Une jeunesse allemande

Une jeunesse allemande est un documentaire sur le groupe Baader-Meinhof constitué uniquement d’image d’archive. J’avais croisé les affiches dans le métro. Elles ne m’avaient rien inspiré de bon. Ignorante que j’étais, je pensais qu’il s’agissait d’un énième film romantique sur la jeunesse. Heureusement, La Dispute m’a détrompé. J’avais bien vu La Bande à Baader sorti en 2008 de Uli Edel. Ce dernier était fort long et maladroit. C’est en quête d’une image nouvelle sur la bande à Baader que je m’en allai vaillamment voir Une Jeunesse allemande.

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L’expérience fut intéressante. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans un cinéma. Ce fut l’occasion de constater que les cinémas d’Art et d’essais et les cinémas grand public diffusent rigoureusement les mêmes pubs, un concentré de purin. J’ai bien failli manquer la diffusion du court métrage : The Devil. Celui-ci apparait à la fois comme un clip, toutes les images sont accompagnées du même morceau et en même constitue une bonne initiation au travail du réalisateur. En quelques minutes défile une série d’images d’archive sur lequel nous pouvons voir la violence infligée aux noirs aux États-Unis et la réponse que les Noirs trouvent notamment à travers l’action des Black Panthers. C’est sans doute à ce moment que je me suis sentie confiante quant au film qui allait suivre. Car The Devil est un court métrage de Jean-Gabriel Périot également le réalisateur d’une jeunesse allemande.

Le film commence on y découvre les futurs membres de la RAF (Fraction armée rouge). Ulrike Meinhof est journaliste et éditorialiste pour Konkret. Jean-Gabriel Périot nous présente des extraits de ces documentaires. Les autres sont des élèves brillants, nombreux sont ceux à avoir reçu des bourses et être engagé dans des études. Surtout, le film débute sur les mouvements contestataires de la jeunesse en Allemagne. Les futurs membres de la RAF sont pris dans cet élan comme n’importe qui. Ils se fondent dans les revendications des étudiants. Celles-ci tournent principalement autour de l’après-guerre. L’Allemagne de l’Ouest était-elle vraiment devenue démocratique ? Plus largement, ces mouvements interrogent l’autorité qui tente de s’exercer sur eux, par le biais de leurs parents, de leurs professeurs ou de l’état.

Progressivement, Ulrike Meinhof, Gudrun Ensslin, Andreas Baader et Horst Mahler vont se démarquer. Du fait de n’utiliser que des images d’archives, Jean-Gabriel Périot ne résout pas « l’énigme du basculement ». Il n’y a d’ailleurs pas vraiment de basculement, plutôt une suite (logique ou non, peu importe) des mouvements contestataire à la formation de la RAF. De ces jeunes contestataires représentés pour Ulrike Meinhof par sa propre production à un groupe vu uniquement par la télévision.

Jean-Gabrile Périot parvient à se servir de ces images télévisuelles sans s’enfermer dans leur discours. Il les questionne et on peut dire les tourne en ridicule. On assiste, là, à un retournement de l’image. Ce discours officiel venu posé des mots sur un groupe et une action devient l’objet d’un questionnement. Les présentateurs et journalistes deviennent eux-mêmes un groupe subjectif agissant et non plus l’organe d’expression d’une vérité.

Il faut ajouter qu’Une Jeunesse allemande est un documentaire drôle (surtout l’apparition de Daniel Cohn-Bendit) et plaisant à regarder. Ce n’est pas plat, il se passe des choses surtout au niveau cérébral.

Site de Jean-Gabriel Périot

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