Salafistes et poésie.

Timbuktu est sorti il y a plusieurs mois de cela et à ce moment je ne m’y étais pas intéressé. Je le percevais comme un film anxiogène et misérabiliste. Depuis, la France s’est fait attaquer, encore. Surtout, j’ai vu Salafistes documentaires dont Abderrahmane Sissoko s’est inspiré.

TIMBUKTU_120_CESAR_bdef

Timbuktu se passe uniquement dans la ville précédemment nommée. Les premiers plans sont choquants de ressemblance avec le documentaire et en même temps bien distinct. Abderrahmane Sissoko nous présente une ville bien propre et lisse. Les grains de sable semblent avoir été posés les uns à côté des autres. Les turbans sont colorés. L’image est bien sûr de grandes qualités. Le documentaire Lemine Ould Mohamed Salem et François Margolin ne présente pas toutes ses qualités esthétiques. Chacun ses choix de réalisations.

Timbuktu est une fiction, on rencontre donc des personnages et nous suivons une trame narrative. Le récit principal est celui d’un berger, pas très doué de toute évidence, qui pour se venger d’un pêcheur lui a tué une vache et bien il a tué le pêcheur. Il va être sanctionné par le prix du sang comme la Charia le permet et la veuve du pêcheur l’exige. Le berger amateur fera un très bon martyr en nous rappelant sans cesse l’existence de sa fille. Valorisation des femmes, check.

Il y a une femme folle qui est là pour nous démontrer que Daesh signe la fin des originaux. Des jeunes jouent aux footballs sans ballon, mais sur un air de musique classique. Tout cela semble vouloir désespérément nous accrocher. Nous démontrons que nous avons des points communs. Leurs existences ne nous sont pas complètement étrangères. Abbas Fadhel y arrivait sans problème, mais le procédé n’était pas grossier ou artificiel.

En fait, ce sont d’autres scènes qui m’ont accroché. Tout d’abord, ce policier islamique qui demande à son supérieur s’il doit arrêter ces gens qui font de la musique et chante, car il chante des paroles religieuses. Il y a ce jeune qui se transforme en djihadistes et qui doit tourner une vidéo de propagande, mais ne sait pas comment s’y prendre. Il y a toutes ces scènes où les salafistes ne comprennent pas un mot de la langue touareg et finissent par se parler en anglais. Dans ces moments, presque accidentels, Abderrahmane Sissoko rend vivants ces islamistes humains et inhumains à la fois. Le reste est facile et maladroit. Il est facile de mettre en avant l’innocence des enfants et des victimes. Il est maladroit de représenter cette ville de Timbuktu sous le joug de Daesh sur fond de musique classique. Le réalisateur semble chercher une spiritualité qui parle à l’occidentale. Il faut trouver des ponts pour que le bon public d’occident se rende compte de l’horreur. Quelque chose qui permettra à certains de dresser un parallèle entre Paris et Timbuktu après les attentats du 13 novembre.

Timbuktu, Abderrahmane Sissoko, 2014

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s