De l’Art et des humains

Je n’espérais plus voir Francofonia, pour tant ce film de Sokourov continue de se trouver dans les salles. En profitant d’un vendredi après-midi, je me suis risqué dans le nord de Paris. J’avais compris de ce film qu’il parlerait de l’occupation du Louvre par les nazis, mais aussi d’autres choses. Je m’attendais à tout et à rien, je ne fus pas déçu.

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Tout commence avec la voix d’Alexandre Sokourov introduisant son film « raté ». Le réalisateur tente de rentrer en contact avec son ami Dirk, parti en mer, via Skype. Sokourov accompagne son film tout du loin, s’adressant tour à tour à nous, Dirk, ses personnages ou encore à lui-même.

La reconstruction historique autour de la rencontre entre Jacques Jaujard, directeur du Louvre en 1940, et Franz Von Wolff-Metternich est le prétexte pour une discussion sur l’art. Sokourov discourt longuement sur la sacralité du Louvre, le symbole et le repère qu’il constitue pour le pays. Cet aspect m’a rendue mal à l’aise. Où voulait en venir le réalisateur russe ? Et puis Dirk réapparait péniblement, car son navire – transporteur d’œuvre d’art – est en difficulté. Sokourov suggère désespérément de jeter la cargaison à la mer et de sauver les hommes.

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Et puis il y a les images de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. Le musée n’a pas été épargné pendant la guerre. Non seulement Hitler n’avait aucune considération pour la culture russe, mais le musée avait été transformé en hôpital de fortune. Il fut la cible de nombreux bombardement. Progressivement l’idée s’instille que la valeur de l’art dépasserait celle de l’humain. Les Allemands jouissent de Paris, car ils en ont une image sacrée et les œuvres abritées par la capitale sont « sauvées ».

Pendant ce temps, Marianne et Napoléon sillonnent l’actuel Louvre en voiturette. Napoléon s’autocongratule d’avoir amassé autant d’œuvres, cependant une bonne partie est issue des « trésors de guerre ». Marianne répète vainement la sacro-sainte devise nationale : liberté, égalité, fraternité.

Le visionnage de Francofonia n’est pas toujours confortable. Je me suis sentie perdue sans savoir si je retrouverais le chemin. Serais-je même capable de reconnaître l’arrivée ? Il y a quelque chose de très fragile dans ce film. Le cheminement est plein d’embûches. L’occupation du Louvres n’est qu’un levier de la réflexion, permettant de s’interroger plus largement sur l’art. En voyant, la collaboration entre Jaujard et Wolff-Metternich, on est à deux doigts de se féliciter. Quelle chance la France a eue ! Pourtant, en transposant, le problème dans une situation présente, teinté d’urgence, celle de Dirk, il semble évident que « l’Art » doit être abandonné. Cela n’est rien par rapport à une vie humaine, quand bien même ces vies seront oubliées.

Francofonia, le Louvre sous l’occupation, Alexandre Sokourov, 2015

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