Tire et rate

J’ai découvert Jeanne Puchol à la Salle 101 l’an dernier. Pourtant sa carrière remonte à 1983 quand elle a publié Ringard chez Futuropolis. Ces derniers, ses œuvres ont pris une connotation plus politique, me semble-t-il. La Salle 101 l’avait invité pour parler de sa BD Charonne-Bou Kadir publiée dans une maison dédiée aux sciences sociales. Cette petite œuvre par la taille prenait les aspects d’un essai. Pourtant, elle est bien composée de dessins, centrés sur la manifestation du 8 février 1962. De ce moment, Puchol articule le conflit entre les attaques terroristes de l’OAS et du FLN dans Paris. Ce moment critique pour les pouvoirs publics est finement présenté. Il y a forme d’analyse à travers les témoignages.
Je me tournais donc vers deux autres de ces publications politiques.

album-cover-large-28964

Contrecoups (Malik Oussékine) retrace la veille et le lendemain de la mort de Malik Oussékine tué par des policiers le 6 décembre 1986.
De ce crime, j’avais lu Maintien de l’ordre : enquête de David Dufresne (Hachette, 2007) et vu son documentaire Quand la France s’embrase (France 2, 2007). Son travail sur la répression policière, particulièrement à l’occasion des manifestations contre le CPE et les émeutes de 2005, l’avait conduit à dresser un historique des méthodes de répression policière et notamment des fameux Pelotons voltigeurs motoportés (PVC).

Le livre de Puchol et Laurent-Frédéric Bollé propose un récit fade où aucun personnage ne semble humain. Le récit s’organise comme un article factuel un peu long. Les étudiants sont représentés par un jeune tombé sous le charme d’Estelle au moment de l’évacuation à la Sorbonne. Nous croisons une galerie de personnages, chacun continue à vivre. On soupçonne que l’un d’eux aura une révélation politique. D’autres continueront leur routine sans sourciller, notamment du côté des pouvoirs publics. On assiste à cela, sans révolte, car tout est présenté de manière si quelconque. Il y a bien une pointe d’apitoiement en tout début d’ouvrage ; des portraits imaginaires de Malik Oussékine s’il avait vécu…

Contrecoups se termine sur une manifestation dont la banderole indique « plus jamais ». On repart avec le sentiment que « ce qui devait être fait a été fait ». Je ne peux m’empêcher d’être déçu. La réduction des évènements passés et l’urgence des évènements actuellement me font demander plus.

Couv_214226

Vivre à en mourir ne souffre pas des mêmes défauts. Cette fois, Puchol en compagnie de Galandon s’attaque à une partie de l’histoire de Marcel Rayman, membre des FTP-MOI sous la direction de Missak Manoukian. Là aussi, le sujet ne mettait pas inconnu. J’avais vu le film de Robert Guédiguian et je l’avais adoré. Le personnage de Marcel Rayman (joué par Robert Stévenin) m’avait enthousiasmé. Sa détermination était communicante. Ce portrait avait déplu à la famille. Laurent Galandon nous laisse comprendre qu’il a souhaité rectifié le tir et faire entendre la version de la cousine de Rayman.

On peut s’interroger sur la nécessité de correspondre au réel. Le récit peut-il mentir ? Dans la mesure où nous nous trouvons dans une œuvre de fiction, je dois dire que le contraire me surprendrait. De plus, on peut se poser la question de la possibilité de correspondre au réel.

Bref, je peux dores déjà dire que je préfère la vision proposée par Guédiguian, sans doute moins chaleureuse et humaine. Dans le film, Marcel Rayman pourrait être pris pour un terroriste rempli de haine pour l’ennemi nazi. Je pense que cela fait tout son intérêt. Que devient-on lorsque la haine nous déborde ? L’assassinat froid de nazis est-il est une attaque terroriste. Je ne le pense pas.
En se centrant uniquement sur Rayman, le groupe FTP-MOI passe au second plan. En se concentrant sur la personnalité de Rayman, la dimension politique passe à la trappe. On ressort très frustré de cette lecture qui parvient tout de même à nous emballer à quelques moments. Quatre-vingt-dix pages, c’est court. Une dernière plainte. La chute du groupe est le résultat d’une trahison, celle d’une femme, comme dans le film. Cette femme est décrite comme la dernière des putains, subitement déterminée à vendre toutes ses anciennes connaissances. Elle semble fière et sereine vis-à-vis de sa collaboration. Plus de subtilité aurait été la bienvenue.

Vivre à en mourir, Jeanne Puchol, Le Lombard, 2014
Contrecoups (Malik Oussékine), Jeanne Puchol, Casterman, 2016

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s