L’édition sans éditeur (2/3)

Il y a quelques semaines nous découvrions L’édition sans éditeur. Ce petit livre avait été publié en 1998 à La Fabrique et nous parlait du contexte peu joyeux du milieu de l’édition. En 2005, à fin de se mettre à jour sur les dernières fusions-acquisitions françaises, André Schiffrin revient avec la suite: Le contrôle de la parole. C’est encore plus de joie et de bonheur.

41WliBVpO+L._SX323_BO1,204,203,200_

Cette fois le live démarre par la France. Dans son introduction, A. Schiffrin raconte la réception de L’édition sans éditeur en France, celui-ci avait été juge alarmiste. Il faut croire que non. Schiffrin nous explique que jusqu’en 2004 le marché français se découpe en trois tiers : Hachette, Vivendi et des maisons d’édition indépendantes. Cependant, cet équilibre qui laisse une bonne part aux indépendants (par rapport aux autres pays, non par rapport à un monde idéal) s’effondre lorsque les deux grands groupes – Hachette et Vivendi donc – décident de fusionner. Ils sont soutenus par l’état (Jacque Chirac alors Président) qui désire garder le milieu de l’édition aux mains des Français, le fait que les investisseurs de Hachette ne soient pas Français n’apparaît aux yeux de personnes. Ils trouvent également du soutien chez certains « intellectuels » pas tentés notamment Bernard-Henry Lévy.

Jean-Marie Messier est à la tête de Vivendi. Il est riche et désire profiter de son argent. Il suit le modèle américain et investit dans des signes de riches, vaste appartement, collection d’art, etc. Tout cela ne fonctionne pas parfaitement pour lui, mais c’est une autre histoire.

Pour ce qui concerne l’édition, la fusion n’est pas entièrement validée. La faute a Bruxelles. En 2003, le paysage éditorial ressemble à ça :

— Hachette Livre : 1 350 millions, détenu à 100 % par Lagardère
— Editis : 696 millions détenu par Wendel
— Media Participation : 300 millions détenue à 80 % par la famille Mortagne
— Flammarion : 225 millions détenu à 100 % par Rizzoli
Les indépendants représentent alors un peu moins d’un tiers.

Dans un second temps, Schiffin nous narre l’acquisition par La Martinière du Seuil. La Martinière est un groupe d’édition plutôt récent fondé en 1992 par rapport au Seuil en 1935. Hervé de La Martinière est un homme ambitieux. Il a dans l’idée de se faire de l’argent dans le milieu de l’édition. Ses fusions-acquisitions sont très risquées, car elle consiste principalement à racheter des maisons plus grandes (en CA) que la sienne. Arrivé au Seuil, La Martinière décide de scinder les activités éditoriales et de distribution de la maison. La seconde activité permettant souvent de renflouer la première, le Seuil se retrouve dans une situation délicate.

Nous poursuivons notre visite du paysage éditorial de la France avec les groupes d’armement Dassault et Lagardère. Ces derniers détiennent à eux deux 70 % de la presse. Les Français ne sont pas les seuls à faire face à « concentration » des activités aux mains d’un nombre réduit de personnes. André Schiffrin nous ramène aux États-Unis où la guerre a été déclarée à l’Irak. L’invasion américaine a le soutien de la presse. Car si l’état américain rechigne à distribuer des aides sociales, ils ne voient pas de souci à exercer des pressions sur des entreprises dont il est le principal client.

On le voit très bien en France, lorsque vous fabriquez des avions de guerre vos acheteurs potentiels sont limités notamment à l’état français et comme vendre ces produits est plus rentable que la vente de papier. Il est extrêmement tentant de soumettre ces activités de faible rentabilité comme les livres et la presse à fin de favoriser votre activité la plus rentable comme la vente d’armes.

Enfin et à fin d’achever le lecteur, le contrôle de la parole se termine par la question de la distribution, seul d’activité rentable de l’édition. Celle-ci passe aux mains des grands distributeurs et pas toujours spécialisées. Les hypermarchés se mettent à la vente de livre. Aux États-Unis où il n’existe pas de prix unique du livre, tout est permis et même Barnes & Nobles (la Fnac américaine) s’est plainte de la concurrence déloyale. De notre côté nous ne plaignons pas trop Barnes & Nobles, car cela ne leur paraissait pas déloyal d’appliquer les mêmes méthodes aux libraires. La méthode étant simple : s’implanter à proximité d’un point de vente de livre, vendre à prix bas, lorsque la librairie a fini de mourir augmenter les prix à nouveau.

Aujourd’hui, que sont devenus ces grands groupes :
Hachette Livres pèse 2 004 millions en 2014. Un CA qui émane à 35 % de la France et à 40 % de la littérature.
Filiales Françaises : Grasset, Grasser-jeunesse, Fayard, Stock, éditions JC Lattès, Calman-Levy, 2dition des 2 terres, Arlequin, Livre de poche, Audiolib, le groupe Hachette éducation, groupe Alexandre Hatier, le groupe Dunod (avec Armand Colin), le groupe Hachette Livre international, Hachette illustrée, Larousse, Harap’s et Dessain et Tolra

– Editis après avoir été racheté par Lagardère puis par Wendel investissement a été racheté en 2008 par le groupe éditorial Espagne Planeta. Ce groupe espagnol n’étale pas ses chiffres. Nous savons seulement, grâce à Livre-Hebdo qu’en 2011 Planeta avait un CA de 1 771 millions (source Livre hebdo) et Editis en 2009 un CA de 751 millions.
Editis regroupe : Place des éditeurs (13 maisons, dont Les presses de la cité), Le Cherche midi, Groupe Laffont éditeur (4 maisons), La découverte, Le Robert, Univers Poche (6 maisons, dont 10/18, Fleuve noir [devenu Fleuve ?], Pocket), le groupe Edit8 (dont Plon), Sonatine éditions, XO éditions, Bordas, Cle international, Nathan/Syros, Paraschool, Retz, Foreign rights (editis).

Le contrôle de la parole, André Schiffrin, La Fabrique, 2005
Traduction : Éric Hazan

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s