Des hommes et des villes

J’y allais à reculons. Frédérick Wiseman me paraissait toujours digne d’intérêt, mais j’avais la sensation de ne pas le prendre par le bon bout, de ne pas commencer par le « bon Wiseman ». Le monsieur se faisant vieillissant j’augmentais mes chances de tomber sur quelques choses de pantouflard. Par ailleurs, le sujet ne me semblait pas prometteur, un peu « bobo » New Yorkais.
Je fus détrompé.

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In Jackson Heights est certes un quartier atypique ou complètement typique de New York. Sa particularité est qu’il y vit des New-Yorkais. Les touristes n’y vont ou en tout les cas nous ne les voyons pas. Ils n’ont aucune raison de s’y rendre. In Jackson Heights rassemble des populations de diverses origines ethniques et religieuses, mais globalement populaires.

Le seul évènement un peu spectaculaire est cette parade pour les gays organisés tous les ans de puis 1990. Cette année semble avoir scellé le destin cosmopolite de Jackson Heights. Un adolescent gai et hispanique est retrouvé mort ; or la police ne se hâte pas de résoudre cet assassinat. Les communautés gays et hispaniques s’unissent dans la lutte pour la justice et semblent avoir montré l’exemple pour les décennies à venir. Cet évènement marquant revient régulièrement dans les discours des protagonistes du documentaire. C’est d’ailleurs la seule forme de récit.

Pendant trois heures, Wiseman nous entraîne dans les rues et les commerces. Nous rencontrons des groupes gays, des travailleurs en luttes pour leurs droits, etc. Tout ceci dépeint un quotidien, traversé par des remous quotidiens. Par exemple, ce groupe gay « âgé » débattant de la localisation de leur rencontre. Chacun y va de ses « petites » considérations : proximité du domicile, accès pour les handicapés, présence supposée ou non d’homophobe, etc.

Pourtant, il y a bien une trame celle-ci est celle de la « gentrification », un phénomène sociologique bien connu. C’est par ce biais que l’on ait forcément touché par cette communauté. Nous comprenons qu’elle va disparaitre, mais surtout elle va disparaitre comme un certain nombre de quartiers parisiens a déjà disparu.

La manière dont Jackson Heights abrite ses communautés lui est propre, mais la manière dont le quartier va être mangé par les investisseurs immobiliers est internationale. Ce processus est à la fois mis en scène par la rencontre avec les commerçants dont les baux n’ont pas été renouvelés, mais aussi par le discours détaillé de l’un d’entre eux.

Wiseman montre les forces en actions pour chasser les singularités : le harcèlement policier envers les transsexuels.

Il y a bien sur une redondance dans la démonstration seulement celle-ci est dû au respect appliqué à la parole des protagonistes. Peu de coupe, beaucoup de pauses. Le documentaire se déroule au rythme de ceux qu’il suit. Ces derniers ne sont pas de grand lettré, pourtant ils comprennent bien ce qu’ils expérimentent dans leurs vies. Ils ont bien la conscience d’appartenir à un espace particulier.

Ce dernier élément constitue le plus intéressant à mon sens. La gentrification est un phénomène bien trop commun et inévitable pour émouvoir encore. Les capitales et ses villes périphériques n’ont aucun moyen de lutter. On peut même se demander si une ville non rongée par le capital est possible?

In Jackson Heights, Frederick Wiseman, 2016

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