De l’alcool et des hommes

Je reviens avec Alain Mabanckou. J’en avais parlé lors de sa leçon inaugurale en mars dernier cependant. Je ne connaissais pas son œuvre. En pillant une librairie, j’en ai acquis quelques-unes notamment Verre cassé paru en 2005. 

9782020849531

Verre cassé est un homme, un Congolais et il erre au Crédit à voyager, un bar dans le quartier de trois-cents. Le patron lui a mis un carnet entre les mains et maintenant il note. Il écrit ce que les clients lui racontent. Ces récits sont ceux d’homme brisé et perdu. C’est un peu comme si vous interrogiez le SDF à la sortie du métro. On découvre qui ils ont été avant de devenir des « fantômes ».

La première partie est drôle, les paroles rapportées grandiloquentes. Dans la seconde partie, Verre cassé se raconte. On remonte son histoire, on cherche la cassure. Elle semble avoir toujours été là.

Chacune des vies racontées accorde à la femme une position prééminente. Elles sont le centre des existences, font et défont les hommes. Verre cassé nomme son ancienne compagne « diabolique ». La figure de la mère apparait comme un totem abimé. Cette vision nous laisse perplexes. On se perd dans des perspectives uniquement masculines. La seule femme a fréquenté assidûment le Crédit à voyager ne nous racontera pas son histoire. C’est dommage, car on imagine bien qu’il n’y a pas que la vie des hommes qui se brisent.

Cela ne retire rien à la prose de l’auteur. On peut saluer la prouesse de l’auteur qui parvient à rédiger un texte fluide et rythmé sans le moindre point. Sur la forme, il s’agit vraiment de note et pourtant le texte semble bien trop travaillé et poétique pour un brouillon rédigé sur un coin de table.

Le rapport à la culture et au savoir est étrange. Verre cassé est un savant, ancien instituteur. On nous épargne donc l’ignorance crasse. Verre cassé fait partis de l’élite, un aristocrate chez les vagabonds. Il nous emmène dans ces divagations. Si on ne doutait pas de sa rationalité en racontant la vie des autres, sa propre histoire est embrumée. Ce qu’il nous raconte est-il vrai ? Est-ce la manière dont il a vu les choses se passer ?
Rien ne semble pouvoir ramener ces hommes qui sombrent et attendent de sombrer plus.
Un conte bien triste sur les rêves devenus illusions.

Verre cassé, Alain Mabanckou, Seuil, 2005
6,90€

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