Une étrange exposition

Nous sommes arrivés sur les coups de 16 h munis de nos billets « coupe-file » pour découvrir que la file « coupe-file » était trois fois plus longue que celles des sans-tickets. Bref, nous avons pu démarrer par 20 minutes d’attentes sous la pluie. Lorsqu’en effet, nous accédons au Graal, nous découvrons que la scénographie de l’exposition a sans doute été réalisée par Valérie Damidot : moquette imitation de pavé noir et blanches, mures couleurs pastels rose et bleu. Ceci évacué, nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel.

capture_decran_2015-07-23_a_17.34.38

Lucien Clergue défraye la chronique entre mon ami, lui le défendant et moi le soupçonnant d’une vision sexiste de la femme. Les quelques nus présents sur la toile me semblent éloquents. À l’entrée, les planches de Clergue nous accueillent, celles-ci sont tout à fait intéressantes. Elles présentent d’abord une autre vision du nu, tâtonnante. Le mur de droite aligne une série de photos, impossible à contempler dans son ensemble. Les images de noirs et blancs, plantes, ciels et objets inidentifiables défilent entre l’exercice pur et recherche de l’esthétisme.

e1palive902257

De l’autre côté, nous découvrons une série dédiée aux gitans et à leurs fêtes. Ces portraits noirs et blancs nous montrent une communauté en fête. Cependant, nous restons désemparés sans information. Enfin, nous arrivons aux nus, ceux-ci, qui ne sont pas dénués de qualité, présentent une image peu enthousiasmante de la femme. Le mouvement présent dans les planches s’atténue. La femme se fige dans une pause. Les nus des années 50 ont le mérite de proposer des corps imparfaits qui cherche la pause, mais ne semble pas la trouver. Arrivée aux années 60, l’esthétique est celle des magazines, des corps lisses et sexy. Clergue pose un regard voyeurisme dans l’osculation du corps féminin. Étrangement, cette impression n’est pas présente dans les planches. La sélection effectuée par Clergue montre une vision pauvre. Signalons la stupidité du commentaire murale qui nous explique que si les femmes photographiées par Lucien Clergue n’ont pas de têtes c’est pour signifier leur universalité…

lucienclerguegf

Enfin, nous avons assisté à un extrait du film le drame du taureau, premier film sur tauromachie que je visionnais. Ce fut une épreuve et portant nécessaire. Le film est tout à fait regardable. Malgré une approche esthétique, Clergue suit chaque mouvement du taureau, le toréador n’étant alors plus qu’un figurant. L’horreur et la souffrance passent donc au premier plan. On suit les étapes : la torture (séquestration et harcèlement dans l’arène), l’abattage et l’exposition du corps devant la foule. Les photos qui les accompagnent sont elles aussi tout à fait parlantes. Une petite série de carcasses d’animaux est également accrochée dans un recoin, d’une beauté glaçante. Ces deux séries se répondent facilement.g_GrandPalais15LucienClergue03b

On termine par les portraits de Pablo Picasso dans son atelier et son quotidien. L’artiste est pris hors de son piédestal et maintient pourtant une grande intensité.

Le parcours de Clergue est ambigu. L’exposition paraît trop petite pour explorer de manière approfondie toutes les facettes du photographe. Son rôle dans la création des Rencontres d’Arles est complètement éludé. Il passe de photographe de mode (les nus) aux photoreportages (les gitans), la série exposée tout du long est purement esthétique. Le mystère se poursuit.

lucien-clergue-exposition-grand-palais-modernists-5

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s