La beauté froide du sexe

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’une exposition qui n’est pas sur le point de s’achever. J’avais déjà croisé les photos d’Araki dans l’exposition Après Eden présentée la Maison rouge, dans une salle au sous-sol, une série de Polaroïds montrant des femmes nues. Nous explorions leur nudité, amusée, intriguée et souvent gênée. La série fonctionnait sur la répétition. Le Musée national des arts asiatiques dit Guimet propose la première rétrospective du photographe japonais Nobuyoshi Araki. 

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Nobuyoshi Araki est né à Tokyo en 1940. Il se lance dans la photographie jeune et atteint une reconnaissance, au moins professionnel rapidement. Il obtient son premier prix (Taiyō) en 1964 pour une série de photos de jeunes enfants. Cette dernière n’est pas présente dans la rétrospective. Il faut dire qu’Araki s’est vite éloigné de cette thématique.

1e2ddcf094a01d262aff94ca8b974fbdL’exposition débute sur quelques fleurs flamboyantes, le texte n’oublie pas de nous préciser que ces fleurs sont une métaphore du sexe féminin. Il était évidemment nécessaire de souligner cette comparaison si peu commune dans le monde de l’art. Relisons Les 5 psychanalyses de Freud (1935). Aussi belles et métaphoriques soient-elles, ces fleurs n’ont visiblement pas passionné Araki très longtemps.

araki_petite_12Nous passons très vite au cœur de son œuvre, c’est-à-dire la photographie comme journal intime. La première série proposée est celle de son voyage de noces avec sa femme Aoki Yõko en 1971. Sobre et impulsive, Araki commence la documentation de sa vie. Il fait de cette approche son mantra, ne jamais être sans son appareil, photographier tout. La production est énorme.

On peut bien sûr s’interroger. Il y a quelque chose de moins intime dans les photographies de ces modèles ligotés que dans celle de sa femme au sortie du lit. Le statut de muse accordé à Aoki Yoko me semble plus dérangeant que toutes ces femmes, qui pour quelques heures, libèrent leurs corps des tabous d’une société pudique. La femme d’Araki décède en 1990 d’un cancer, il la photographiera jusque dans son cercueil. Là aussi, on n’est gênée.

phpThumb_generated_thumbnailpngUne nouvelle période s’ouvre, celle du ligotage, vulgairement désigné comme bondage et de manière plus sophistiquée comme le Kinbaku. Afin d’anoblir cette pratique du photographe, il nous est stipulé qu’elle puise son origine dans un art martial qui voulait attacher ses prisonniers sans les blesser. Cependant, il apparait très vite que les femmes immortalisées par Araki ne s’assimilent pas à des guerrières faites prisonnières.

La dimension sexuelle n’est pas gênante, bien que provocante. Araki dévoile les poils pubiens avec beaucoup d’humour en les coiffants. Le poil pubien est bien un tabou pour les Japonais (et pas qu’eux…), une chose d’une vulgarité extrême. Ces premières photos lui valurent la censure et la fouille de son appartement. Peut-être cachait-il une réserve de poils pubiens au fond d’un tiroir ?

Les visages des femmes scrutent l’objectif. Ils nous fascinent autant que leurs corps malmenés par les cordes.

Ces séries sont entrecoupé des photos du journal intime d’Araki. On n’y trouve presque un équivalent d’Instragram. Tout est capturé par l’objectif, qui est un appareil argentine, soit dit passant. Les chats, la nourriture, les rencontres, etc. Il s’agit pour le photographe à la fois d’une documentation et d’un jeu. Il se met en scène. Certaines photos ne sont d’ailleurs pas de lui, puisqu’il y apparait. On le voit en compagnie du réalisateur Jim Jarmusch (Ony loves left alive). Récemment, Lady gaga a été photographiée par Araki selon la méthode du Kinbaku. Le photographe est devenu est un phénomène.

Installé et reconnu, chacune de ses œuvres apparait comme un chef-d’œuvre. Pourtant, ces dernières photos peintes ne m’ont pas convaincue. Une « rencontre des médiums » vaine. Araki reprend ses photos pour les peinturlurer selon une mode toute contemporaine. Il est difficile de ne pas songer qu’il cache son incapacité à se renouveler.

L’exposition se termine sur des photos de ciels et l’œuvre réalisée et présentée en exclusivité pour le Musée Guimet, qui m’a laissée indifférente.

picture-133Tel est le propre des rétrospectives, montrez la carrière, les évolutions brillantes et décevantes. Araki a aujourd’hui 75 ans et est atteint d’un cancer. Ces dernières années ne donneront sans pas des choses qui m’intéresse. Cependant, il aura démontré la beauté froide du sexe, pas déplaisante à regarder.

Araki, Musée Guimet, du 13 avril au 5 Septembre
Commissaires : Jérôme Neutres et Jérôme Ghesquière

Site
Ca ne coute qu’un demi bras : 9,50 (plein tarif)

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