Salafistes au bon lait de brebis

Salafiste est sortis le 25 janvier 2016. Le documentaire a été accueilli froidement par le ministre comme par les journalistes. En même temps qui a envie de voir des images de djihadiste dispenser leur propagande ? Je fais partie de ces gens qui ont refusé de voir les images diffusées à la télévision ou sur YouTube. Les exécutions publiques, très peu pour moi merci.
Pourtant, l’idée de devoir regarder ce documentaire a germé progressivement dans mon esprit. D’abord, le ministère de la Culture enjoignant les réalisateurs de revoir leur copie créait un premier motif : toute œuvre subissant une censure ou une quelconque pression de la part de l’état mérite d’être vue.
Ensuite, il m’est apparu qu’il s’agissait peut-être là du meilleur contexte qui s’offrait à moi pour me confronter à ces images et à ces discours. Je pars du principe qu’un documentariste borgne livra toujours une meilleure analyse que les chaines de télévision.
Prenant mon courage à deux mains, je me suis donc rendu au cinéma.

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Salafistes démarre par un avertissement. Les réalisateurs nous disent nous présenter le discours de l’ennemi, car nous sommes en guerre. Il est temps de regarder l’ennemi en face.
Les premières images sont celles d’un véhicule traquant une bestiole de type antilope. L’image est complètement pixélisée. On pourrait pleurer sur le sort de la bête, mais ce serait un peu hypocrite. Je précise cependant ce moment, car l’un des reproches faits au film est d’avoir intercalé des images amateurs, de propagandes et de professionnels. Ces sources seraient présentées à égalité. Cependant, le spectateur est en mesure de distinguer de lui-même les sources, à la fois pour des raisons techniques, mais aussi, car nous connaissons déjà certaines de ces images (11 septembre 2001). Il n’y a pas de confusion possible. L’égalité n’est pas présente, car les images des journalistes sont soutenables, ce qui n’est pas le cas des images amateurs et/ou de propagande, ces derniers sont anxiogènes.

Passons au fond, le documentaire s’aventure d’abord au Mali dans la ville de Timbuktu, puis en Mauritanie, et en Tunisie. Nous croisons des membres d’Al Quaida, nous apercevons le leader de Boko Haram, des images de Daesh. Là, il y a confusion. Ces personnes, terroristes ou non, sont-elles les mêmes ? Je ne le pense pas. Aux dernières nouvelles, Daesh et Al Quaida sont en rupture, pas le même discours, pas la même stratégie. D’ailleurs, la situation dans ces pays n’est pas la même.

Enfin, il y a le discours des imams. Celui-ci est tout à fait intéressant. Certes, il se veut impressionnant. Ces gens, qui ont accepté d’être interviewés, ont travaillé leur copie. Ils sont posés et calmes. Les questions sont traitées une à une. Si leurs positions sont sans originalité, leur argumentation est tout à fait intéressante. Leur ligne de défense, tout du moins dans le discours, est loin d’être inattaquable. Le rejet des homosexuels (qui apparemment s’extraient eux-mêmes de l’humanité), la soumission des femmes ne sont pas motivés. Les contraintes imposées au sexe faible sont d’ordre sexuel ou plus largement du corps. Le problème de ces messieurs n’est pas dans leurs relations à Dieu, mais dans leur vision de la sexualité. Il est très intéressant d’entendre le tribunal islamique de Timbuktu expliquer pourquoi l’homme célibataire qui a des rapports sexuels avec une femme hors mariage est moins sévèrement puni que l’homme marié. Ce dernier n’a aucune excuse, car ses pulsions sexuelles sont assouvies. Rien de religieux dans tout ça.

Les discours et les vidéos montrées sont très angoissants pour toute Occidentale qui se respecte. Cependant, le documentaire témoigne d’une quête de pureté, d’idéal de la part d’une partie de ces salafistes. Pour reprendre une vulgaire expression, nous pourrions dire que ces méchants terroristes : « vendent du rêve ». Il est terrible de se dire que ce discours séduit et rassure.
C’est aussi la possibilité de se rendre compte que les djihadistes, au moins une partie, n’agit pas par folie. Ils sont des êtres doués de raisons. Peut-être faudrait-il s’interroger pourquoi Daesh leur vend du rêve ? Qu’ont-ils vécu pour en arriver là ?
Cela nous conduira à leur trouver des excuses sociologiques ou autre. Ensuite, on abandonnera l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Et là, je me demande bien à quoi ressemblera ce pays.

Salafistes, Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin, 2016.

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