Sauvons les humains

Défaite des maitres et des possesseurs m’a attiré l’œil par son dispositif : renversement de l’espèce humaine par une autre. Les êtres humains rejoignent les rangs d’animaux mal traités et ignorés. Je ne suis pas la première à me jeter sur ces auteurs de littérature blanche qui s’égare vers de la science-fiction ou le policier en quête d’un souffle nouveau. Cependant, le propos de l’auteur m’intéressait beaucoup. J’avais lu une tribune de sa part dans l’Humanité critiquant efficacement l’exploitation animal. Le propos était donc de circonstance.

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L’histoire débute par la disparition d’Iris, l’humaine de compagnie de Malo Cley, un représentant de cette nouvelle espèce qui nous a conquis.

Message ne dévoila pas son dispositif d’entrée de jeu, la 4ème de couverture s’en charge elle-même, et le procédé est efficace. On entend les mots de Malo et l’on sait qu’il ne s’adresse pas à un égal. Durant ces premiers pages, tout passe par le langage. Il n’y a rien d’autre, pas d’actions, pas d’autres personnages, seulement Malo Cley face à sa perte. Celle-ci est évidement douloureuse, car il est attaché à son humaine de compagnie. Cette attachement est cependant perturbant car les mots sont condescendants, dénué de respect. Les paroles de Malo marque l’attachement à une présence, à un être qui lui fait du bien sans aucune considération pour cette être. Cette position se nuance au fil de la lecture puisque Malo rejoindras l’entre deux. Seul et unique narrateur, c’est par lui que passera notre perception de ce monde.

Le dispositif de l’auteur agit comme une loupe. En quelques jours et à partir de quelques faits, Message se donne la mission de nous alerter sur les méfaits de l’exploitation des animaux. La société nous est dépeinte avec sobriété, défaite de ses biens de consommations qui la caractérisent. Nous ne croisons que des personnes utiles à l’histoire. Nous ne savons pas comment ils sont habillés ou à quoi il ressemble. Il y a une dimension salutaire à ce choix, on ne peut pas s’y perdre et en même temps je l’ai perçu comme un affaiblissement de la critique. Tout cela se réduit à peu de chose. L’exploitation animée n’est d’ailleurs abordé que sous deux angles : les animaux de compagnie et l’alimentation. Le divertissement, le cuir et la fourrure, l’usage des sous-produits animaux est complètement passé à la trappe. L’histoire semble rester à la surface de l’eau, ne s’attaquer qu’au sommet de l’iceberg, finalement, ne traiter que de sujets déjà bien installé dans l’actualité.

L’analogie proposée par Message ne peut se targuer d’exactitude. L’humains sont dépeins comme une espèce réglementé et crainte. Les animaux de compagnie en France ne sont pas réglementé ce qui est vraie problème : possibilité de les abandonner, de ne pas les soigner etc… Ils ne sont pas craints comme une force de renversement politique tout du moins. Le sort des êtres humains parait toujours plus enviable car ils ont le rôle de l’ennemi vaincu. Leur domination a un sens. Message nous fait comprendre clairement que la défaite des hommes n’a pas libéré les autres animaux et ces derniers sont tout à fait accessoires à l’histoire. Malo Cley veut bien arrêter de manger des humains, mais pas les autres ?

Cette sobriété de l’histoire s’accompagne d’un deuxième effet celle du tête-à-tête entre les personnages et la nature. Cela pourrait être politique, le retour à la nature, mais les métaphores sont plutôt consternantes de naïvetés et de clichés.

Enfin dernier élément dommageable, le rôle social attribué au personnage principal est un stéréotype fermé, homme d’une cinquantaine d’année, divorcé et malheureux. Il ne lui manque qu’un certain penchant pour l’alcool. Malo est également fonctionnaire, il travaille pour un cabinet ministériel. C’est un élément important de l’histoire, mais c’est aussi un point d’achoppement. Malo Cley a foi dans la puissance publique lorsque son illusion tombe il fuie comme tétanisé par cette révélation. Là encore, on reste à un niveau très convenue de la critique social et de l’engagement.

Le procédé utilisé par Message m’a rappelé Trepalium. L’enfermement dans le dispositif, plutôt ingénieux, finie par étouffer le propos. La dénonciation est à peu près au point, mais la perception du monde critique, de personne militante est caricaturale. Comme s’il n’y avait pas d’issu, pas de lendemain. La société est coincée entre des politiques satisfaites de leur domination et des extrémistes qui n’inspirent que le désespoir. On pouvait pardonner le cabotinage de Trepalium, qui avait le mérite d’apporter une critique du travail sur un médium peut subversif. Défaite des maitres et des possesseurs n’a pas cette excuse. La littérature française est plutôt au point en termes de critique sociale et de prospective.

Défaite des maitres et des possesseurs, Vincent Message, Le Seuil, 2016, 304p.
18€

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