Dracula

 

Je me suis attelée à la lecture de ce classique du genre. Dracula est un monstre, les adaptations et les interprétations ne se comptent plus. Je ne fournirais pas une lecture plus approfondie ou plus originale.

marabout182-1976

Tout d’abord, Dracula est un roman épistolaire. Le récit nous est narré par l’intermédiaire de la correspondance des personnages entre eux, de télégrammes, de leurs journaux personnels et de la presse. C’est en suivant les échanges épistolaires entre les personnages que le mythe se construit.

Bram Stoker n’entretient aucun suspense. Dracula, présent maléfique, est présent dès les premières lignes lorsque Jonathan Hacker raconte son séjour en Transylvanie. Toute la région est au fait du mal abrité par le château de Dracula. Dès lors apparait la scission entre les croyances occidentales de nos gentlemen, rationnel et catholique, et les populations locales perclus de mysticisme et de superstitions.

Du fait de la narration épistolaire, le personnage de Dracula apparait en retrait. Nous ne le percevons qu’à travers les yeux des héros qui le traquent. Cela en fait un personnage silencieux et la peur qui l’inspire n’est que le reflet des sentiments des personnages. Ainsi se crée une frustration et une attente grandissantes quant aux apparitions de Dracula, omniprésent dans les esprits et insaisissable à la fois. Nos héros gentleman, animé d’une grande fois chrétienne, vivent dans la crainte de ce mal, mais bien sûr n’oublie pas de le plaindre de sa situation. Il faut souligner que le roman de Stoker n’est pas dénué d’humour, même si celui-ci est très ténu et se trouve entre les lignes. On assiste donc à des monologues de la part de Van Helsing sur le sort de ce pauvre Dracula maudit qui ne connaitra jamais l’Éternel, au même moment que le Docteur est sans doute sur le point de se faire bouffer tout cru.

Les manières de nos gentlemen britanniques sont omniprésentes et particulièrement dans les tournures de phrases. La politesse ne s’oublie pas même dans la lutte contre cette force maléfique. Tout en se présentant comme le leader des héros, Van Helsing passe aussi pour un personnage potache (tout du moins à nos yeux contemporains). Il a perçu le danger avant les autres, mais ne les informe pas pour les préserver du choc de découvrir quel mal rôder autour de leurs proches et aussi de les amener « d’eux-mêmes » au parjure.

La bienséance dont fait preuve chaque personnage entoure l’action de moult précautions, celle-ci se dilue. Aucune décision n’est prise sans deux ou trois pages de débat. Dracula et sa quête sont un long chemin plus intellectuel qu’aventurier.

Il n’y a pas que des hommes dans ce livre. Deux femmes sortent du lot. Tout d’abord la douce Lucy, aimé par le gang des gentleman et victime de Dracula et ensuite, le vrai héros aux sangs froids Mina.

Les femmes tiennent un rôle de premier ordre, car elles sont les cibles phares de Dracula. Les hommes s’acharnent à vouloir sauver Lucy, mais échouent. Dracula se reporte alors sur Mina. Il se produit alors une chose intéressante dans cette petite communauté. Pétri d’idée conservatrice, les hommes sont contraints de se rendre compte que la femme, ou au moins une, est doté d’un cerveau. Car si Van Helsing passe au premier abord pour le héros qui mènera ce récité à sa résolution, très vite, ses erreurs le disqualifient. Trop cérémonieux et maniéré, Van Helsing se laisse éblouir par son intellect et laisse passer un temps qu’il n’a pas. La personne qui rassemblera les pièces du mystère est en fait Mina.

Mina se construit très vite comme un personnage à part, des hommes et surtout de sa camarade Lucy. Cette dernière est présentée comme une femme frivole entourée de prétendant. Mina au contraire a la tête sur les épaules. Elle connait déjà son fiancé et ne doute pas. Elle ferait preuve de la force nécessaire pour traverser cette aventure.

Ce grand classique du genre et de la littérature en général m’a demandé de l’endurance pour y venir à bout. Sa lecture est appesantie par le style excessivement soigné de la prose des personnages. Ceux-ci ne se relâchent pas, même dans leurs journaux, même lorsqu’ils sont dictés. Il n’y révèle d’ailleurs rien de compromettant. Ces journaux paraissent l’exacte de reflet d’eux-mêmes : bien éduqué, soigné, poli, encombré d’une bienséance toute victorienne. Tout n’est que sous-entendu. S’il n’y a rien de sexuel, tout est érotique ou au moins symbolique. Dracula n’est trivialement que la représentation de cet étrange diabolique venue sur le continent britannique pour s’en prendre aux femmes de la couronne.

Dracula de Bram Stoker (1897)
Traduction : Lucienne Molitor
Ed. Marabout

 

 

 

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