L’édition sans éditeurs (1/3)

En 1999, les éditions La Fabrique nous offrent le premier essai d’André Schiffrin intitulé L’édition sans éditeurs. Pour la faire courte, ce petit ouvrage de 94 pages nous raconte l’écrasement des maisons d’édition indépendantes par des conglomérats d’entreprises convertis au capitalisme. Rien de bien surprenant de la part d’une maison d’édition engagée. Cette petite baraque a été fondée en 1998 par Éric Hazan. Ce dernier est issu d’une famille d’éditeurs. Il y a d’abord Emile Hazan qui crée les éditions Emile Hazan et cie éditeurs puis Fernand Hazan avec les Éditions de Cluny. Les deux maisons fusionnent après la Seconde Guerre mondiale pour devenir les Éditions Fernand Hazan. En 1992, Éric Hazan revend ses parts au groupe Hachette. 

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De son côté, André Schiffrin est le fils de Jacques Schiffrin fondateur des éditions la Pléiade. Le trajet des familles démontre quelques parallèles. Les deux familles sont juives et la Seconde Guerre mondiale mettra leur activité d’éditeur en difficulté. Au point que Jacques Schiffrin choisit l’immigration vers les États-Unis. Le livre débute sur l’histoire des Pléiades, tout à fait édifiante.

Arrivé aux États-Unis, Schiffrin père décide de reprendre ses activités d’éditeur et crée Panthéon Books. L’édition sans éditeur va retracer l’histoire de cette maison d’édition.

Il y a d’abord l’âge d’or, celle où les éditeurs font partie de la vie culturelle du pays. André Schiffrin y décrit la volonté d’influencer et de renseigner la population américaine. Il démontre aussi la possibilité de faire vivre des livres que l’on juge aujourd’hui « difficiles d’accès ». Selon lui, ce type de livre n’existe pas, cette expression qualifie simplement des livres que les gros éditeurs ne veulent pas se donner la peine de les faire vivre, car ils ne seront pas rentables.

Schiffrin nous parle de l’évolution d’un système, certes capitaliste, mais pas obsédé, dont le but était de créer des maisons d’édition capables de vivre, à un système dont le but est que chaque produit commercialisé engendre un bénéfice.

Schiffrin est loin de se concevoir comme un gauchiste ce qui ne l’empêche pas de publier des auteurs tels que Michel Foucault ou encore Noam Chomsky, une chose qu’il juge impossible aujourd’hui.

Aujourd’hui Panthéon books existe toujours. Ses publications ne sont pas honteuses puisqu’on y trouve Marjane Satrapi ou encore le dernier Mark Z. Danielewski (la maison des feuilles). Toutefois, la maison d’édition n’a clairement plus la même ambition.

André Schiffrin a continué d’explorer la question de la collusion entre le monde de l’édition et l’économie de marché à travers deux autres livres, toujours publié chez La Fabrique : le contrôle de la parole et L’Argent et les mots.

À suivre…

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