Des noirs et des putes

J’ai entendu parler de Charles Stevenson Wright en lisant la note de Charybde 27. Cela m’a fait penser tout de suite à Emmet Grogan. Ringolevio ouvrait sur la jeunesse d’Emmet à New York. On n’y découvrait un mode de vie qui est chaque jour un peu plus lointain du nôtre. Je pense aussi une manière de vivre dans la ville de moins en moins saisissable. Le Ringolevio paraitrait sans aucun doute pour un jeu dangereux, l’œuvre de délinquant juvénile venue troubler l’ordre public. 

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Le Messager de Wright emprunte la même veine autobiographique avec une tonalité le rapprochant du journal intime. Charles vit à New York, il est adulte et son cercle de fréquentation se résume au rebut de la société. Il occupe un emploi qui ne lui permet pas de vivre. Nous comprenons qu’il a recours à d’autres formes d’activités rémunératrices.

Cela commence un peu comme un récit des frasques d’un New York à la marge : drogué, putes, travesties, etc. Cela devient progressivement le récit d’un homme, débordé par ses émotions. De la description de la vie New Yorkaise, nous passons dans l’intime de Wright. L’auteur n’est jamais serein, jamais là dans les scènes qu’il nous montre. Il est ailleurs dans ses angoisses.

Charles Stevenson Wright a le bonheur d’être né autre. De couleur métisse, il est rejeté des noirs comme des blancs. Est-ce que cela l’incitera à rejoindre les castes méprisées de la société ? On ne le sait pas, peu importe.

Cet auteur apparait exceptionnel et banal. Son quotidien est vide, il erre de place en place, d’ami en ami accompagné d’un sentiment permanent d’insatisfaction, d’impuissance à faire quelque chose de sa vie. Il est en même temps hors du commun de tenir entre ses mains le témoignage de modes de vies brimées, qui sont toujours en débat aujourd’hui. Il y a d’ailleurs quelque chose de tellement plus agréable et subversif à lire le texte de Wright que celui de Grogan. Le premier se plonge dans un univers où le genre n’existe pas, tout du moins, il n’est pas une barrière, tout est possible. C’est avec beaucoup de délicatesse que l’auteur évoque la sexualité. Nous sommes très loin d’un discours viriliste. Wright ne s’engage pas dans le discours politique, occupé à vivre une qui vie qui l’étouffe. On n’est beaucoup plus proche de l’être vivant et de son ressenti, la noyade dans une société qui le rejette de tout côté. Le second est emporté dans une passion révolutionnaire, qui semble le pousser à une fuite vers l’avant, à être intransigeant. Wright ne se le permet pas, ne le veut pas. Ses affects sont nombreux. Les passages auprès de sa grand-mère sont bouleversants.

Ce fut une lecture émouvante, pleine de poésie et de colère. Le Tripode va sortir le deuxième tome, j’ai grand hâte de m’y atteler.

Le Messager, Charles Stevenson Wright, Le Tripode, 2014.

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