Douleurs et souffrances

Les Anges radieux m’ont tapé dans l’œil en librairie. Il y a plus raison à ça. D’abord, c’est le retour de la collection Exofictions avec un ouvrage ambitieux, c’est-à-dire autre chose que le bouquin du sous-fifre de G.R.R. Martin. Cela m’a rappelé Autobiographie d’une machine Ktistèque de Lafferty. Cet ouvrage n’avait pas été une réussite pour ma part, mais ça m’avait semblé être une science-fiction intéressante. La deuxième raison est que je me suis laissée un peu emballé par la quatrième de couverture qui m’appâtait avec une la petite marchande d’allumettes en guerrière. Je dois maintenant vous dire que je ne connaissais pas l’ami Vollmann, avec qui rien n’est simple.

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L’ouvrage est beau et imposant, 800 pages. Il s’ouvre sur un bottin des personnages et se conclut sur des notes de l’auteur rédigées en code. On se demande à quelle sauce on va être mangé ? Science-fiction ou fantasy ? Ni l’un ni l’autre. Les Anges radieux se situent plutôt du côté de la littérature expérimentale de Ballard.

Il faut quelques centaines de pages pour que l’histoire prenne forme. Dés le départ, les personnages sont là, des trames sont lancées. Pendant un long moment, on ignore où tout cela nous amène. Progressivement apparaît une histoire alternative de l’électricité.

Le personnage principal ou récurrent se nomme Bu et a enduré une enfance douloureuse, comme l’intégralité des personnages du roman. La thématique de l’enfance est récurrente. C’est par là que commence le livre : l’enfance des personnages. Ils sont un peu les enfants perdus qui accompagnent Peter Pan, des rebus. Les parents sont peu présents et les personnages grandissent sous le joug de figure autoritaire plus ou moins dans le cadre d’un pensionnat.

Rien ne se veut réaliste. Tout s’enchaine comme des associations d’idées d’un patient en thérapie. Des souvenirs flous et enchainés, pour le meilleur comme pour le pire, défilent sous nos yeux. Ce défilement s’accompagne des digressions de l’auteur. Vollmann développe une détestation de toute forme d’autorité, mais aussi un mépris pour toute forme de soumission. Aucun personnage n’y échappera. Ils seront donc tous, tour à tour, humiliés.

Certains tenteront de renverser la tendance, de se rebeller. Des efforts présentés dès le départ par l’auteur comme vain. Nous sommes tous voués à être des perdants. C’est une leçon assez peu satisfaisante par le lecteur qui ressort de sa lecture de toute façon abruti par le pavé qui lui est tombé dessus.

Dans une certaine mesure, on peut dire que les lecteurs souffrent autant que les personnages. La lecture des Anges radieux n’est pas une promenade de santé. Il faut de l’endurance. Vollmann s’acharne à commenter par le menu les aspects les plus communs de la vie pathétique de ces personnages. Les digressions de l’auteur étant souvent les moments les plus dynamiques du récit. On peut noter aussi les épigraphes de personnages historiques délicieux : Hitler, Staline, Heidegger, manuel d’utilisation d’arme à feu, Manuel des scouts…

Un scout est gentil… Mais vous découvrirez également qu’il existe certaines créatures qui ne méritent pas votre protection. Un scout ne tue jamais de choses vivantes inutilement, mais il sait qu’il est de son devoir de se débarrasser de celles qui présentent un danger pour les pertes humains. Il n’hésite pas à tuer des animaux tels que les rats et des insectes tels que les mouches et les moustiques qui sont des vecteurs de maladies…
Manuel du boy-scout (1969)

PS : Ca ne parle absolument pas de la petite marchande d’allumette.

Les Anges radieux, William T. Vollmann, Actes Sud, 2016.

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