De l’art de la représentation de soi

capture_decran_2016-01-29_a_10.35.17_0Le retour des expos de dernière minute. Si je ne m’abuse au moment où j’écris ses lignes elle est entrain de fermer. Tu es content de le savoir ?
Cette semaine, j’ai vu Seydou Keita. Je faisais mon grand retour au Grand Palais, toujours dans le petit espace d’exposition, celui que j’avais tant détesté lorsque j’étais venu pour Lucien Clergue. Cette fois, l’espace est classique : simple et efficace. Soyons rassurés. Il est même possible de circuler à l’intérieur de l’expo. Incroyable. Passons.

mail-11._sans_titre_1952-56Seydou Keita est né en 1921 (décédé en 2001) à Bamako dans le Soudan français. Depuis, les choses ont changé la fin du colonialisme et le triomphe du multiculturalisme, etc. Par conséquent, le 22 septembre 1960, le Mali devient indépendant et Bamako sa capitale. Fini le Soudan français. L’exposition n’en fait pas mention. Du coup, tu peux faire le tour de l’exposition en te disant que Seydou Keita est Soudanais, bien sûr, cela te surprend parce que tout le monde te le présente comme un photographe malien. Tu pouvais même te dire que ça devait être dur d’être photographe commercial au Soudan, qui souffre quand même de guerres civiles régulières et du kidnapping d’enfants. En plus, le Soudan et le Mali ne se situent pas vraiment au même endroit. Enfin, le Soudan était une colonie anglaise. Passons.

Seydou-Keita-trois-raisons-d-aller-voir-la-retrospective-du-portraitiste-africainLe boulot de Seydou Keita est d’être photographe. Je disais plus haut commerciale, car sa démarche est, en apparence, assez peu artistique et surtout pas documentaire. Les gens viennent, ils payent et ils repartent avec un portrait. S. Keita fournissait les accessoires, si nécessaires et/ou désirés. Par conséquent, les personnes photographiées correspondent à une population particulière de Bamako. Ce sont des individus aisés en quête d’une image valorisante et qui témoigne de leur rang social. Seydou Keita immortalise la classe bourgeoise montante à Bamako, suite à l’indépendance du pays.
Les accessoires et les mis en scènes sont fortement inspirés des images occidentales, signes d’opulence et de réussite sociale. Nous pourrions nous arrêter quelques secondes sur ce phénomène : la réussite se démontrerait-elle par la ressemblance à l’Occidental ? Étrange manière de se décoloniser, n’est-ce pas ? Je vous rassure l’expo faite également l’impasse sur ce type de questionnement. On pourrait donc voir quelques choses d’assez dérangeantes dans ces portraits. En poussant le vice, on pourrait même s’interroger sur cette classe qui à la sortie de la colonisation se voit enrichie…

Sans titre, 1952-55Les portraits qui nous regarde, plus grands qu’à taille réelle, ne sont pas les photos de famille de Mr & Mme Banks. Ils sont vivants. La vie qui les anime les rend moins lisses et moins parfaits. Les regards sont souvent durs. C’est très beau et très impressionnant.
Pour la technique, c’est simple : chambre et argentique, noir et blanc tout le temps.
On peut souligner les quelques tentatives de colorisations. C’est très drôle.

Seydou Keita, Grand Palais, du 31 mars au 11 juillet.
10e

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