Victime française, chaud devant.

Taj Mahal avait attiré mon attention lorsqu’après les attentats de Paris du 13 novembre dernier, sa sortie en salle avait été reportée. Je me suis demandé quel type de film pouvait mériter un tel traitement. Il y avait aussi un peu de curiosité morbide. Et puis, je me suis renseigné sur le film. Réalisé par Nicolas Saada, je me suis dit que je ne risquais pas grand chose. Après tout, je gardais un bon souvenir d’Espion(s) (2009).

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Cependant, tout commence très mal lorsque la première scène s’ouvre sur la vaccination du personnage principal Louise, interprété par Stacy Martins (Nymphomaniac). Il y a sans doute beaucoup de manières de montrer la distance entre la France et l’Inde, la vaccination n’était pas le choix le plus subtil.

Nous retrouvons Louise avec ses deux parents dans un taxi à Bombay. Son père est un « beau quinqua », joué par Louis-Do de Lencquesaing, veston et chemise blanche ouverte ; sa mère une bourgeoise, le cheveu au carré et l’accent britannique.

Chaque scène est tellement soigneusement réalisée que le cliché ne peut manquer de vous sauter au visage. Ainsi lorsque Monsieur, venu en Inde pour son travail, s’installe dans la luxueuse « Dolphin suite », il s’exclame avec fausse modestie : « mais c’est trop grand ». Et l’on rit intérieure. Plus tard, la famille découvre qu’ils vont être forcés de rester deux jours de plus à l’hôtel, car leur maison n’est pas prête. Louise claque la porte en colère. Étrangement, aucune compassion ne me traverse à ce moment-là.

Bombay n’est pas le personnage de ce film. C’est un décor vu à travers les vitres du Taxi. C’est aussi une ville où les jeunes filles ne peuvent faire un pas sans être accostées. Louise est le personnage au cœur du drame. Elle a dix-huit ans et sa vie est aussi trépidante que celle de ma grand-mère décédée. Quand ses parents sortent diner, elle reste pour regarder Hiroshima, mon amour. Heureusement, les terroristes arrivent pour nous sortirent de ce clavaire.

À fin de réaliser son ambition, coller au plus près du point de vue de la victime, Nicolas Saada ne quitte pas son personnage des yeux. Seulement, Louise est fade lorsqu’elle se cache dans la salle, fade lorsqu’elle se cache dans le placard, fade lorsqu’elle tente courageusement d’aller chercher la batterie du téléphone qu’elle a laissé dans l’entrée. Face à tant de platitudes, on oublie de s’angoisser.

De temps en temps, on sort de la monotonie pour retrouver les parents de Louise qui à pied ont décidé de rejoindre leur fille et de la sauver. Oui, tout seul comme des grands.

On cherche la présence des autorités, mais ceux-ci ne sont présents que pour faire barrage. Ils ne parlent pas et non pas de visage. Il faut signaler que les propos en Indie ne ne sont jamais traduits. On n’entend donc que les propos français et anglais.

Comme pour sauver son personnage et ses éventuels spectateurs d’un mortel ennui, Nicolas Saada rajoute une victime de dernière minute. Giovanna est à son balcon et attend des nouvelles de son mari qui s’est écrasé quelques mètres plus bas sur le trottoir en voulant descendre en se tenant aux draps. Cela ne sauve rien. Il faut juste attendre la fin. Sauver Louise. Assister à la cérémonie de commémoration. Revenir à Paris, pour quitter Louise dans un café où elle est entrée pour passer un coup de fil sans rien consommer.

Juste avant, nous avons eu droit à un aperçue des terroristes à travers les caméras de surveillances de l’hôtel diffusé par les médias : la vidéo surveillance dans la télé dans le film. Un grand moment d’émotion où l’exaspération est à son comble. Un blockbuster ne nous aurait pas montré autre chose et sans s’encombrer d’une mise en scène précieuse.

Le parti pris de départ était discutable, montrez le point de vue de la victime. Ainsi, le réalisateur fait des terroristes des non-être, il n’existe pas à l’écran. Ils sont des choses monstrueuses qui s’abattent sur l’innocente victime. Quand cette victime est unique et Française, on pense à un malentendu.

Les attentats de Bombay se sont déroulés sur plusieurs jours du 26 au 29 novembre 2008. Il y a plusieurs attaques dans différents lieux (hôtels, café et la gare). Il y a eu 188 morts (dont 26 ressortissants étrangers) et 312 blessés.

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