des revendications des noirs. Depuis la mis en place du commerce triangulaire, il y a toujours eu des tentatives d’émancipation. Certains esclaves sont même parvenus à se libérer, bien que traqués pour être « rendu à leurs maitres ». Ce retour sur l’esclavage est éclairant dans la mesure où il apporte des informations pas toujours mises en avant. Elle rappelle les rapports extrêmement violents entre blancs et noirs et le inscrit dans un héritage.

Progressivement, nous remontons le temps pour arriver aux années 60 et le combat pour les Civils Rights. La lutte non violente prônée par Martin Luther King semble consensuelle et frustrante pour les noirs qui sont encore victimes de violente discrimination. Une grande partie de l’essai de Mumia Abu Jamal consiste à démontrer que Martin Luther King, aujourd’hui héros de la défense des noirs, était la partie « molle » de cette lutte. Il existait aussi des organisations radicales qui ont tout autant œuvré à la défense des noirs.

Bpp_logo

Bobby Seal et Huey P. Newton fondent le Balck Panthers Party en 1966. Mumia Abu Jamal nous les décrit en quelques traits. Passé la présentation du contexte qui a vu naitre le BPP, nous passons au quotidien des Panthers. Une partie tout à fait intéressante dans laquelle sont présentées à la fois les actions menées par les Panthers, mais aussi l’ambiance au sein des cellules du Parti. Pour ce qui est des actions, deux restent principalement en mémoire celles des patrouilles des Panthers. Ils collaient la police au train, ce qui avait pour effet de renverser le rapport de force. Les policiers ne contrôlaient plus un noir pris au hasard. Ils contrôlaient un noir sous la surveillance d’un groupe armé. Une action plus pacifique et très mise en avant dans le livre est celle des petits déjeuners gratuits distribué aux enfants.

Pour ce qui est de l’ambiance interne, on retrouve une hiérarchie rigide. Les fondateurs du BPP étaient apparemment très inspirés par Mao. Plusieurs Panthers avec donc lu le Petit livre rouge. C’est un des écueils de cet essai. Mumia Abu Jamal fait l’impasse de toute analyse critique de la structure de l’organisation. Il faut dire que les membres du BPP sont souvent décrits comme le lupen-prolétariat et donc assez peu enclins aux analyses intellectuelles de leur propre action. Le BPP semble être parvenu à avoir créé une communauté très solidaire tout au moins pour la base de ses militants.

L’élite du Parti apparait fractionnée par la rivalité. La dernière partie de l’œuvre est consacrée à la dissolution du Parti. Celle-ci est analysée comme résultant du travail du FBI à travers le programme COINTELPRO. L’agence gouvernementale semble s’être appliquée à créer (ou à exploiter) les dissensions entre les leaders, mais aussi à infiltrer le BPP. Cette partie est tout à fait éclairante sur les moyens entrepris par un état pour anéantir ses opposants. Elle reste cependant frustrante, car on ne saisit pas très bien les différents idéologiques. Par exemple, on n’apprendra ce que sont vraiment les Panthers 21 (Groupe de 21 membres du BPP de New York accusé de terrorisme, toutes les charges durent abandonner à l’issue du procès.). La rivalité entre le New York et Los Angeles ne sont pas explicités.

Mumia Abu Jamal se concentre à décrire le Black Panthers Party, à rappeler l’unité qu’il a pu créer au sein des noirs à un moment donné. We want freedom se situe entre l’hommage et la réhabilitation. Si certains aspects peuvent sembler insuffisamment explorés, on trouve une présentation complète et courageuse du BPP. Par exemple, Mumia Abu Jamal a le mérite de se confronter honnêtement à la question de la place des femmes au sein du Party. Une analyse critique que tous n’osent pas.

We want freedom, une vie dans le parti des Black Panthers. Mumia Abu Jamal. Le temps des cerises. 262 pages. Traducteur : Claude Audmal.
15€

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