La maison dans laquelle…

La maison dans laquelle est l’un des ovnis proposés par la maison d’édition, Monsieur Toussaint Louverture. Jusqu’à présent, je ne mettais pas trop pencher sur les ouvrages de cette maison, généralement épais et peu accessibles. Je n’avais lu que Zuleika Dobson de Max Beerbohm paru en 2010, une frasque sur le milieu étudiant, plus précisément oxfordien, délectable de méchanceté envers les relations amoureuses.
La maison dans laquelle ne se situe pas du tout dans cet esprit. La maison dans laquelle est une épreuve d’endurance auquel le lecteur doit se plier. La maison dans laquelle demande du temps pour comprendre son fonctionnement. À la lecture, les sentiments se partagent. Que nous inspire ce lieu ? Quel est-il ?

La_maison_dans_laquelle

Il est avant toute chose le fruit du travail de Maryam Petrosyan, de nationalité arménienne le livre est cependant rédigé en russe. La maison dans laquelle est le grand récit de l’auteur paru dans sa version originale en 2009.

De manière prosaïque, la maison dans laquelle est un pensionnat spécialisé dans l’accueil d’enfants handicapés. Les handicaps sont variés et peu décrits, car ils sont la norme.

Une lecture prosaïque ne vous mènera pas bien loin dans votre lecture, car La maison dans laquelle ressemble plutôt à un Poudlard qui s’ignore ou encore au Labyrinthe de Pan (Benicio Del Toro, 2006). La maison est un univers à part entière. Ces résidents rejettent radicalement l’extérieur allant parfois jusqu’à nier son existence ou de manière plus subtile à l’intégrer à la maison. Ainsi le dehors devient le dedans et vice versa. En chassant l’extérieur, le monde adulte se voit marginalisé. Les adultes sont d’ailleurs peu présents dans le roman. On voit dans les interactions enfants/adultes une frontière se dessiner, deux entendements incompatibles. La prouesse de l’auteur sera de permettre eux lecteurs de cheminer entre les deux.

Le monde des adultes ne réservant que peu de mystère, on peut s’interroger sur cet univers créé de toutes pièces. Les enfants se sont dotés d’une structure plutôt forte avec une hiérarchie et des règles. Tous sont répartis en groupes numérotés, mais bénéficiant aussi de surnoms : les rats, les chiens, etc. Leur but est d’amener à une parfaite intégration à La Maison, de faire corps avec son esprit.

Deux personnages récurrents vont nous permettre d’entrer. Nous rencontrons d’abord Fumeur rejeté du groupe 1 dès le premier chapitre pour port de chaussure trop ostentatoire et incompatible avec son groupe Les Faisans. Il intégrera par la suite le groupe 4, clairement en haut de la chaine alimentaire au sein de La maison. Son expérience est ambivalente. Il ne semble jamais accepter les règles de La Maison, tout ceci lui parait un jeu, une mise en scène.
De l’autre côté, nous avons Sauterelle, arrivé quelques années avant Fumeur. Après des débuts pénibles, il s’empare de l’esprit de la maison ou l’inverse. On ne sait pas trop.

Ces deux parcours ne sont pas des initiations, mais des points de vue qui permettent au lecteur d’entrer, d’abandonner notre vision « adulte », rationnelle et froide, pour accepter une autre logique. C’est une plongée couteuse. La maison n’est pas un lieu enchanteur à chaque page. Elle sait montrer tout à fait hostile.

Le monde conçu par les enfants de La maison les dépasse. Il ne s’agit pas seulement de grandir, mais d’apprendre à survivre. Le monde extérieur ne les prive pas seulement d’une vie « normale ». Il les dépossède de ce qu’ils sont et ont créé, une manière d’appréhender ce qui les entoure.

La maison dans laquelle… Mariam Petrosyan, Monsieur Toussaint Louverture, 2016
24,50 euros

Une réflexion sur “La maison dans laquelle…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s