Le travail c’est la santé!

Il y a un an Arte se lançait avec ambition Anarchy, une série accompagnée d’une plateforme collaborative. L’objectif annoncé d’inclure le spectateur dans le processus d’écriture de l’univers. Il y avait donc d’un côté le récit de la série et de l’autre l’univers et les avatars créés par les spectateurs. Les deux étaient appelés à se rencontrer. L’échec était patent. La série était bâclée et si la plateforme ne fonctionnait pas trop mal, elle était principalement animée par des utilisateurs et non des spectateurs. Les médiums ne se rencontraient pas. On ne s’attardera pas trop sur l’aspect « collaboratif », forcément travestie à la télévision.
Cette année la chaine que l’on pourrait dire « binationale » nous propose un format plus classique et sans doute plus maitrisé avec Trepalium. (Instrument d’immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles.)

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Trepalium débute dans un monde où la part des actifs n’est plus que de 20 %. Pour lutter contre les inactifs, le gouvernement a mis en place un mur. Seuls les actifs peuvent continuer à vivre dans la ville. Les chômeurs sont poussés vers la sortie, littéralement aux marges. Cet ordre installé depuis plusieurs années se voit perturbé lorsque les « activistes » acceptent de relâcher le ministre du Travail, prit en otage plusieurs mois plus tôt, contre l’ouverture de 10 000 emplois solidaires. Le retour de ces « inactifs » bouleverse les habitudes des uns des autres. Tout d’abord, ceux qui se méfient et ne veulent pas y aller, ceux qui refusent de les accueillir.

Le scénario n’est pas révolutionnaire et le jeu des acteurs est pour le moins poussif. Cependant, il y a du bon dans Trepalium. Cette série a le mérite de poser sans détour la question de la place du travail dans nos sociétés : l’occupation d’un emploi fait-elle la valeur d’un individu ? La présentation des conditions de travail n’est pas inintéressante : hiérarchisée et comptabilisé. Chacun est jugé en fonction de son employabilité. Les actifs ont intégré que tous les moyens étaient bons pour trouver un emploi, le garder et évoluer. Ainsi lorsque Ruben Garcia désire monter en grade il sacrifie son collègue le plus proche (on n’ira pas jusqu’à parler d’amitié) et celui-ci le félicite pour ce choix éclairé. Les exemples au cours de la série sont nombreux. Toutes les valeurs et idées de l’humanité sont effacées au profit du salariat.

Pour dépeindre cette tyrannie de l’emploi, Trepalium s’est doté de son somptueux décor. On peut les trouver peu spectaculaires, sans doute, dû aux faits que nous circulons dedans quotidiennement (BNF, le 13e, le siège national du Parti communiste dessiné par Niemeyer.) L’image développée est celle d’un rétro futuriste. On peut questionner ce choix, car c’est là une vision classique des systèmes totalitaires. C’est aussi le paradoxe dans lequel nous vivons entre une marche poussée vers le progrès (des technologies, de l’innovation, etc.) et un recul de nos droits et des luttes sociales.  

Comme toute peinture critique, Trepalium se débrouille très bien pour mettre en avant les perversions d’un système. Par contre et comme beaucoup d’autres, elle faillit à démontrer une opposition crédible. Les inactifs de l’autre côté du mur sont des ombres. Que font-ils de leurs journées ? Comment vivent-ils ? L’opposition au monde salariale est regroupée sous un mot « activistes ». Ils ont bien sûr un chef secret, qui lorsqu’il est dévoilé perd son intérêt.

Riche de tous ses défauts, Trepalium nous fait croire quelques instants que la création française n’est pas complètement à la ramasse. La science-fiction peut encore servir de voie à la critique. Encore faut-il se donner la peine de l’exploiter jusqu’au bout.

Trepalium, Antarès Bassis et Sophie Hiet, Arte, 2016

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