Homeland Irak année zéro

« Homeland : Irak, année zéro » est le film pour lequel, a priori, on ne se précipite pas. Le documentaire dure 6 h. Ne croyez pas les journalistes qui disent 5 h 30. Vous resterez bien assis pendant 6 h. Abbas Fahdel nous parle d’une guerre lointaine aussi bien dans l’espace que dans le temps. Son sujet est l’Irak avant et après l’invasion américaine de 2003.
Malgré tous ces arguments, nous avons fait la queue et nous avons manqué ne pas avoir de place pour la séance. Car « Homeland : Irak, année zéro » est le film sur la guerre en Irak, celui que nous n’avions jamais vu.

abbas-fahdel-homeland

Le documentaire démarre et le pays n’est pas serein. Ils savent que la guerre vient. Ils savent que ce sont les Américains, encore. La précédente guerre du Golfe est toujours dans les mémoires. Les familles n’ont pas perdu les bonnes habitudes : creuser des puits, faire des stocks de provisions, scotcher les fenêtres et préparer le départ à la campagne. Nous sommes à Bagdad dans la famille d’Abbas Fahdel avec son frère et son beau-frère. Nous plongeons dans leurs quotidiens : les messages de vénération à Sadam Hussein, le nettoyage du tapis, etc. La guerre vient, elle n’en finit pas de venir. Les étudiants en rigolent. Ils n’ont pas révisé leurs examens pensant qu’ils seraient en guerre.

On trouve dans Homeland des échos à nos vies, car après tout l’Irakien est un humain comme un autre. On n’est aussi dévasté, car la guerre est déjà là, dans les esprits. Chacun en parle. Certains ont peur. La guerre est comme un statut permanent en Irak. Les habitants vivent sur les ruines des guerres précédentes avec le vain espoir qu’un jour, la communauté internationale leur laissera le temps de reconstruire.

Nous visitons l’Irak à distance, les scènes de marché sont immersives. La longueur du documentaire aide. On ne peut pas rester dans la distance et l’analyse pendant 6 h. Je n’ai pas cette endurance. Par conséquent, les images défilent comme de simples évocations.

La deuxième partie, après l’invasion, se montre plus bavarde. Nous assistons à la violence physique et symbolique de l’occupation. La liberté de parole est là, mais il n’y a plus que ça. Les maisons sont détruites. La société est détruite. On passe d’une société pacifiée à une société violente. L’insécurité n’est pas un mythe. Les armes à feu sont monnaie courante. L’étaient-elles avant sans que nous ne l’ayons vu ? Les Irakiens deviennent des individus politiques volontairement ou non. Les Américains mettent à la marge toute personne ayant été au Parti Baas. Le chômage gonfle, pas dû au manque d’activité. Les coupures électriques sont la norme. On assiste à la destruction d’un pays.

Abbas Fahdel nous guide sans nous diriger. Sa caméra semble aller partout. Sa présence est à peine palpable lorsqu’il est interpellé par un membre de sa famille, on n’est presque surpris. Il s’efface, s’intègre au paysage. Les images montrées ne sont pas spectaculaires, elles n’en sont pas moins bouleversantes. « Homeland : Irak, année zéro » apparait comme une vérité toute crue de la guerre. C’est le moment de glisser qu’Abbas Fahdel a été l’élève de Jean Rouche, cinéaste et ethnologue, est le fondateur du cinéma direct et/ou vérité. Le discours politique et l’emballage médiatique n’ont pas leurs places dans ce travail.

La perspective adoptée, celle des Irakiens, est rare. Les réalisateurs se sont montrés prolifiques sur le conflit. Pourtant les productions se sont attachées à rester du côté des soldats, en laissant de côté ceux à qui ils ont fait la guerre, en laissant de côté ceux qu’ils ont détruits.

Homeland: Irak, année zéro, Abbas Fahdel, 2016.

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