Le jeu du fascisme

En 1936, les gauches se sont réunis sous le nom de Front Populaire. Cette coalition des partis de gauche se place dans le contexte de l’après crise de 1921 et la montée du fascisme. 
J’avais repéré l’exposition présentée à l’Hotel de ville et dédié à cette période depuis quelques temps sans avoir le temps de m’y rendre. Une manifestation sauvage avait vaguement court à proximité, nous étions à côté, cerné par une vingtaine de camions de CRS. Nous nous sommes donc retrouvé devant l’Hotel de ville guettant une manifestation déjà dispersée. Profitant de ce temps libre, nous avons fait un petit détour. Trois check points plus tard, l’exposition se déroulait sous nos yeux dans une ambiance tamisée.

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Fred Stein

Dans cette exposition, nous retrouvons des figures devenues célèbres : Henri Cartier-Bresson, Robert Cappa, Willy Ronis etc…
Point intéressant, ces grandes figures sont concurrencé par quelques anonymes, qui n’ont pas à palir.

Nous visitons les manifestation violentes opposant communistes et fascistes, les occupations d’usines et les premières vacances de beaucoup de Français. Cette dernière partie, fort jolie, n’est pas la plus intéressante.

Il est plus édifiant de revisiter la politique de l’époque et ces modes d’expression. D’un côté des conflit violent entre les militants de droite et de gauche et de l’autre la joie d’une liberté retrouvée. On voit des bals organisées au milieu des usines occupées. Ce dernier point est le plus frappant, comme si la lutte pour l’amélioration de ses droits n’étaient pas uniquement une peine. Les manifestations, finalement peu encadré par les organisations, sont denses et loin du rituel ordonné au quel nous avons droit depuis quelques années.

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Michel Cerf

On peut également souligné que si aucune femme photographe n’est présente dans cette exposition, elles sont toutefois bien présentes dans les grèves.

Il était très étrange de visualiser ces images en même temps que se déroulait l’une des plus pathétique manifestation au quel j’ai pu assister. Quelques milliers de gens réunis pour tourner en rond convaincue de l’utilité de l’exercice.

 

 

Le Front populaire vu par les grands noms de la photographie, Hotel de ville, 19 mai au 23 juillet. 
Gratuite

L comme lourdeur

Le nouvel Attila s’est fendu d’un SP à l’adresse de la salle 101. Enthousiasmée, je me suis empressée de détourner cet objet. J’en fus pour mes frais.

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L titre simple et sobre est un policier. Cela commence très mal avec l’introduction d’un des narrateurs principaux. Cet homme s’adresse à vous comme le dernier des goujats. D’ailleurs, sa première interaction avec le genre féminin ne laisse pas de doute. La femme n’est là que pourrait être séduite et il est de sa tâche de relever le défi.

Toutes les relations entre les personnages sont construites sur le modèle de la séduction. Il n’y a pas de mot suffisamment beau et sophistiqué pour décrire leur univers, mais essayons quand même.

Nous sommes à Paris dans les années 2000, a priori 2008, la capitale est toute aussi charmante qu’au siècle dernier ou du moins autant que le siècle dernier a bien voulu la décrire.
On se promène de quartier en quartier riche, les Tuileries, le Quartier latin. Ces derniers ne sont pas riches, bourgeois, capitalistes, ils sont pleins de bon gout.
Car notre enquête nous emmène chez les traders et les marchands d’arts. On se rassure à part une ou deux lignes sur les méthodes de ventes chez Christie » s, rien ne sera vraiment exploré de ces univers. Ce n’est pas l’enquête qui semble intéresser l’auteur, mais le geste. Le lecteur perçoit bien qu’il a travaillé son style. Les débordements de signes extérieurs de « culture » intérieure sont à peine étouffants. D’ailleurs, on peut aller jusqu’à dire qu’il ne s’agit pas de culture, mais d’un raffinement vain, qui cache mal l’imposition de standard d’une culture particulière.

La seconde narratrice est une femme, celle-ci est encore plus agaçante. Ce personnage n’existe que par les manières qu’elle se donne. On retiendra cette page de description de la préparation du gigot. Madame, célibataire, après sa sieste sort du four sa pièce de viande et la mange.

L’enquête se résout presque d’elle-même sans le moindre intérêt.
Un condensé de clichés fort déplaisant, disons rétrograde.

L, Thibaut Klotz, Le Nouvel Attila, 2016
20€

De l’alcool et des hommes

Je reviens avec Alain Mabanckou. J’en avais parlé lors de sa leçon inaugurale en mars dernier cependant. Je ne connaissais pas son œuvre. En pillant une librairie, j’en ai acquis quelques-unes notamment Verre cassé paru en 2005. 

9782020849531

Verre cassé est un homme, un Congolais et il erre au Crédit à voyager, un bar dans le quartier de trois-cents. Le patron lui a mis un carnet entre les mains et maintenant il note. Il écrit ce que les clients lui racontent. Ces récits sont ceux d’homme brisé et perdu. C’est un peu comme si vous interrogiez le SDF à la sortie du métro. On découvre qui ils ont été avant de devenir des « fantômes ».

La première partie est drôle, les paroles rapportées grandiloquentes. Dans la seconde partie, Verre cassé se raconte. On remonte son histoire, on cherche la cassure. Elle semble avoir toujours été là.

Chacune des vies racontées accorde à la femme une position prééminente. Elles sont le centre des existences, font et défont les hommes. Verre cassé nomme son ancienne compagne « diabolique ». La figure de la mère apparait comme un totem abimé. Cette vision nous laisse perplexes. On se perd dans des perspectives uniquement masculines. La seule femme a fréquenté assidûment le Crédit à voyager ne nous racontera pas son histoire. C’est dommage, car on imagine bien qu’il n’y a pas que la vie des hommes qui se brisent.

Cela ne retire rien à la prose de l’auteur. On peut saluer la prouesse de l’auteur qui parvient à rédiger un texte fluide et rythmé sans le moindre point. Sur la forme, il s’agit vraiment de note et pourtant le texte semble bien trop travaillé et poétique pour un brouillon rédigé sur un coin de table.

Le rapport à la culture et au savoir est étrange. Verre cassé est un savant, ancien instituteur. On nous épargne donc l’ignorance crasse. Verre cassé fait partis de l’élite, un aristocrate chez les vagabonds. Il nous emmène dans ces divagations. Si on ne doutait pas de sa rationalité en racontant la vie des autres, sa propre histoire est embrumée. Ce qu’il nous raconte est-il vrai ? Est-ce la manière dont il a vu les choses se passer ?
Rien ne semble pouvoir ramener ces hommes qui sombrent et attendent de sombrer plus.
Un conte bien triste sur les rêves devenus illusions.

Verre cassé, Alain Mabanckou, Seuil, 2005
6,90€

Des idées et des hommes

Sur mon lieu de vacation habituel, une librairie, l’Encre bleu, a enfin rouvert ses portes. Je me suis donc empressé d’aller jauger la marchandise. C’est là-bas que j’ai trouvé Défaite des maitres et des possesseurs ainsi qu’un magnifique ouvrage de photographie Avant l’avant garde chez les éditions Textuels. Ils sont dotés d’un rayon jeunesse (où j’ai pu retrouver Chien bleu !) et BD où j’ai donc trouvé Manifeste incertain de Frédéric Pajak. Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais, mais c’était peut-être plus intéressant et déroutant. 

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Frédéric Pajak est un écrivain, assez reconnu. Il compte une petite vingtaine de livres publiés et quelques prix. Le Manifeste incertain est sa première excursion concrétisée dans la bande dessinée. Le format n’est pas entièrement classique et le rapproche du roman graphique. Le texte et le dessin cohabitent sans toujours se rencontrer. Il n’y a pas de personnage. L’histoire est la grande histoire des années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale.

L’auteur nous fait part à la fois de son sentiment sur cette époque, qui peut sembler bien atypique aujourd’hui, tout en nous présentant Walter Benjamin et la scène intellectuelle européenne.

On se perd un peu dans tout ça. Le texte est succinct et la pensée de l’auteur ne brille pas par sa profondeur. Cependant, on se laisse aller lorsque l’on entre dans la dimension purement biographie de W. Benjamin.

Les idéologies se croisent. On n’y plonge jamais. L’auteur ne les traite pas de front. Elles sont saisies par le prisme des sentiments. Comme si les idées ne suffisaient pas à motiver les actions des individus. Il s’en dégage une profonde frustration et on se demande si l’on ne ferait pas mieux de lire W. Benjamin nous même.

Ce pendant ce retour en arrière faussement nostalgique n’est pas déplaisant et je jetterais sans doute un œil au second tome dans l’espoir de me faire une idée plus précise de l’objet.

Manifeste incertain, Frédérik Pajak, Editions noir sur blanc, 2012
23€

Bilan : Mai 2016

Je poursuis l’errance. Je saisis le temps qui file. Ce mois-ci, j’ai pu en garder un peu pour moi.

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BD : Rien

La bande dessinée est la grande absente de ce bilan. J’avais prévu de me replonger dans Tanks Girl. J’en gardais un bon souvenir de jeunesse. En fait, ce n’est pas possible. J’ai lâché au bout de quelques pages. Délires adolescents maquillés par une pseudo-punkitude.
Pour le mois juin, je vais tenter de me lancer dans la série du Manifeste incertain de Frédérik Pajak, qui après la lecture du premier volume me laisse incertaine, mais pourquoi pas ?

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Film :

The nice guys, Shane Black, 2016
X-Men, apocalypse, Brian Singer, 2016

Côté film, je ne l’ai pas joué les grandes aventurières. C’était doux, facile et un peu fasciste.

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Expos :

Araki, Musée Guimet, du 13 avril au 5 septembre 2016
Dakar 66, chronique d’un festival africain, musée du Quai Branly, 16 février — 15 mai
Personna, étrangement humain, Musée du Quai Branly, 26 Janv. au 13 Nov.
Fernell Franco Cali Claire obscur, Fondation Cartier, jusqu’au 5 juin, 10 €

J’ai quand même bougé mon arrière-train. Je peux dire que côté exposition je n’ai pas vu de la merde. Pour le mois de juin, cela semble se tarir un peu.

Lives :

Défaite des maitres et des possesseurs, Vincent Message, Le Seuil, 2016
La maison dans laquelle… Mariam Petrosyan, Monsieur Toussaint Louverture, 2016
Les blancs, les juifs et nous, Houria Bouteldja, La Fabrique, 2016
Les Tifs, Charles Stevenson Wright, Le Tripode, 2016
les.tifs_couv_wLes lectures sont reparties au plus fort. J’ai enfin achevé la maison dans laquelle ? J’ai mis de ce les lectures chiantes consacrées à l’édition. La littérature noire et politique et réapparue et cela ne devrait pas s’arranger dans les prochaines semaines. Le mois de juin a été entamé par le truculent satyre de Georges S. Schuyler Black no more et je poursuis avec Verre cassé d’Alain Mabanckou. Je pourrais m’attaquer directement aux grands maitres Aimé Césaire et Franz Fanon, mais je préfère leur tourner autour encore un peu pour les amadouer.

Cali, Colombie, 3 829 hab/km2, 542 km2

Le retour des expos terminé! Vu avant l’avant dernier jour. Il faut dire que j’ai hésité longuement avant de me décider découvrir la rétrospective sur Fernell Franco, cette obscur inconnu. Je n’avais jamais entendu parler du monsieur. Les information a son sujet n’est point prolixe. Né 1942 et décédé en 2006, colombien, a vécu à Cali, d’où le nom de l’exposition…

Visuel-Com-FrancoL’internet offrait peu de renseignement, une ébauche d’article en espagnol sur wikipédia et une interview de sa fille, à peine plus éclairante.

Lorsque j’arrive à la Fondation Cartier une dame me propose une visite guidée gratuite, j’accepte! Et intérieurement, je pense vu le prix encore heureux que c’est gratuit!

Aux premiers mots de la jeune étudiante, qui-bosse-pour-payer-ses-études-loyer-nouilles-lyophilisé, que les visites guidées sont un peu comme les quatrième de couverture. Il ne faut pas les écouter, ne pas les lire, en fait les ignorer royalement est l’attitude la plus saine. Je vous passe les détails de ce désastre.

Je me suis donc débrouillé toute seule errant dans les pièces et entre les photos.

fernell_franco-expo-300x287Rangé par série, l’exposition est très cohérente. Nous débutons par la première exposition de Fernell Franco  intitulé « prostitutas ». Elles sont prises dans le quotidien et l’intimité des prostitués. L’approche documentaire est encore bien présente, mais F. Franco commence à expérimenter par le collage et en jouant sur le degré d’exposition.

Chaque salle correspond à une série, la progression est chronologique et nous pouvons voir la technique du photographe évolué. Le regard journalistique s’efface progressivement et les images sont de plus en plus transformé.

Serie Billares, 1985. Tirage gelatino-argentique, 13,9 x 22,1 cm. Tirage dA’epoque, rehausse par lA’artiste. Collection privee

Il y a d’abord la couleur, qui n’est pas toujours utilisé pour le meilleur. L’une des dernière série s’intitule Destruciones, elle est peut-être la plus touchante de l’exposition. Ce sont des vus de la ville de Cali sur lequel F. Franco n’a pas posé de fixateur. L’image est voué à disparaitre. En fait, il a du la fixer à un moment donné puisqu’il en reste des traces. Ces images sont très belles. Elles sont dépourvus de toute dimension documentaire. Il s’agit uniquement de la vision de Fernell Franco. Ce genre de modification me parait souvent bien artificiel et vaine. Cependant, leurs présentation au milieu de l’oeuvre de l’artiste leur donne un sens. Elle garde une dimension grave. Elles n’ont pas pour but d’esthétiser un paysage, mais plutôt d’accentuer le sentiment que cette vue a pu susciter.

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Fernell Franco Cali Claire-obscur, Fondation Cartier, Jusqu’au 5 Juin, 10€