Elsa Triolet et la science-fiction

J’ai d’abord Elsa Triolet comme la « femme de » avant d’aller à la rencontre de l’écrivain. Il y a maintenant quelques années, je suis allée visiter sa maison à Saint-Arnoult-en-Yvelines, un somptueux moulin entourer d’un jardin boisé. Dans la librairie, j’y ai pris Le Cheval roux ou les Intentions humaines, originellement publiées chez Denoël en 1953, je détenais une édition plus récente de 1971 chez la NRF. Le Cheval roux, plus qu’un autre, retenait moins attention. Il imaginait un monde ravagé, apocalyptique où l’auteur se croie tout d’abord la seule survivante.

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Le titre et la citation de départ ne laissent pas de douter quant au sujet traité. L’apocalypse est venue. L’humanité a été ravagée. Nous retrouvons dans les décombres une Elsa Triolet brûlée. Sa peau s’est consumée. Les premiers pas sont douloureux, mais la lutte pour la vie démarre. Très vite, elle rencontre Henry, Américaine et pilote d’avion. Tous deux, ils vont s’élancer à la recherche du reste de l’humanité.

Cette quête se présente d’abord sous la forme d’un dispositif. À chaque escale, une rencontre. Malgré l’existence d’humain, l’espoir pour demain n’est pas au rendez-vous. Survivre et vivre n’est peut-être pas à la portée de l’homme. Privés de la société telle qu’ils l’ont toujours connu, les hommes et les femmes peuvent-ils encore construire ?

Elsa est rebaptisée Ève par son compagnon américain et croyant. Habités par l’énergie du désespoir, ils partent à la rencontre de fantômes. Les survivants sont encore attachés au monde d’avant. On continue de respecter les normes sociales antérieures. Les femmes ne peuvent rester seules avec un homme, même si l’Église a été détruite et le curé est mort. On continue de vénérer la belle vaisselle et les beaux draps, même s’il n’y a plus que ça. On continue de débattre sur le bloc communiste et le bloc capitaliste, même si aucun des deux n’est plus là.

Au milieu des décombres et des rencontres, Elsa ou Ève s’interroge sur l’homme de l’avenir. Comment dépeindre l’homme dans un siècle ou deux ? Le Cheval roux nous emmène aussi dans une réflexion sur l’élaboration du roman d’anticipation. Est-ce un rêve viable que la figure d’un homme ou d’une femme que l’on ne sera jamais et que l’on ne connaitra jamais ? Quelles sont les probabilités que cette figure se réalise ?

Enfin, Elsa Triolet crée un mois fictionnel du nom d’Ève. Elle n’est pas la femme du futur, elle est la voyageuse s’adressant à nous avec espoir et détresse. Ses yeux « qui n’ont jamais été aussi profonds » nous montrent. Ève ne juge pas, elle n’en a pas l’énergie. Elle nous pousse de l’avant. Car il y a toujours un endroit où se rendre même si l’on ignore où.

Plein de tristesse et d’optimisme, Le Cheval roux se fait le recueil des craintes et des souhaits pour l’avenir.

Le cheval roux, Elsa Triolet, Gallimard, 1972

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