Cure de punkitude

Tanxxx, c’est Benito Abdaloff qui m’en a parlé en premier. Ensuite, il y a eu Fleur Pellerin, ministre de l’inculture, chevalière des arts et des lettres pour 4 femmes bédéastes, le refus de la distinction. Tout cela a achevé de me convaincre qu’il fallait m’y mettre. La pauvreté nous dominant tous, je contentais pour débuter de ce que propose la bibliothèque c’est-à-dire Esthétique et filature (Prix Artémisia en 2009) avec Lisa Mandel au scénario et de Faire danser les morts, qui la suite de Rock Zombie.
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Dans Faire danser les morts nous suivons une rescapée de l’épidémie. Celle-ci rencontre une bande de jeunes gens végétariens qui ont découvert comme ranimer les morts-vivants : la musique. Seulement, une musique ne ramène pas n’importe qui à la vie. Le punk ramène les punks. Halliday ramène les réactionnaires.

C’est drôle et c’est bien.

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Esthétique et filature est moins jouissif. L’humour y est plus grinçant. Cela démarre par un accident rocambolesque dans lequel la fille croit tuer le père et s’enfuit avec son amante qui est aussi sa belle-mère. C’est une histoire de dèche, c’est une bonne histoire.

Le dessin m’a évoqué Charles Bruns, mais bon qu’est-ce que j’y connais, moi ?

Faire danser les morts, Tanxxx, Même pas mal, 2012
Esthétique et filature, Tanx et Lisa Mandel, Casterman, 2008

Des noirs et des putes

J’ai entendu parler de Charles Stevenson Wright en lisant la note de Charybde 27. Cela m’a fait penser tout de suite à Emmet Grogan. Ringolevio ouvrait sur la jeunesse d’Emmet à New York. On n’y découvrait un mode de vie qui est chaque jour un peu plus lointain du nôtre. Je pense aussi une manière de vivre dans la ville de moins en moins saisissable. Le Ringolevio paraitrait sans aucun doute pour un jeu dangereux, l’œuvre de délinquant juvénile venue troubler l’ordre public. 

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Le Messager de Wright emprunte la même veine autobiographique avec une tonalité le rapprochant du journal intime. Charles vit à New York, il est adulte et son cercle de fréquentation se résume au rebut de la société. Il occupe un emploi qui ne lui permet pas de vivre. Nous comprenons qu’il a recours à d’autres formes d’activités rémunératrices.

Cela commence un peu comme un récit des frasques d’un New York à la marge : drogué, putes, travesties, etc. Cela devient progressivement le récit d’un homme, débordé par ses émotions. De la description de la vie New Yorkaise, nous passons dans l’intime de Wright. L’auteur n’est jamais serein, jamais là dans les scènes qu’il nous montre. Il est ailleurs dans ses angoisses.

Charles Stevenson Wright a le bonheur d’être né autre. De couleur métisse, il est rejeté des noirs comme des blancs. Est-ce que cela l’incitera à rejoindre les castes méprisées de la société ? On ne le sait pas, peu importe.

Cet auteur apparait exceptionnel et banal. Son quotidien est vide, il erre de place en place, d’ami en ami accompagné d’un sentiment permanent d’insatisfaction, d’impuissance à faire quelque chose de sa vie. Il est en même temps hors du commun de tenir entre ses mains le témoignage de modes de vies brimées, qui sont toujours en débat aujourd’hui. Il y a d’ailleurs quelque chose de tellement plus agréable et subversif à lire le texte de Wright que celui de Grogan. Le premier se plonge dans un univers où le genre n’existe pas, tout du moins, il n’est pas une barrière, tout est possible. C’est avec beaucoup de délicatesse que l’auteur évoque la sexualité. Nous sommes très loin d’un discours viriliste. Wright ne s’engage pas dans le discours politique, occupé à vivre une qui vie qui l’étouffe. On n’est beaucoup plus proche de l’être vivant et de son ressenti, la noyade dans une société qui le rejette de tout côté. Le second est emporté dans une passion révolutionnaire, qui semble le pousser à une fuite vers l’avant, à être intransigeant. Wright ne se le permet pas, ne le veut pas. Ses affects sont nombreux. Les passages auprès de sa grand-mère sont bouleversants.

Ce fut une lecture émouvante, pleine de poésie et de colère. Le Tripode va sortir le deuxième tome, j’ai grand hâte de m’y atteler.

Le Messager, Charles Stevenson Wright, Le Tripode, 2014.

« Notre alimentation est constitué d’omega 3. Omega 3, ce qu’il fait à l’intérieur ce voit à l’extérieur »

Depuis que j’ai découvert Zai Zai Zai Zai, j’ai décidé de lire Fabcaro. Le monsieur s’est montré prolifique. Il est même l’auteur d’un roman Figurec, publié dans la collection Blanche de Gallimard, excusez du peu. Ce n’est pourtant pas de cela dont je vais vous parler, mais d’une courte BD paru en 2009 chez 6 pieds sous terre et qui se nomme La Clôture.

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La Clôture commence de manière brouillonne. Les saynètes s’enchainent sans prévenir et sans grand sens. Et puis, bien sûr, vous vous doutiez bien qu’il y aurait un « et puis bien sûr », les personnages reviennent se croisent dans les mêmes lieux. Une trame apparait. J’aime bien les trames, ça me donne la sensation que l’auteur a quelque chose de précis à me dire. C’est le cas. Bon, ce n’est pas précis. C’est un sentiment. Celui d’être débordé par la vie (l’AGESSA, la clôture). Tout se déroule comme dans un film où chacun oublie ses lignes, son rôle. Où va-t-on ? Nulle part. On n’a plus le temps d’y penser.
Les dialogues se confondent en slogan publicitaire. Nous sommes mangées.

Les thématiques présentent dans Zai Zai Zai Zai sont déjà présente : la consommation et la loose joviale. Personnellement, je m’identifie à ce récit. J’espère que je serais capable de rire de ma vaine errance sur terre.

La Clôture, Fabcaro, 6 pieds sous terre, 2009

Littérature noire : des ténèbres à la lumière

Nous sommes jeudi soir au collège de France, c’est l’émoi. La sécurité est renforcée. Les auditeurs remplissent tous les amphis. La leçon inaugurale d’Alain Mabanckou va commencer dans quelques minutes. Tout le monde ne sera pas en présence de l’homme, une rediffusion est mise en place dans les autres amphis, tout le monde n’aura pas la chance d’entrer non plus.

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Comme le rituel le réclame, l’administrateur, Alain Prochiantz, se lance dans une première présentation. Si la nomination d’Alain Mabanckou est exceptionnelle, c’est qu’aucun écrivain n’a jamais été élu au Collège de France pour ce motif. Un autre motif est possible, mais ne serat mentionné que plus tard. Alain Mabanckou est noir, né au Congo en 1966, l’un de ces fameux binationaux.

Antoine Compagnon prend le relais, c’est lui qui a proposé la candidature de Mabanckou. Il salue avec diplomatie le retour des études africaines au Collège de France « trop absente ces derniers temps ». Le mot est lâché.

Enfin, c’est à l’homme de la soirée de s’exprimer. Il est tient, bien sûr, à préciser qu’il a accepté l’invitation du Collège de France qu’en tant qu’écrivain. Il précisait dans une interview donnée au Monde, publiée le matin même : « J’en ai un peu soupé d’entendre : « C’est le premier Noir qui fait ceci ou cela, ou qui entre dans telle institution prestigieuse. » Du fait du passé colonial, de l’esclavage, des chaînes que l’Occident a fait porter aux Noirs, il est toujours sous-entendu que l’écrivain noir africain a une mission. On ne cesse par conséquent de lui demander de témoigner de son histoire douloureuse ou de faire acte de militance. On n’exige jamais cela des écrivains blancs… »

Pourtant, l’introduction démarre bien sous le signe du politique. Alain Mabanckou, faisant preuve de modestie, tente de se définir. Congolois ? Il nous rappelle avec bienveillance que lors de la création du Collège Royal en 1530, un cheval valait de 6 à 8 esclaves noirs.

Peut-être militant contre son gré, Alain Mabanckou ne refuse pas la « mission » qui lui est donnée. Son séminaire s’intitule « Lettres noires : des ténèbres à la lumière. ». Il n’est sans doute pas aisé d’être le premier, cependant cette situation perdura tant que des institutions se montreront aussi traînantes à inviter la diversité dans leur mur. Alain Mabanckou ne s’y trompe pas lorsqu’il évoque « ce passé qui ne passe pas ».

La leçon inaugurale commence, elle démarre sur le slogan de la marque banania « Y’a bon », symbole du racisme en France. Le discours de Mabanckou se plonge ensuite dans une présentation chronologique et donc classique de la littérature coloniale et puis postcoloniale.

Tout débute à la fin du 19e siècle avec le roman d’aventures et le roman d’exploration. Deux genres dans lequel, les blancs partent à l’exploration du continent mystérieux. Les personnages noirs sont intégrés au décor. Cette littérature émane du colonialisme autant qu’elle participe à construire une culture coloniale. Dans cette catégorie, l’écrivain place également la littérature écrite par des noirs. Pas seulement parce qu’elles ont en commun une époque, mais parce qu’elle partage le même postulat : l’expérience de l’Afrique ; ces auteurs ont vécu et exploré le continent. La connaissance physique de l’afrique est posée comme préalable à tous discours romanesque.

Les années vingt sont le tournant. La littérature écrite par les noirs et pour les noirs se développe. René Marran publie Batouala, véritable roman nègre. Cet œuvre fera date et reçu le prix Goncourt en 1921.

Les années 30 voient la création de trois revues. Légitime défense en 1932, celle si se réclame du matérialisme dialectique et du surréalisme ; l’étudiant noir en 1935, fondée par aimé Césaire, toutes deux sont martiniquaises ; enfin, Présence africaine créée par Atioune Diop en 1937, la seule a toujours existé.

Les dates se poursuivent chacune marque un moment, une complexification des enjeux. La fin du colonialisme laisse place à une déception. L’indépendance ne donnera pas lieu à l’émancipation des peuples. Selon Mabanckou deux romans témoignent de cette désillusion : Le Soleil des indépendances de Ahmadou Kourouma (1968), Le devoir de violence de Yambo Ouologuem (1968).

Mabanckou n’oublie pas les femmes, qui seront visibles dans la littérature noire à partir des années 70, La Grève des battù de la Sénégalaise Aminata Sow Fall.

En approchant de la fin, le discours politique repointe le bout de son nez. L’écrivain rappelle les propos de l’ancien président Nicolas Sarkozy : « l’homme noir n’est pas encore rentré dans l’histoire ». Nadine Morano déclarait que la France était un pays de culture « judéo-chrétienne », comme si l’homme noir n’existait toujours pas.

Pourtant, les amphis sont pleins pour écouter cet homme noir qui peut légitimement se targuer de connaître la culture française sur « le bout des doigts ». Jusqu’à son élection, Alain Mabanckou enseignait la littérature francophone à l’université UCLA aux États-Unis. Alain Mabanckou n’est pas une exception. La littérature noire, anglophone comme francophone sont présentes dans les étals des librairies. Nous pouvons citer Debout-payé de Gauz paru chez Le Nouvel Attila en 2014. Cet ouvrage nous racontait le quotidien d’un vigile entrecoupé de son parcours de migrants. Chimamanda Ngozi Adichi nous racontait dans une autobiographie romancée son émigration du Nigéria aux États-Unis et surtout le retour au pays.

Comment expliquer ce décalage entre une classe politique qui s’aveugle et une culture qui s’imprègne ? Peut-on parler d’un racisme à deux niveaux ? La France accepte la diversité culturelle, mais pas son entrée en politique. Que pensez de la position de Mabanckou ? D’un côté, l’écrivain exprime son désir d’être traité comme un citoyen normal, un professeur normal du collège de France. La société lui laisse-t-elle cette possibilité quand elle se dispute autour de la déchéance de nationalité ?

Tire et rate

J’ai découvert Jeanne Puchol à la Salle 101 l’an dernier. Pourtant sa carrière remonte à 1983 quand elle a publié Ringard chez Futuropolis. Ces derniers, ses œuvres ont pris une connotation plus politique, me semble-t-il. La Salle 101 l’avait invité pour parler de sa BD Charonne-Bou Kadir publiée dans une maison dédiée aux sciences sociales. Cette petite œuvre par la taille prenait les aspects d’un essai. Pourtant, elle est bien composée de dessins, centrés sur la manifestation du 8 février 1962. De ce moment, Puchol articule le conflit entre les attaques terroristes de l’OAS et du FLN dans Paris. Ce moment critique pour les pouvoirs publics est finement présenté. Il y a forme d’analyse à travers les témoignages.
Je me tournais donc vers deux autres de ces publications politiques.

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Contrecoups (Malik Oussékine) retrace la veille et le lendemain de la mort de Malik Oussékine tué par des policiers le 6 décembre 1986.
De ce crime, j’avais lu Maintien de l’ordre : enquête de David Dufresne (Hachette, 2007) et vu son documentaire Quand la France s’embrase (France 2, 2007). Son travail sur la répression policière, particulièrement à l’occasion des manifestations contre le CPE et les émeutes de 2005, l’avait conduit à dresser un historique des méthodes de répression policière et notamment des fameux Pelotons voltigeurs motoportés (PVC).

Le livre de Puchol et Laurent-Frédéric Bollé propose un récit fade où aucun personnage ne semble humain. Le récit s’organise comme un article factuel un peu long. Les étudiants sont représentés par un jeune tombé sous le charme d’Estelle au moment de l’évacuation à la Sorbonne. Nous croisons une galerie de personnages, chacun continue à vivre. On soupçonne que l’un d’eux aura une révélation politique. D’autres continueront leur routine sans sourciller, notamment du côté des pouvoirs publics. On assiste à cela, sans révolte, car tout est présenté de manière si quelconque. Il y a bien une pointe d’apitoiement en tout début d’ouvrage ; des portraits imaginaires de Malik Oussékine s’il avait vécu…

Contrecoups se termine sur une manifestation dont la banderole indique « plus jamais ». On repart avec le sentiment que « ce qui devait être fait a été fait ». Je ne peux m’empêcher d’être déçu. La réduction des évènements passés et l’urgence des évènements actuellement me font demander plus.

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Vivre à en mourir ne souffre pas des mêmes défauts. Cette fois, Puchol en compagnie de Galandon s’attaque à une partie de l’histoire de Marcel Rayman, membre des FTP-MOI sous la direction de Missak Manoukian. Là aussi, le sujet ne mettait pas inconnu. J’avais vu le film de Robert Guédiguian et je l’avais adoré. Le personnage de Marcel Rayman (joué par Robert Stévenin) m’avait enthousiasmé. Sa détermination était communicante. Ce portrait avait déplu à la famille. Laurent Galandon nous laisse comprendre qu’il a souhaité rectifié le tir et faire entendre la version de la cousine de Rayman.

On peut s’interroger sur la nécessité de correspondre au réel. Le récit peut-il mentir ? Dans la mesure où nous nous trouvons dans une œuvre de fiction, je dois dire que le contraire me surprendrait. De plus, on peut se poser la question de la possibilité de correspondre au réel.

Bref, je peux dores déjà dire que je préfère la vision proposée par Guédiguian, sans doute moins chaleureuse et humaine. Dans le film, Marcel Rayman pourrait être pris pour un terroriste rempli de haine pour l’ennemi nazi. Je pense que cela fait tout son intérêt. Que devient-on lorsque la haine nous déborde ? L’assassinat froid de nazis est-il est une attaque terroriste. Je ne le pense pas.
En se centrant uniquement sur Rayman, le groupe FTP-MOI passe au second plan. En se concentrant sur la personnalité de Rayman, la dimension politique passe à la trappe. On ressort très frustré de cette lecture qui parvient tout de même à nous emballer à quelques moments. Quatre-vingt-dix pages, c’est court. Une dernière plainte. La chute du groupe est le résultat d’une trahison, celle d’une femme, comme dans le film. Cette femme est décrite comme la dernière des putains, subitement déterminée à vendre toutes ses anciennes connaissances. Elle semble fière et sereine vis-à-vis de sa collaboration. Plus de subtilité aurait été la bienvenue.

Vivre à en mourir, Jeanne Puchol, Le Lombard, 2014
Contrecoups (Malik Oussékine), Jeanne Puchol, Casterman, 2016

The Assassin

En créant ce blog, je voulais parler de tout ce que je vois et lis afin de ne pas l’oublier ; prendre le temps d’y réfléchir. Si j’ai aimé, qu’est-ce que j’ai aimé ? Si cela ne m’a pas plu, qu’est-ce qui ne m’a pas plu? Partir à la connaissance de mes goûts. Approfondir les sujets qui me tiennent le plus à cœur et laisser de côté ce qui est certes intéressant, mais ne m’émeut pas. Ces derniers temps, je suis parvenu à faire un peu le tri. Pourtant, je tombe encore sur des choses qui me laissent froide. 

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Il y a plein de raison de découvrir quelque chose : la curiosité et l’occasion. C’est dans ce cadre que je suis allé voir The Assassin, un film chinois du réalisateur Hou Hsiao-hsien. The Assassin s’inscrit dans le genre film d’arts martiaux amélioré, loin des cascades, le réalisateur met en avant une esthétique contemplative.

L’histoire est celle d’une jeune femme placée auprès d’une nonne et chargée de tuer son cousin auquel elle fut fiancée. Plusieurs choses sont en jeu : la famille, la politique et peut-être un vague sentiment amoureux. Le cousin en question est à la tête d’une riche famille qui ferait de l’ombre à l’empereur chinois. Cette histoire se déroule de façon quasi liminale.

Je suis ressorti de là très perplexe. Bien sûr, c’est beau. Est-ce compréhensible ? Pas de moi, en tout cas.

The Assassin,  Hou Hsiao-hsien, 2016

De la glace et c’est tout

Lorsqu’un nouveau roman de Laurent kloetzer a été annoncé, la joie m’a envahi. J’avais adoré Le Royaume blessé, qui me semble l’un des meilleurs romans que j’ai lus. Anamnèse de Lady Star était une belle tentative d’augmenter le niveau. Placé dans un univers futuriste où le monde a été dévasté par une bombe biologique. La narration se veut explosée et furtive. Nous courrons derrière une ligne narrative qui n’existe pas, non par manque de cohérence de l’auteur, mais pour montrer que l’histoire n’est pas linéaire, mais morcelée et incertaine.
Je pensais que Vostok nous emmènerait dans la même voie…

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Vostok est une station scientifique russe située en Antarctique, pôle Sud. L. Kloetzer s’empare de ce lieu pour en dresser le décor de son histoire. Cependant, celle-ci démarre en Amérique latine dans la ville Valparaiso. Le Chili est en guerre contre les Andins, là aussi, aucune invention de l’auteur. Les Andins, qui pourraient être un peuple inconnu, sont actuellement le rassemblement de 4 pays : Bolivie, Colombie, Équateur, Pérou. Pour la petite histoire, on parle de Communauté andine des nations. Le Chili l’a quitté en 1976, sans doute lié à quelques incompatibilités avec la dictature de Pinochet. Depuis 2006, le Chili est un membre associé de la CAN.

Le personnage principal s’appelle Léo pour Léonarda, adolescente. Elle est la sœur de Juan, petit chef du Cartel. À cause d’une prophétie, que nous ne connaîtrons pas, à cause de la guerre, le petit chef décide de partir chercher une clé sous la forme du code génétique d’une bactérie. Le récit commence, linéaire. Nous sommes dans un huis clos glacial où tous les personnages deviennent fous, pris dans leurs obsessions et débordés par leurs angoisses. On sent bien que l’auteur voudrait que nous nous demandions s’ils ont vraiment tort. Je dirais que l’émerveillement dépeint par Kloetzer ne m’a pas fait oublier mon pragmatisme. Très vite, cela traîne en longueur. Les personnages torpillent leurs chances de survies dans l’espoir de découvrir un mystère auquel on peine à s’intéresser.

La dimension fantastique est sous-développée. L’idée était belle. Léonarda est accompagné d’un ghost, sorte d’ami invisible, qui n’existerait qu’à la force de sa pensée. Araucan se contente de tenir le rôle d’accessoire.

Finalement, l’auteur s’en sort mieux dans le récit tout à fait réaliste de Veronika, chercheuse soviétique et qui a précédé l’excursion de Juan. Son histoire nous est comptée par quelques inserts où l’on peut se rendre compte des enjeux autour d’une découverture scientifique tout à fait obscure. Le contexte de la guerre froide aide sans doute, car nous avons conscience que le travail des scientifiques les dépasse.

En gardant une vue optimiste, je me demande si l’auteur n’est pas en train d’effectuer une mue, un passage vers la littérature blanche. Pourquoi pas ? Mais qu’il y aille franco.

Vostok, Laurent Kloetzer, Lune d’Encre Denoël, 2016.