Des noirs et des suprémacistes

Comme chantait le Johnny national avant d’entrer en phase de décomposition avancée : « noir, c’est noir, il n’y a plus d’espoir ». Après le roman noir des années 60/70, je m’attelle au roman noir des années 30. Black no more est paru en 1931 sous la plume de Georges S. Schuyler. Les années 30 sont maintenant loin dernières nous. Sache qu’en 1931, Herbert Hoover (républicain) est président des États-Unis d’Amérique. Le pays tente de sortir de la crise économique de 1929. La construction de l’Empire State Building s’achève. Le mouvement des adventistes prend le nom de Témoins de Jéhovah. Al Capone prend 17 ans de prison et doit payer une amende de 50 millions de dollars pour fraude fiscale. Thomas Edison décède. Winston Churchill est renversé par un taxi. La ségrégation se déroule tranquillement. 

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Georges S. Schuyler n’est pas directement touché par les lois de Jim Crow puisqu’il vit dans le nord. Il travaille comme journaliste et à partir des années 1937, il entame une convention idéologique vers le conservatisme et l’anticommunisme. Avant cela, il nous livre Black no more une satyre qui touche les noirs, blancs et en particulier leurs élites réciproques.

Le postulat de départ n’est pas très éloigné de celui des Tifs de C.S. Wright. Il est toutefois peu probable que ce dernier ait lu Schuyler. Le revirement politique de l’auteur de Black no more l’avait placé à la marge. Un positionnement que son traducteur ne manque pas de nous rappeler. Infortunément, je ne pleure pas sur la marginalisation des conservateurs libéraux.
Pour en revenir au postulat de départ, Schuyler imagine un sérum permettant de transformer les noirs en blancs : peau blanche et cheveux blonds lisses. Le traitement n’agit pas sur les lèvres et les nez, nous souligne-t-on.

Les noirs se précipitent. Le traitement ne coute que 50 dollars. Ils abandonnent les crèmes blanchissantes et les salons de défrisages pour économiser le moindre centime et s’offrir « ce remède ». Cette transformation physique bouleverse la structure de la société. Schuyler s’intéresse particulièrement au groupe suprémaciste blanc et aux défenseurs des droits des noirs. Les premiers perdent un ennemi. Les seconds perdent leurs fonds de commerce.

Le personnage principal, Max/Matthieu Disher, est l’un des premiers à gouter aux joies de la blanchitude. Sa transformation lui permet de réaliser enfin ses rêves et de rencontrer le succès social.

La plume incisive de Schuyler n’épargne personne. Il y a tout de même ceux qui survivront et les autres. Le revirement politique de l’auteur est d’autant plus intéressant qu’il démontre un souci pour la condition sociale des individus. La peur des rouges dans le livre est tournée en ridicule. La grande cible de Schuyler est l’élite noire embourgeoisée. Il les accuse de jeter un regard condescendant sur les autres noirs, pauvres. La transformation chimique des noirs en blanc est certes perçue comme une trahison, mais une trahison contrainte par la volonté de survie. Les vrais traitres sont ces noirs qui doivent leurs enrichissements à la lutte pour le droit des noirs.

Cynique et cruel, Schuyler n’épargne ni les blancs ni les noirs. Il sait encore trouver des mots de condamnation pour le capitalisme qui mange toutes les cultures. Black no more n’a pas attendu le mouvement des droits civils pour critiquer le racisme et le monde terne des blancs. La lutte contre le racisme et pour les droits des noirs n’a pas attendu le mouvement des droits civiques. Pourquoi nous souvenons-nous d’eux en particulier ? Parce qu’il serait le courant vainqueur ? Les avis divergent. D’ailleurs la lutte des noirs est en fait très varié et lointain comme l’avait démontré Mumia Abu Jamal dans son essai We want freedom publié au Temps des cerises en 2011.

Black no more, Georges Schuyler, Nouvelles éditions Wombat, 2016
20€

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