Des photos du Monde Arabe

Prévenue assez tardivement de la Première biennale des photographes du monde arabe, il a fallu faire vite. L’exposition se termine, cependant et comme il s’agit d’une biennale une nouvelle exposition devrait avoir lieu dans quelques mois…
Cette première était chaperonnée par la Maison européenne de la photographie et l’Institut du Monde arabe. Je m’étais déjà rendu à la MEP pour l’exposition Martin Parr, par contre je ne connaissais pas du l’IMA. Ce dernier présentait en parallèle de la Biennale une exposition intitulée Osiris, qui ne m’intéressait pas du tout. J’ai donc dû trouver la bonne entrée, et me faire salement accueillir par les agents de sécurité. J’ai pu également admirer les nuages de buées dissimulant des statuts égyptiennes et exposés à l’extérieur. Ceci était très drôle.

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Le parcours s’annonce très bien en démarrant sur une image de Beirut de Joe Kesrouanie (Beirut Walls). L’image est vertigineuse et plate, à la fois. Une ville vaste et sans limites. Un horizon sombre. Très vite, les sujets et les lieux se dispersent. Les photographes sont nombreux, à chaque fois quelques photos illustrent leurs œuvres. Nous passons du Liban à l’Égypte et puis au Maroc. Des paysages aux intérieurs, en passant par les portraits. La photographie des pays arabes foisonne.

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Des photos récentes et des photographes tout aussi neufs, on peut citer Wafaa Samit, née au Caire en 1990. Elle présente un extrait d’une série de photo pris pendant le ramadan. C’est l’une de ses photos qui a été retenue pour l’affiche. Je me sens tout de suite frustrée, car j’aimerais en voir plus, approfondir.

                                     BOUTROS_INSENSE_AFRICA       In the Upper Egypt’s city of Menya, there are about 350 quarries, where over 20 000 workers are employed. Most of them are illegally hired children who drop out of school to help their family survive, other are poor farmers or fresh graduates suffering from unemployment. Work in the quarries is very dangerous and many of the children working there die prematurely mainly from electrocution or severe amputation. The exposure to asbestosis through the inhalation of dust containing silica is also a huge problem as most the workers who survive other various possible accidents end up contracting deadly pulmonary deceases before they reach their 30th. The economic situation in Egypt having worsen in the last years after the fall of President Mubarak as pushed more Menya’s families to sent their kids to the quarries were each one can make from 10 to 20 USD a day.

Au milieu de la multitude, quelques noms ressortent. D’abord Nabil Boutros propose une série d’autoportraits dans lequel il montre la multiplicité des visages arabes. En s’appuyant souvent sur des stéréotypes, Boutros devient tout à tour professeur, paysan, homme d’affaires ou encore religieux. Son approche me semble parvenir à offrir une vision différente et teintée d’humour. Il faut bien le dire les représentations du monde arabe sont rarement légère et joyeuse (Myriam Abdelaziz sur le travail des enfants en Égypte). Les visions exposées se détachent peu de l’actualité dramatique dans laquelle beaucoup de pays sont pris. La série « Évidence » de Diana Matar revient sur les lieux où ont été commis des crimes pendant la Révolution libyenne, sobre, belle et glaçante.

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Un photographe se lance dans la représentation du quotidien. Fayçal Baghriche montre les lieux de culte construit dans des lieux communs, loin des moquées submergés par les touristes. Ces deux dernières visions ont en commun de s’éloigner de toute forme de spectacle. Diana Matar revient sur les lieux de crimes bien après le drame. Tout y est calme et silencieux. Les lieux de culte de Fayçal Baghriche sont vides. Il n’y a plus personne et il est alors possible de montrer sans tomber dans le voyeurisme. De voir des bouts de ce monde arabe sans montrer du doigt, à peu près l’inverse de ce qu’expose Samuel Gratacap. Logé au quatrième étage dans une cour extérieure, je me retrouve face à une série de photos, toutes ont été prises à l’intérieur du centre de détention de Zouïa en Libye. Toutes témoignent de conditions de vie déplorable. J’ai froid, je ne reste pas longtemps. Je me demande pourquoi on m’a emmené là dans cette cour pour voir ça.

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***

La MEP choisit une autre perspective. Les photographies du monde arabe se noient dans les expositions personnelles de quelques photographes chevronnés : Daoud Aoulad-Syad (1953 – Maroc), Stéphane Couturier (1957 – France) et Bruno Barbey.

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Le premier nous emmène au Maroc. Un très bel ensemble de photo-documentaire, dans lequel ni le sujet ni la technique ne sont laissés de côté. Les photos ne sont pas recadrées comme en témoigne la bordure noire. Daoud Aoulad-Syad est également cinéaste.
Le second semble s’éloigner du photoreportage pour partir vers une approche plus plastique. Les photos de cité Climat de France à Alger se font toute petite face à son nouveau projet Melting point. Stéphane Couturier superpose les images, le rendu esthétique est réussi notamment sur les façades et dans l’usine Alstom, mais le sujet disparaît complètement.

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Le troisième est ma grande découverte de cette Biennale. Bruno Barbey est un photographe connu et reconnu. Membre de l’agence Magnum, il semble avoir été toujours là où il le fallait comme le mentionnent à plusieurs reprises les notices de la MEP. Des photographies en noir et blanc au Koweït en couleur, le parcours est impressionnant.

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L’exposition de la MEP est plus facile d’accès que celle de l’IMA, car l’on ne s’y perd pas. Tel étage, tel auteur. Ils sont souvent des professionnels mandatés pour prendre leurs photos. Nous sommes très loin des photos des jeunes arabes de l’IMA. C’est à la fois appréciable de faire face à un ensemble cohérent et fluide en même temps je me suis sentie beaucoup moins dans une Biennale et plus dans un musée du photo-documentaire où le monde arabe ne se situe pas forcément au premier plan. Deux séries de photos nous ramènent à notre sujet, le très beau Sinaï Park d’Andrea & Magda et la série, moins notable, de Leïla Alaoui* avec Les Marocains, une série de portraits tailles humaines.

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À travers ces expositions, la diversité du monde arabe se déploie. Il a le calme quotidien et il a le drame quotidien. Tous deux se côtoient. Je n’ai pas découvert de facette inédite. Les représentations ne semblent pas pouvoir s’extraire complètement de la pauvreté et de la guerre.

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Leïla Alaoui est décédée le 18 janvier de ses blessures causées lors de l’attentat du 15 janvier à Ouagadougou (Burkina Faso) revendiqué par AQMI.

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