A bas les chefs!

Je ne connaissais pas Joseph Déjacques, mais son titre me plaisait. 

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Joseph Désjacques est donc né en 1821 à Paris. Issu d’une famille « populaire », comme on dit, l’auteur se tourne vers la profession d’ouvrier décorateur et colleur de papier peint. J’imagine « ouvrier qualifié » pour l’INSEE. Les vapeurs de colle n’altèrent pas son cerveau et celui-ci décide de s’en servir pour réfléchir sur ses conditions d’existence et celles de ses comparses.

–Parenthèse historique —

Février 1848, la France subit encore une révolution. La « monarchie de juillet » est balayée et l’on met en place le suffrage non censitaire pour les pendouillant.
Par ailleurs, il est mis en place des « Ateliers nationaux », une rencontre fortuite entre le bagne et Pôle Emploi. Autrement dit, les ateliers sont une agence de chômage supposé trouver de l’emploi. Cependant, elles sont prises d’assauts et ne parviennent pas à trouver une occupation à chacun. Les ouvriers sont mécontents cependant cela leur donne un lieu de rassemblement où ils peuvent converser sur leurs conditions d’existences. Joseph Déjacques est l’un d’entre eux.
Toutefois, le suffrage non censitaire pour les pendouillant n’a pas que des bienfaits. Il a réveillé cette force politique que sont les notables, conservateurs, de la province. Ces derniers jugent les Ateliers nationaux trop couteux et propices à la révolte. En juin 1848, il est donc décidé dissoudre les ateliers. Les révoltes de juin débutent.

– Fin de la parenthèse historique —

A_bas_les_chefs___[...]Déjacque_Joseph_bpt6k819699Le procureur de Paris n’avance aucune preuve de la participation de J. Déjacques dans ces émeutes, mais le condamne tout de même. De plus, le monsieur publie en 1851 : Les Lazaréennes, fables et poésies sociales » qui sont interdites. L’auteur est à nouveau condamné. Son exil débute. Il explore l’Europe avant de partir pour le nouveau continent.  À New York, il entame la rédaction d’un journal « Le Libertaire », dont beaucoup des articles sont repris dans A bas les chefs ! Il fait un petit tout tour du côté de la Nouvelle-Orléans, qui lui permettra de découvrir les joies de l’esclavage.  Il rentre en France en 1861 et meurt dans la misère en 1864, après avoir été interné par le Préfet.
Tout ceci vous sera tellement mieux raconté dans le livre !

À bas les chefs ! est une compilation de textes produits par Joseph Déjacques. Ils nous sont présentés par Thomas Bouchet. Nous sommes guidés par le chercheur à travers le contexte politique et le déroulement de la vie Déjacques. La sélection veut proposer un panorama représentatif de l’œuvre de l’auteur où s’y mêle poésie, correspondance et manifeste. La production de l’auteur apparait assez importante malgré ses faibles moyens et son obligation de travailler. Il y fait lui-même référence dans le Libertaire pour expliquer l’irrégularité des publications.

Dans les textes, nous découvrirons un anarchiste soucieux de l’émancipation complète de la femme (Lettre à Proudhon), un fervent défenseur de la cause des noirs et des noires. Déjacques décrit les rapports entre les esclaves femmes et leurs maitresses. Ces dernières n’hésitaient pas à exploiter et prostituer celles qu’elles dominaient. On perçoit bien que le féminisme blanc et noir aient quelques difficultés à se rencontrer par la suite.

A_bas_les_chefsLa vision de Déjacques semble complète, comme si aucun espace d’exploitation ne lui échappait. On comprend également que beaucoup se sont enferrés dans la défense de groupe et on laisser d’autres se débrouiller. Les dénonciations des radicaux mollassons sont nombreuses. Car il y a aussi tous ces totems auquel il était plus difficile de s’attaquer. Facile de critiquer le travail aliénant et le méchant patron, mais qu’en est-il de la famille ? De Dieu ?

Joseph Déjacques veut tout mettre en cause. Son désir révolutionnaire est total et en même temps l’isole. Victor Hugo le prend pour un fou. Il y a bien une chose qu’il ne conteste pas c’est la nouvelle science qui émerge, la science humaine et sociale or celle-ci n’échappe pas au travers de la société dans laquelle elle a vu le jour.

Déjaques n’est pas un rabat-joie, un insatisfait chronique. Les Lazaréennes mais surtout l’Humanisphère sont des programmes politiques dans lesquels il esquisse une société nouvelle. Il prône la démocratie directe et locale, sous forme de commune. Déjacques aura été peu entendu à son époque. Son histoire est amère pour le lecteur. La misère et la radicalité de ses idées l’isolent. La solitude apparait comme le plus lourd poids à porter.

A bas les chefs, écrits libertaires (1847-1863), Joseph Déjacques, La Fabrique, 2016

2 réflexions sur “A bas les chefs!

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