Des chevaliers blancs et des orphelins noirs

Les Chevaliers Blancs sont un film pour lequel j’ai hésité. Tout d’abord, il y avait cette horrible bande-annonce, mais la présence de Vincent Lindon. Ensuite, il y avait Joachim Lafosse (À perdre la raison), mais cela parlait quand même de l’Arche de Zoé. Et puis, j’y suis allée.

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Les Chevaliers Blancs sont un très beau titre pour le sujet qu’il traite. En 2007, une association humanitaire décide de faciliter l’adoption d’une centaine d’enfants orphelins issus du Tchad. Le problème, les enfants n’étaient pas si orphelins. L’affaire tourne au scandale diplomatique entre la France et le Tchad. Joachim Lafosse est devenu un habitué des affaires-chocs. À perdre, la raison relatait l’histoire d’une mère infanticide. Le point de vue du réalisateur est celui du bourreau et tente de réponde à la question : Comment peut-on en arriver là ? L’analyse politique est donc reléguée au dernier rang. Il ne s’agit pas de traiter du fait de société, mais du fait individuel.

Ainsi nous suivons Jacques et sa troupe dans le désert africain. L’histoire semble se dérouler de nos jours. Le nom du pays n’est jamais énoncé. Pourtant tout nous indique que nous revivons le scande l’Arche de Zoé.

Le but de l’association est de sauver des enfants. Tout de suite se pose la question du choix des enfants. Ils doivent avoir moins de cinq ans. Car nous ne pouvons pas sauver tout le monde et les familles françaises veulent des enfants jeunes. Ensuite se pose la difficulté de trouver les enfants et de les identifier. Pour cela, Jacques passe par un intermédiaire c’est-à-dire le chef de village. Bien sûr, le chef est rémunéré pour ses services. Il se pose enfin la question de l’argent. Jacques et ses compagnes parlent comme des clients mécontents de la marchandise fournie. Le langage utilisé est celui de l’échange commercial.

Au cours de l’épopée, certains s’interrogent. Jusqu’où peut-on aller pour sauver des enfants ? Tous les moyens sont-ils bons ? Jacques a la réponse oui. L’association est « jusqu’au-boutiste ». Dans une perspective pragmatique, les personnages écartent toutes réflexions sur leurs démarches. La journaliste, qui les accompagne, est supposée tenir ce rôle. Que font-ils ? Comment le font-ils ? Françoise Dubois, interprétée par Valérie Donzelli, se rend bien compte des errements. Elle apprendre que le leader est déjà poursuivi en justice. La motivation première à ce voyage est fallacieuse, comme nous l’apprenons. Pourtant, ils poursuivent. Tous les voyants s’allument, mais ils continuent, jusqu’au bout, donc. Libre à nous d’imaginer leurs intentions, de mesurer le degré de cynisme des personnages.

La question du racisme me semble tellement évidente qu’elle en devient difficile à traiter. Un exemple flagrant réside dans le traitement de la langue. Jacques après un mois passé dans le pays n’a appris aucun mot, même pas « non ». Il répète constamment à la traductrice : « qu’est-ce qui dit ? » Le fait que les enfants soient traités comme des marchandises est le trait le plus évident. Jacques et ses compères ne se posent pas la question du bien-fondé de leurs démarches. La journaliste qui décide d’adopter elle-même un enfant de sept ans, se voit réponde par son conjoint qu’il est trop âgé et que le risque qu’il ne s’adapte pas est élevé. La réponse est sans appelle : « je m’en fou ».

Ce film moral et politique ne nous apprendra rien de l’affaire. L’Arche de Zoé va enchainer les procès. Les sanctions proposées vont se multiplier. Joachim Lafosse se cantonne à une fresque incroyable dans lequel nous regardons les personnages aller dans le mur. Lorsqu’enfin, les autorités tchadiennes interviennent, le soulagement apparaît. Enfin, les membres de l’association sortent de leur autarcie. Enfin, le délire s’arrête.

Les Chevaliers blancs, Joachim Lafosse, 2016.

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