Enquêtes parisiennes

Patrick Pècherot est un auteur de polars, abonné à la série noire, il a déjà remporté quelques prix dont notamment le Grand prix de la littérature policière en 2002 pour Boulevard de la butte. En septembre dernier est sorti son dernier roman, Une plaie ouverte. Je me suis démenée pour l’obtenir, car ce dernier prenait pour décor la commune, une période de l’histoire qui me botte bien, il faut l’avouer. C’est à ce moment que le drame se produisit. Le roman m’est, littéralement, tombé des mains. L’intrigue y est extrêmement diffuse pour ne pas dire accessoire. Toutefois, le monsieur démontrait un certain savoir-faire dans le maniement de la plume. Je me suis alors dit que je pouvais peut-être tenter sa Saga des brouillards, sous-titrée trilogie parisienne. Cette saga regroupe : Les Brouillards de la butte (2001) — pour lequel il a obtenu le Grand prix si vous suivez —, Belleville-Barcelone (2003) et Boulevard des banques (2005). Les trois opus sont disponibles en Folio policier pour la modique somme de 13,90, ce que l’on pourrait appeler du beau semi-poche. 

Ce document a ŽtŽ crŽŽ et certifiŽ chez IGS-CP, Charente (16)

Le second tome nous amène à la fin des années 30, Pipette est devenu Nestor et s’est installé comme détective privé pour l’agence Bohman. Un brave père le charge de retrouver sa fille enfuie avec un jeune homme qui a participé à la lutte contre Franco. Problème, la fille est orpheline. Là encore la petite histoire et la grande se rencontrent. On suit ce rapprochement attentif et inquiet, bien que la fin soit déjà connue.

Le dernier tome se poursuit dans ce mode, cette fois, c’est la Seconde Guerre mondiale qui est au cœur du récit. Les troupes allemandes rentrent dans Paris et s’installent. Au milieu de tout ça, un riche médecin décède sous la surveillance de notre cher détective.

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Le fait divers qui ne fait pas diversion.

Au fil de ces enquêtes se dessine une patte. Il y a les éléments évidents, celui du roman policier historique et la verve des personnages. Les faits historiques rapportés ne sont pas ceux des grands vainqueurs, mais plutôt des grands perdants. Pas seulement des personnages, mais aussi de leur organe de presse (Le Libertaire). Impossible de mener une enquête sur un industriel sans aller se renseigner auprès de la CGT. Il faut dire que l’on ne se trouve pas dans le Tout-Paris. Certes, il y a les bistrots et les cafés, mais il y a aussi la pauvreté de la classe ouvrière et de son écrasement par des bourgeois qui s’en mettent toujours plus dans les poches guerre ou pas guerre.

Patrick Pècherot ne nous épargnera rien des dissensions internes de l’extrême gauche de l’époque. Ainsi ce n’est pas non plus un roman qui s’évertuerait à faire revivre les moments de gloire de l’anarchie. La nostalgie s’en façon, merci.

Malgré un ancrage plus traditionnel dans la littérature sale du roman policier, La Saga des brouillards ne sacrifie rien à l’écriture. On peut déjà voir en germe l’auteur d’Une plaie ouverte, qui relève presque de la poésie. On a affaire à une forme de parler populaire raffiné, qui a le mérite de rappeler que les prolétaires n’étaient pas entièrement ignares.

Enfin, rappelons de quoi nous parle l’auteur : d’affaires policières, celles-ci ne sont pas banales et témoigne de choix marqués. Les enquêtes mises en place par Pècherot ne nous empêchent pas de réfléchir. En généralisant un peu, on peut dire que souvent, le polar et surtout le thriller nous conduisent sur la piste de meurtres toujours plus glauques les uns que les autres nous permettant d’explorer la noirceur toujours plus noire de l’âme humaine. En l’occurrence, si chaque récit démarre par un fait divers, contrairement à ce que Pierre Bourdieu énonçait, chez Patrick Pècherot il ne fait pas diversion. Progressivement, l’enquête se raccroche à la grande histoire, comme nous l’avons dit plus haut, nous rappelant que les malheurs de ce monde ne sont pas à remettre sur le dos des quelques détraqués qui le peuplent, mais des quelques détraqués qui le gouvernent.

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