Les moins-que-rien des États-unis

J’ai d’abord entendu parler de The Other Side dans mon émission de radio préférée, La Dispute sur France Culture. La chose paraissait assez obscure, mais intrigante. En tout les cas, The Other Side s’éloignait de thématiques que j’avais beaucoup visitées ces derniers temps. Je suis donc allé à la découverte de ce film documentaire.

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Roberte Minervini nous emmène en Louisiane dans ce que l’on pourrait appeler le fond du fond de l’Amérique. Nous suivons un homme d’une trentaine d’années nommé Mark. On ne s’est pas d’où vient Mark. Nous découvrons qu’il vit avec Lisa. Ils boivent beaucoup et se droguent beaucoup à l’héroïne. Mark travail de temps en temps dans une ferraillerie pour 20 dollars la journée. Tous les deux vivent dans une roulotte. Nous suivons Mark comme une âme en peine lorsqu’il joue très mal au basket avec un jeune homme dans une école où ils sont entrés par effraction. Nous le suivons rendre visite à des amis à qui l’ont vient de retirer leur compteur électrique. Plusieurs fois, nous croisons un homme âgé et alcoolique disserter sur la politique d’Obama et sur plein de choses pas toujours compréhensibles.

Nous suivons Mark pendant les deux tiers de ce film très lentement. On erre en sa compagnie, on souffre un peu avec lui de cette errance. On s’en énerve aussi. Le silence nous écrase. Je crois que le film nous absorbe envers et contre nous, car aucun spectateur n’a le désir de se mettre dans les baskets de Mark. Et pourtant, on y glisse par inadvertance et on ne comprend pas. Comment la vie nous amène-t-elle là ? Comment en sortir ?

D’un coup et sans prévenir, le film passe à un autre ton. Nous sommes toujours en Louisiane mais avec les Redneck, ceux qu’on a déjà aperçus dans des émissions de télé peu reluisante, ceux que Michael Moore a rencontrés pour Fahrenheit 9/11. On croit d’abord à un Springbreak des Redneck. On voit une assemblée de gens à demi nus et ivres dans la mer. Ils célèbrent. Et puis, la tension redescend. On se retrouve avec un groupe de paramilitaire se préparant à la guerre. Il s’entraine et admire leurs armes. Entre deux séances, ils nous livrent une interprétation originale de la politique de Barack Obama.

Ces aspects de la misère sociale se font miroir. Si l’on parvient à développer de l’empathie pour Mark, on reste très froid face au groupe paramilitaire. Ces derniers inspirent le ridicule. On ressent une distance quasi infranchissable avec leur vision du monde.

La conclusion ne nous est pas dictée et l’on ressort de la séance perplexe. On ne sait pas très bien ce que l’on a vu : un matériau sociologique brute, une mise en scène mais sans acteurs… Qu’est-ce que l’on a vu des États-Unis ? Ces franges de la population qui ne donne pas envient qu’on la sauve. Ils ne frôleront, même pas de loin, le rêve américain. Ils ne sont pas des martyrs d’une société raciste. Ils sont le rien des États-Unis.

The Other side de Roberto Minervini, 2015, Agat Film &cie.

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