Espace Abrasas

Il y a quelques semaines, je suis allé visiter un ensemble de logement d’habitation situé en banlieue. Ce fut une formidable aventure où il ventait et pleuvait. Cet ensemble de logements se nomme les Espaces Abraxas et si on peut parler de visite, comme dans un lieu touristique, c’est que nous sommes face à quelque chose de gigantesque.

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Les Espaces Abrasas ne ressemblent à aucun autre lieu d’habitation (environ 600 logements). Ce sont trois bâtiments, tout d’abord le Théâtre en forme ronde et où les fenêtres sont nombreuses et grandes. Il s’ouvre sur une petite place en forme d’agora derrière se trouve l’Arc. En continuant, votre route en ligne droite vous tombez directement sur le Palacio, le bâtiment le plus grand de l’ensemble. De l’extérieur, cette bâtisse rouge impressionne et inquiète.

Je dois avouer qu’à première vue, j’y voyais les excès de la construction massive de grand ensemble des années 70. Car les Espaces Abraxas sont, bien sûr, le produit d’un architecte Ricardo Bofill (aujourd’hui Ricardo Bofill a mis de côté les constructions de logement pour se concentrer sur des œuvres plus rentables tels que les sièges sociaux de maison de luxe) et ont été construits entre les années 1978 et 1984.

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J’y ai finalement découvert une architecture tout à fait intéressante et peut-être pas si inconfortable. Je m’y suis rendue avec quelques amis et nous avons effectué notre visite des lieux sous le patronage d’un habitant membre de l’association de sauvegarde des Espaces. Nous avons commencé par l’avant-dernier étage du Palacio (18 étages en tout). Déjà, tous les étages ne sont pas desservis par l’ascenseur. Car l’intérieur du Palacio est un petit labyrinthe fait de coursives et d’appartement à hauteur variable. En effet, peu de ces logements sont standards. On se perd vite dans le dédale dans lequel, il n’y que quelques escaliers qui perte de passer à tous les étages. Sinon, il faut jouer entre les escaliers intérieurs et l’ascenseur. Les trois bâtiments sont reliés par un seul balcon au 1’ème (si je ne me trompe pas). On trouve beaucoup de cours d’intérieurs et de balcon ce qui oblige à une entente entre voisins, chose sans aucun doute délicate.


Le Palacio est serpenté par une sorte de rue en U et celle-ci est éclairé, ce qui met en valeur les dégradés de rouges des immeubles. Au vu du temps, ce jour-là, cela donnait aussi l’impression d’être constamment en train d’errer en pleine nuit dans la rue.

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J’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir un petit bijou d’architecture sous les yeux, malgré que je n’ai aucune connaissance dans le domaine, parlons d’instinct. Pourtant, cet espace entre également dans la catégorie des « cités de banlieue ». Ce n’est pas le quartier « hyper » de Noisy-le-Grand. L’ancien maire socialiste de la ville (Michel Pajon 1955-2015) avait le projet de raser l’ensemble. Ce projet aurait écarté depuis l’arrivée du nouveau maire (Brigitte Marsigny, Les Républicains). La suppression des Espaces eut été de toute façon mal aisée, car le coût trop exorbitant.

IMAG1400Les Espaces Abrasas sont considérés comme un « échec » par leur propre concepteur, Ricardo Bofill. Pour une fois, l’architecture n’est peut-être pas mettre en cause. De l’extérieur, les Espaces ont un pouvoir répulsif : grand et carrée. Il est impossible de voir ce qui se passe à l’intérieur. En même temps, l’architecture intérieure sait se montrer ludique et réconfortante. Elle adopte les formes de villages méditerranéens, les cours se composent de petits carreaux. On suspendrait facilement son linge entre deux bâtiments. Évidement, cela sous-entendrait une population qui est choisie de se trouver là, une population qui s’accaparerait les lieux et qui aurait quelques désirs de tisser une vie collective. Or, une partie de ces logements sociaux sont distribués à une population défavorisée qui ne perçoit leur logement que comme une « étape » dans leurs parcours. La mixité sociale est faible. Le désengagement des pouvoirs publics a sans doute encouragé la ségrégation de cette espace. L’espace souffre d’un manque d’entretien (peut-être moindre que d’autre cité construite à la même époque).

IMAG1402Pourtant, la dimension esthétique de cet endroit n’a pas échappé à tous. Les Espaces Abrasas ont servi  de plateau de tournage à des films comme Brazil (Terry Gilliams) et récemment à Hunger James 3 (Francis Lawrence). Je ne verrai sans doute jamais ce dernier, cependant je ne peux m’empêcher d’y voir le signe du potentiel de cet endroit.  Nous avons visité ce lieu de vie avec ébahissement, nous avons pu y voir un lieu ludique, original, beau et d’une certaine manière sécurisant. Ces productions ont su, eux aussi y déceler quelques choses de positifs. Il est révoltant que seuls les habitants ne bénéficient pas des aspects positifs de leurs lieux d’habitations.

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Reportage photo de Antonin Sabot
Entretien de l’auteur dans le journal du Monde

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