Des formes et des couleurs

Durant ma prime jeunesse, le Centre Pompidou avait organisé une exposition organisée à Kandinsky. Pour une raison inconnue, j’ai toujours associé Kandinsky à Paul Klee. La première exposition m’ayant laissé un souvenir marquant, je me suis précipité à ma vitesse à celle consacrée à Paul Klee. J’ai pu notamment constater que les liens entre les deux artistes étaient plutôt ténus…

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p3_3_0L’exposition se découpe en plusieurs chapitres et débute par les dessins de l’artiste. Ceux-ci sont en effet assez drôle et ironique comme le souligne subtilement le titre. J’y ai retrouvé un peu le dessin de presse caricaturale. Paul Klee n’hésitait pas à se moquer du sexe et des rituels machistes. La partie la plus parlante, pour moi, a été celle du Bauhaus et de l’après-Bauhaus. Les formes se font plus géométriques sans jamais se départir d’une forme d’humour.En dernier lieu est présentée « une période » où la concurrence avec Picasso semble beaucoup l’influencer. Personnellement, j’ai commencé à décrocher, trop mystérieux à mon gout.

ob_15c64c_img-6305Je vais être assez succincte sur cette exposition dans lequel j’ai eu beaucoup de mal à glisser. Je ne me l’explique pas vraiment, car la présentation était plutôt bien fichue, certaines œuvres tout à fait touchantes. Je crois cependant mettre éloigne de cette forme d’art et de sa recherche esthétique. Un jour, je me plongerai sur la question du Bauhaus.

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Paul Klee, l’ironie à l’oeuvre, Centre Pompidou, du 6 avril au 1er Aout.
14€
Commissaire : Mnam/Cci, Angela Lampe

Un peu de magie

Il y a longtemps, je suis tombé sur une chronique plutôt élogieuse dans Bifrost de ce roman d’Hope Mireless. Je l’avais enfoui dans un recoin de ma tête jusqu’à tomber dessus en librairie. Sa couverture, dans un style particulier, me plaisait parfaitement. Je ne me souvenais plus du sujet, mais je cédais pourtant à l’appel. 

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Hope Mireless est une auteure peu connue. Elle est l’auteur d’un seul et unique roman : Lud-en-brume, qu’elle rédige à la fin des années 20. Ses éditeurs français lui construisent une petite légitimité intellectuelle par la fréquentation d’auteure connue de l’époque.

Concentrons-nous sur notre sujet, Lud-en-Brume est la capitale d’un royaume imaginaire qui partage l’une de ses frontières avec le pays de la faërie. Cet univers féerique a été mis de côté, voire oublié, par les habitants du Dorimare. La magie est devenue une source de crainte. Pourtant, il existe un trafic de fruits féerique entre les deux pays. L’histoire, qui prend son temps pour s’installer, démarre véritablement lorsque la jeunesse de Lud-en-Brume succombe aux fruits défendus. Tout cela se transforme progressivement en enquête policière.

Hope Mireless porte plus d’intérêt à ses personnages et à l’ambiance qui les entoure qu’aux péripéties. Elle fait cela avec un certain talent, car on plonge dans l’univers de Lud-en-Brume avec bonheur. Sous couvert d’un monde lisse et enchanteur, l’auteur présente un univers en faite terne dominé par la bureaucratie et les rapports marchands. Elle raconte la transformation de la société de l’aristocratie à la bourgeoisie. Les préoccupations sociales à Lud-En-Brume sont faibles. Hope Mireless ne pond pas un roman avant-gardiste. Elle déplore la perte d’un monde enchanteur où il y aurait encore la place pour la beauté et les sentiments. Les catastrophes s’abattent sur les personnages et à chaque fois, ils semblent en devenir plus humain. Le drame les éveille à la vie. Ils sortent de la passivité et affrontent leurs vies.

Lud-En-Brume n’est pas seulement nostalgique, c’est aussi un texte initiateur. Les personnages adultes sont tour à tour amenés à se questionner et à grandir, mais cette fois spirituellement. Il y a donc beaucoup de choses dans cette petite histoire qui se pare de l’anodin pour nous dire deux ou trois choses importantes.

Lud-en-brume, Hope Mireless, Calidor, 2015.
20€

Lore Kruger, photographe retrouvée

Je ne sais pas vous, mais je trouve que les expos de dernière minute ont un gout plus savoureux. Un gout d’in extremis, sans doute ? Ne me remercie pas pour cette introduction, ça m’a fait plaisir. 

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Portrait de Lore Kruger par Florence Henri 

J’ai hésité à aller voir Lore Kruger, j’ai aussi trainé des pieds, mais c’est moins intéressant. L’exposition qui la concerne était abritée par le Musée des arts et de l’histoire juive, ça m’embêtait un peu, parce que je soutiens la campagne BDS (Boycott, désinvestissement et sanction). Lore Kruger n’en restait pas moins un personnage intéressant. Elle est donc juive et fuis l’Europe dans les années 30 suite à la montée de l’antisémitisme. Cet « exil » l’amène à visiter plusieurs pays et surtout à rencontrer la photographe Florence Henri.

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Les talents de photographe de Lore Kruger ont été découverts tardivement. Certains clichés ont été définitivement perdus. Pour reprendre le fil de l’histoire, il faut savoir que la carrière de photographe de Lore Kruger démarre dans sa jeunesse, mais s’éteint bien vite après la guerre suite à des problèmes de santé, nous dit-on. 07_lore_kruger_fotogramm_1942_0

Les photos présentées ont été prises entre 1934 et 1944. Ce sont des reportages, mais aussi des expérimentations de l’artiste à travers des photogrammes.  Ces derniers n’ont que peu retenu mon attention. Les reportages ayant par nature ma préférence. On pouvait trouver dans cette exposition, également, quelques natures mortes, qui semblent témoignées de tâtonnement de l’auteur, assez intéressantes bien que les sujets soient des plus quelconques.

Au détour d’un commentaire, on apprend que Lore Kruger avec quelques affinités avec le communisme, une partie de ses connaissances rejoignirent les Brigades internationales pendant la guerre d’Espagne.

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Lore Kruger, une photographe en exil (1934-1944), Musée d’art et d’histoire du judaïsme, du 30 mars au 17 juillets
Exposition conçue par C/O Berlin Foundation, Cornelia Bästlein et Irja Krätke Commissariat de l’exposition
Nicolas Feuillie, musée d’art et d’histoire du Judaïsme

7€ pour les expositions temporaires.

De l’amour et de l’amitié

Cela faisait quelque temps que je n’avais plus pensé à Jane Austen. Dans ma tendre adolescence, j’étais tombé sous le charme de Keira knightley dans Orgueil et préjugé. Je  m’étais empressé de lire le livre, qui m’avait laissé sur ma faim. Si on s’autorise, quelques pensées le film aussi. Des femmes qui se cherchent de gentils maris, pas trop pauvres de préférence, je ne me sentais pas concernée. Pourtant, Jane Austen était prétendument féministe. Je suis donc passé à Raison & sentiments. Saluons, le talent de Jane pour les titres, je pense rebaptisé ce blog : Amour & compassion. Persévérant dans ma quête de compréhension, j’avais trouvé Lady Susan. Court roman épistolaire, Lady Susan est un œuvre de jeunesse, publié tardivement en 1871 après la mort de l’auteur (1775-1814). Des trois œuvres ce fut la plus marquante et peut-être la plus ambigüe dans mon souvenir. 

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Le mois dernier est donc sortie sur nos écrans une adaptation avec dans les rôles clés : Kate Beckinsale et Chloé Savigny. Je n’ai jamais estimé la première, mais la seconde… Big love, Hit & miss… et bien d’autres que je n’ai pas vus.

Lady Susan, personnage principal, est veuve et donc en quête d’une nouvelle situation c’est-à-dire un nouveau mari. Mère soucieuse du bien-être de son enfant, elle développe également des plans maritaux pour sa fille Frederica.
La mise en scène n’est pas sans rappeler Les liaisons dangereuses, le drame en moins. Love & Friendship se déroule comme une farce où les traits d’humour flirtent avec le grossier ; des manipulations trop évidentes.

On apprécie cependant les portraits qui nous sont dressés. Les hommes sont grands et beaux, mais si bêtes ou facilement impressionnables. Les femmes sont, aussi, grandes et belles, mais si soumises. Les possibilités d’évolution sont réduites et reposent sur le choix du mari. Love and friendship tourne autour tout du long. Lady Susan, volage et manipulatrice, n’œuvre que pour sa survie.

Love and friendship, Whit Stallman, 2016

Une subversive barbe

Le mois dernier, je découvrais Stephen Collins au cours d’Encore une partie de campagne gâchée par le crocodile. Depuis, je me suis procuré son grand œuvre, jusqu’à présent, La gigantesque barbe du mal.

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La gigantesque barbe du mal se déroule dans un univers dystopique qui n’est pas sans rappeler The Truman Show. Le récit nous conduira vers une tout autre problématique.
Stephan Collins reste sur les thématiques qu’il explore abondamment dans The Guardian : l’homogénéisation de nos vies, principalement. Cette fois, il ne s’y attaque pas frontalement ; fini les blagues sur les réseaux sociaux. La gigantesque barbe du mal use de la métaphore et du conte moral.
Le dessin est beau. Le jeu sur le découpage vient troubler un style classique, noir et blanc.
On peut sans douter regretter que le récit de Collins n’ait pas été plus ambitieux. Cette barbe est finalement peu touffue, trop peu pour complètement me charmer.

La gigantesque barbe du mal, Stephen Collins, Cambourakis, 2014, 28€

De la fin de la civilisation

En 2013, le Passager clandestin se lançait dans une entreprise qui me faisait sourire : la réédition de classique de science-fiction engagé. La collection Dyschronique présente des nouvelles et novella dans un beau format et vendue entre 4 et 7 euros. La matérialiste en moi ne peut s’empêcher de les considérer comme des petits livres de luxe. J’avais succombé à la tentation il y a quelque temps avec la tour des damnés, cette fois je parlerai de Frank Meriwell à la maison blanche de Ward Moore appâté par cette 4e de couverture : « Ward Moore imagine la machine politique ultime. »

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Frank Meriwell est un robot, il est également le candidat parfait. Sa perfection bat tous ses adversaires et comble les foules.
En plaçant, un robot à la tête des États-Unis, Ward Moore, démontre que la corruption n’est pas un accroc au système, mais son moteur.

Ward Moore est peu connu sous mes latitudes. Il est né en 1903 aux États-Unis, décédé en 1978. Selon la légende, il aurait été expulsé de son lycée pour avoir défendu des idées communistes.

Frank Meriweel à la maison, Ward Moore, Le Passager Clandestin/Dyschroniques, 2014, 6€. 

De l’art de la représentation de soi

capture_decran_2016-01-29_a_10.35.17_0Le retour des expos de dernière minute. Si je ne m’abuse au moment où j’écris ses lignes elle est entrain de fermer. Tu es content de le savoir ?
Cette semaine, j’ai vu Seydou Keita. Je faisais mon grand retour au Grand Palais, toujours dans le petit espace d’exposition, celui que j’avais tant détesté lorsque j’étais venu pour Lucien Clergue. Cette fois, l’espace est classique : simple et efficace. Soyons rassurés. Il est même possible de circuler à l’intérieur de l’expo. Incroyable. Passons.

mail-11._sans_titre_1952-56Seydou Keita est né en 1921 (décédé en 2001) à Bamako dans le Soudan français. Depuis, les choses ont changé la fin du colonialisme et le triomphe du multiculturalisme, etc. Par conséquent, le 22 septembre 1960, le Mali devient indépendant et Bamako sa capitale. Fini le Soudan français. L’exposition n’en fait pas mention. Du coup, tu peux faire le tour de l’exposition en te disant que Seydou Keita est Soudanais, bien sûr, cela te surprend parce que tout le monde te le présente comme un photographe malien. Tu pouvais même te dire que ça devait être dur d’être photographe commercial au Soudan, qui souffre quand même de guerres civiles régulières et du kidnapping d’enfants. En plus, le Soudan et le Mali ne se situent pas vraiment au même endroit. Enfin, le Soudan était une colonie anglaise. Passons.

Seydou-Keita-trois-raisons-d-aller-voir-la-retrospective-du-portraitiste-africainLe boulot de Seydou Keita est d’être photographe. Je disais plus haut commerciale, car sa démarche est, en apparence, assez peu artistique et surtout pas documentaire. Les gens viennent, ils payent et ils repartent avec un portrait. S. Keita fournissait les accessoires, si nécessaires et/ou désirés. Par conséquent, les personnes photographiées correspondent à une population particulière de Bamako. Ce sont des individus aisés en quête d’une image valorisante et qui témoigne de leur rang social. Seydou Keita immortalise la classe bourgeoise montante à Bamako, suite à l’indépendance du pays.
Les accessoires et les mis en scènes sont fortement inspirés des images occidentales, signes d’opulence et de réussite sociale. Nous pourrions nous arrêter quelques secondes sur ce phénomène : la réussite se démontrerait-elle par la ressemblance à l’Occidental ? Étrange manière de se décoloniser, n’est-ce pas ? Je vous rassure l’expo faite également l’impasse sur ce type de questionnement. On pourrait donc voir quelques choses d’assez dérangeantes dans ces portraits. En poussant le vice, on pourrait même s’interroger sur cette classe qui à la sortie de la colonisation se voit enrichie…

Sans titre, 1952-55Les portraits qui nous regarde, plus grands qu’à taille réelle, ne sont pas les photos de famille de Mr & Mme Banks. Ils sont vivants. La vie qui les anime les rend moins lisses et moins parfaits. Les regards sont souvent durs. C’est très beau et très impressionnant.
Pour la technique, c’est simple : chambre et argentique, noir et blanc tout le temps.
On peut souligner les quelques tentatives de colorisations. C’est très drôle.

Seydou Keita, Grand Palais, du 31 mars au 11 juillet.
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