Des communistes et de la gymnastique

J’avais commencé à m’intéresser à Lola Lafon à la belle époque où je consultais encore le site d’Arrêt sur image. Elle y avait été interviewée pour son roman nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce, 2011. Malgré mon intérêt, j’avais laissé passer ce livre. L’an dernier, elle revenait avec la petite communiste qui ne souriait jamais. Ce dernier roman avait éveillé l’intérêt de la critique ce qui faisait qu’il était impossible de ne pas en entendre parler. Je me le suis procuré à l’occasion de sa sortie poche sans savoir de quoi cela pouvait bien parler.

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Le roman débute en 1973 aux Jeux olympiques de Montréal, Nadia C., gymnaste, attend sa note. Sa performance détraque le tableau d’afficha qui au lieu du miraculeux 10 annonces 0,01. À partir de là, nous remontons le temps pour savoir comment Nadia C. est devenue Nadia C. progressivement, on dépasse l’année 1973 pour savoir ce que va devenir Nadia C.

Lola Lafon nous fait explorer la formation de cette athlète enfant (14 ans au moment des JO de Montréal). On s’intéresse à l’entraineur et surtout au corps de Nadia objet de toutes les attentions. L’auteur nous fait un portrait terrifiant des commentateurs sportifs. Cependant, le lecteur peut s’interroger en quoi la démarche de Lola Lafon se distingue-t-elle. Car à part arriver après la bataille, l’auteur ne se pose pas de questions sur Nadia que la presse de l’époque.

Enfin passer la période de la naissance d’une icône de la gymnastique, le récit s’engage sur la pente douce amère de la retraite des grands sportifs. Il faut préciser à ce moment que Nadia C. est une athlète roumaine sous la dictature de Ceausescu. On nous explique succinctement que la grande athlète serait assez proche du pouvoir ou accuser de l’être. On voit sa vie en filigrane sillonné par les interrogations de l’auteur autour des sentiments et de la pensée de Nadia.

Car Lola Lafon n’imagine pas. Elle met en place un procédé donnant l’impression qu’elle discute avec Nadia C. Il ne s’agit en fait que des citations du livre publié par l’athlète (Nadia Comăneck, Letters To a Young gymnaste, New York, Basic Books,‎ 2004). Comme si, l’auteur chercher une vérité profonde et pure. Par conséquent, elle se détourne de toute ambition de création. Elle prend les pièces du jeu existantes et les combine dans un sens et puis dans l’autre pour voir si la vérité vraie ne finirait pas par en sortir. Le roman est fragmenté de morceau de quelques pages, un bout de texte, un bout de citation et un bout de réflexion de l’auteur sur sa place l’auteur. Ce dernier point étant la seule chose imaginée par l’auteur, on se rend compte du narcissisme et de la vacuité de l’exercice.

Si cela ne suffisait pas, l’auteur change de sujet en cours de route. On passe des conditions d’entrainement des athlètes à leurs instrumentalisations politiques particulièrement entre le bloc de l’est et de l’ouest. On reste sur sa faim, car l’auteur ne nous a emmenés nulle part. Même pour la jeune lectrice que je suis et qui n’avait jamais entendu parler de Nadia Comãneci, je n’en ressors pas avec la sensation d’avoir appris quelque chose.

La petite communiste qui ne souriaient jamais, Lola Lafon, Acte Sud, 2014. 

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