Persona, étrangement mauvais

Personna promettait d’explorer les limites poreuses entre humain et inhumaines. Cette exposition devait nous parlait de ces choses et de ces êtres à qui des caractéristiques humaines avait pu être attribué. Notre imagination s’envolait vers le transhumanisme sans savoir où cela nous mènerait.

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D’entrée de jeu, nous soupçonnons que nous n’irons nulle part. La scénographie spectaculaire rideau noir et lumière tamisée ne nous sauvera pas de la vacuité. Le visiteur est accueilli par une vidéo d’un clown/mime jouant sur le visible et l’invisible. Ecrits quelques centimètres à côté  : «  Qui est là  ?  »

personna4Les pièces suivantes sont petites et abritent tout à la fois des sculptures retrouvées en Calédonie à côté de dessein de Moebius (La Faune de mars), des expériences psychocognitives sur la personnalité des formes géométriques, des peintures classiques et contemporaines. J’ai bien reconnu quelques Pokémons.
Au fil de la progression, on se rapproche du drame. Le fatras ne peut nous mener qu’à plus de fatras. Le quai Branly nous sert donc un peu de spiritisme et puis une intelligence artificielle et encore un peu d’art moderne. Sans oublier la collection de phallus en bois…
Cela se termine avec une peluche pieuvre rosâtre géante et animée. Notre consternation est à la hauteur de la taille du monstre.
On a une pensée pour cette petite exposition Dakar  66, qui relate le déroulement du premier Festival des arts nègres — à Dakar donc et en 1966 donc – dans le contexte de la guerre froide. Elle se trouve perché dans la mezzanine, un bel espace d’environ 40m2.

personna5Surtout, le quai Branly, musée d’anthropologie, démontre encore une fois son regard ethnocentrique où la culture des autres ne semble servir qu’à mettre en avant la culture occidentale.
Dans Persona, il n’y a que du divertissement. Tout se mélange dans cette exposition  : art, culture et science. On rit bien durant le parcours face au robot supposé sortir les courses de nos sacs ou en communiquant avec ELYZA, programme informatique créée dans les années  60 ne sachant que poser des questions sous la forme d’une psychothérapie.
Persona semble monter comme une fête foraine. Plein de choses, beaucoup vide pour un prix excessif, mais tous public  ! (Sauf pour la collection de phallus en bois)

Ce n’est pas la première fois que le Quai Branly se trompe de mission, habituellement il se montrait plus subtil dans sa manipulation des objets de culture dont il est le responsable. Les visiteurs noteront qu’un couloir de l’exposition regroupe quelques centaines objets posés là. Une rencontre culturelle plutôt hasardeuse…

rose4La vision des cultures «  autres  » est une affaire délicate surtout pour un ancien empire colonisateur. Le Quai Branly ne facilite pas les choses. Sa présentation des cultures correspond à une sanctification des cultures. Chaque objet présenté est mis en avant comme de l’art, même s’il s’agissait en fait d’un objet du quotidien. D’ailleurs, si l’on suit le parcours par continent, on remarque que personne ne s’est donné la peine de légender les objets. À quoi cela sert-il  ? Quelle époque  ? Quelle population  ? Rien. Le musée se cantonne à nous donner l’air géographique.

Rappelons à toutes fins utiles que le Musée des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques est sous la double tutelle du Ministère de la Culture et du Ministère de l’Enseignement supérieur que son rôle définit par lui-même, est de «  donner la pleine mesure de l’importance des arts et des civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques  ».

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Mais que peut-on attendre de la part d’un musée voulu par Jacques Chirac, inauguré en présence de l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, à la vision tout ethnocentrique et bienfaisante des sociétés dites «  sans écriture  »  ?
Que peut-on attendre d’un musée dirigé depuis 16 ans par la même personne, Stéphane Martin  ? Ce dernier n’a rien trouvé d’autre à faire de son énième mandat que de nommer Judith de Warren (héritière de la famille Taittinger et belle-fille du secrétaire général de l’Élysée) directrice adjointe au mécénat (Cf: A la culture, copinages, magouilles et renvoi d’ascenseur, Laurent Maudit, Mediapart, 17 mai 2016).

On espère beaucoup de chèques pour le Quai Branly, avec des expos comme Persona on ne doute pas trop.

Persona, étrangement mauvais, Quai Branly jusqu’au 13 novembre.
Commissaires :
Emmanuel Grimaud, anthropologue, chargé de recherche au CNRS
Anne-Christine Taylor-Descola, directeur de recherche émérite, CNRS

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