Dakar 66 : Festival mondial des arts nègres

Dakar66bisLa semaine dernière, le soleil brillait encore, je suis allé me promener dans le champ de phallus qui sert de jardin au Musée du Quai Branly. L’institution — fondée par notre meilleur Président, Jacques Chirac et lui dédient une exposition « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures » — n’est pas un musée comme un autre, puisque les objets exposés n’ont pas pour première vertu d’être artistiques, mais les témoins d’autres cultures. Ce n’est pas pour explorer le dialogue des cultures vu par Jacques Chirac que je m’y suis rendue, mais pour Dakar 66, un retour sur le premier Festival mondial des arts nègres.

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Ce Festival s’est tenu à Dakar au Sénégal en 1966 sous la houlette de son Président Léopold Sédar Senghor et la Revue Présence africaine, fondée par Alioune Diop. Le Président franco-sénégalais entretient des liens particuliers avec l’indépendance. En effet, il participe à l’indépendance de son pays tout en étant un collaborateur du gouvernement français. Senghor est un politique. Sa carrière le conduit dans les hautes sphères puisqu’il devient ministre sous De Gaulle de 1959 à 1961. On peut estimer qu’il incarne la difficile transition vers l’indépendance des pays colonisés c’est-à-dire une autonomie officielle et le maintien de liens très fort avec la métropole.

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Alioune Diop connait un parcours a priori similaire, Franco-Sénégalais, il se lance dans quelques activités politiques, mais c’est dans l’animation culturelle qu’il est reconnu. Son travail consistera à rassembler les artistes noirs et à militer pour leur reconnaissance. Il sera également à l’origine du Congrès des écrivains et des artistes noirs, qui se tient en 1956 à La Sorbonne.

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L’exposition nous présente de manière liminale ces personnes, qui sont certes célèbres, pour se concentrer sur le contexte précis de cet évènement : le Festival mondial des arts nègres. Nous sommes en 1966, d’un côté les indépendances s’enchaînent, de l’autre la guerre froide se poursuit. Ce dernier élément semble avoir pesé dans l’organisation ou tout du moins dans sa réception.

1On apprend donc que la délégation d’artistes noirs américains a été financée, à leur insu, par la CIA. On apprend également que l’URSS a participé activement aux préparatifs et à la promotion du Festival. Les Soviétiques ont dépêchés un réalisateur qui a tourné un film sur le Festival en couleur.

Le Festival des arts nègres nous est présenté dans sa dimension politique. Le déroulement en tant que tel est mis de côté. Deux documents nous sont proposés le programme et le film. L’exposition se concentre sur les tensions politiques celle d’une organisation très proche de l’ancienne métropole et la Guerre froide. Loin d’un discours apologique, il nous est démontré le chemin de croix qu’est celui de l’indépendance, un pas en avant deux pas en arrière.

Courte, mais efficace, Dakar 66 n’est pas sans rappeler l’exposition « Modestes Tropiques, Hervé Dirosa », c’est-à-dire un regard déconstruisant le discours occidental. L’ethnocentrisme n’a pas sa place, en somme un beau travail anthropologique.

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Dakar 66, chronique d’un festival africain, musée du Quai Branly, 16 février – 15 mai
Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives du musée du quai Branly
Dominique Malaquais et Cédric Vincent, coordinateurs de PANAFEST archive

9 boules l’entrée, oui, oui, tu as bien lu : 9 BOULES!!!

 

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