Où sont les femmes?

Je cède aux affres de la polémique en lisant Houria Bouteldja. La porte-parole du Parti des Indigènes de la République était, à mes yeux, plus connus pour émouvoir les spectateurs de l’émission « ce soir ou jamais » à coup de phrase-choc, que pour un discours antiraciste construit. Lorsqu’elle sort un livre à La Fabrique, je me dis ça y est on va voir ce qu’elle a dans le ventre. Qu’a-t-elle à dire ?

 bjn

Découpé en chapitre destiné à des parties de la population : blanc, juif, femme indigène et indigène, ce pamphlet est porteur d’une parole passionné et poétique. L’esthétique de la prose l’emporte sur le développement du discours. Nous sommes là pour parler avec Houria, pour s’entendre.

Dans une certaine mesure, son discours est évidemment audible et presque banal à mon sens. Lorsqu’elle parle des blancs et annonce qu’il nous faudra renoncer à nos privilèges pour concevoir concrètement l’égalité. Certes.
Lorsqu’elle s’adresse aux juifs et annonce qu’il va falloir arrêter d’agiter l’épouvantail nazi et se confronter à la société destructrice qu’Israël construit chaque jour. Certes.
Lorsque l’on arrive aux indigènes, femme ou non, je dévie.

Ces notions de blancs, juifs et indigènes sont des construites sociales. Houria Bouteldja nous prévient en début de l’ouvrage. Je la crois. Le souci n’est pas dans l’essentialisation, il est dans la construction. Il semblerait que l’auteure souhaite que ces groupes se construisent et s’opposent : d’un côté, le bloc blanc occidental, de l’autre les indigènes orientaux. Pour cela, il faudrait que le second bloc ait quelque chose à opposer. Il faudrait que le capitalisme ne l’ait pas pollué, qu’il ait pu ou su se protéger. Un postulat dont je doute fortement.

Le deuxième souci est plus grave, il concerne la vision de la lutte des femmes. Houria Boutelda la relègue au second plan, faisant priorité à un combat communautaire, de race. Il est vrai que la femme blanche n’avait qu’un opposant : l’homme blanc. La femme indigène s’oppose à la fois aux hommes indigènes, mais aussi blancs. Il y a au moins trois personnages dans son conflit, mais Bouteldja n’aime pas les triangles, figure complexe. Elle choisit de s’aligner sur sa communauté face au blanc, sans doute pour maintenir la pureté de l’opposition des deux blocs. Elle explique son choix par une analyse de la domination masculine chez les indigènes comme le résultat de l’oppression des blancs sur les hommes indigènes. D’un côté, les indigènes auraient su conserver des pans de cultures, de l’autre sa vision intime des rapports avec leurs femmes aurait été contaminée par les blancs. On sent le bloc se fissurer.

L’argument ne tient pas. Il n’est pas souhaitable non plus. Les blancs, les juifs et nous dessine un affrontement binaire entre catégories raciales et/ou communautaires, mais pas genré car il ne peut y avoir que deux camps sur le champ de bataille.

Bref, un appauvrissement global de la pensée et de l’horizon.

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